C’est le grand oublié du
débat sur les finances publiques :
le budget de la Sécurité sociale.
Les députés de la commission des finances ont pu interroger lundi soir les ministres démissionnaires Bruno Le Maire (Économie) et Thomas Cazenave (Budget) sur le projet de budget de l’État. Mais la ministre également démissionnaire de la Santé et du Travail Catherine Vautrin est aux abonnés absents sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, en jargon le PLFSS.
- Revoir la réforme des retraites ?
Les enjeux sont pourtant loin d’être secondaires, à la fois pour les Français et pour les équilibres politiques en formation. Les retraites pour commencer : que faire de la réforme adoptée l’année dernière ? Son objectif premier était bien de réduire le déficit de l’assurance vieillesse, qui était de 2,6 milliards en 2023, et attendu à 5,6 milliards en 2024.
Le Premier ministre Michel Barnier s’est dit prêt à « ouvrir le débat sur l’amélioration de cette loi pour les personnes les plus fragiles ».
Mais il est peu susceptible de revenir sur la mesure emblématique (et financièrement rentable) du décalage de l’âge légal de 62 à 64 ans, lui qui a naguère plaidé pour le porter à 65 ans.
À ce stade, seuls l’ancienne majorité macroniste et les LR défendent la loi que veulent déconstruire, à des degrés divers, le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national.
Autre sujet essentiel, la maladie. Thomas Fatôme, le directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie, a prévenu dimanche dans Les Échos que son déficit serait plus élevé que les 11,4 milliards d’euros évalués en juin dernier. Il annonce en conséquence un contrôle accru des arrêts de travail, dont la facture a fortement augmenté.
En attendant peut-être la mise en œuvre de rapports préconisant par exemple une moindre prise en charge des dépenses des personnes en ALD (affection longue durée, comme le diabète ou le cancer).
- Perte de maîtrise.
Fin mai, la Cour des comptes tirait le signal d’alarme. Elle menaçait d’une « perte de maîtrise » des finances de la Sécurité sociale si le déficit dépassait les 17 milliards d’euros programmés par le gouvernement sortant en 2027 – ce qui risque fort d’arriver, compte tenu de l’optimisme des hypothèses de ce scénario.
« Ne jouons pas à faire peur aux Français », nous déclarait cependant récemment le député (LR, Isère) Yannick Nauder, rapporteur général du budget de la Sécu, plaidant pour des réformes au long cours plutôt que de grandes coupes dans les dépenses.
Dans tous les cas, le débat aura bien lieu.
Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 11/09/2024
Une réflexion sur “Le budget introuvable de la Sécu”