Salades

Les français adorent la salade emballée. Ils en achètent chaque année plus de 270 millions de sachets I Pas besoin de s’embêter à la trier, la laver, l’essorer. Mais ce temps gagné coûte bonbon : en comparaison d’une salade entière, elle est facturée quatre fois plus cher.
Si les producteurs de laitues, batavias, mâches et autres nous poussent à les consommer emballées, c’est parce que ça rapporte plus d’oseille et qu’elles peuvent rester plus longtemps en rayons.
Sauf qu’il y a un revers de la feuille…

La salade « 4e gamme », comme on l’appelle, est un cauchemar écologique. Avant d’être mise en sachets, elle est lavée à grande eau dans d’immenses cuves. Un premier bain pour la débarrasser de la terre et des insectes, puis un trempage dans une solution chlorée et, enfin, un rinçage afin d’éliminer (plutôt grosso modo…) les résidus de javel.
Ce qui nécessite entre 20 et 30 litres de flotte pour un seul kilo de salade I Mais, au fait, pourquoi ce trempage chloré ? Parce que les bactéries pathogènes, en particulier les salmonelles, raffolent des salades sous plastique.

Le phénomène a été décortiqué en 2016 par des scientifiques britanniques. Lors de la découpe, les feuilles endommagées libèrent un jus propice au développement des germes. Aucune incidence s’il s’agit d’une laitue fraîche dégustée dans la foulée, mais, si la salade séjourne trop longtemps avec son jus dans le sachet, c’est le bouillon de culture assuré.
Les chercheurs British ont ainsi montré qu’au bout de cinq jours les salmonelles se multipliaient 280 fois plus vite sur une salade empaquetée que sur son alternative tradi.

Dans son dernier hors-série (août-septembre 2024), « 60 Millions de consommateurs » a eu la bonne idée de rechercher les résidus chlorés dans les mâches et laitues mises en sachets. Résultat des courses : 20 % d’entre elles affichaient des restes de chlore.
Ennuyeux pour les vitamines, qui supportent aussi mal la javel que l’atmosphère des sachets, composée d’azote et de dioxyde de carbone.

Après huit jours sans oxygène, une salade perd 40 % de sa vitamine C.

Les analyses du magazine montrent, en outre, que les salades qui présentent le plus de résidus chlorés restent les plus chargées en pesticides.

Au total, 80 % des mâches et laitues passées au crible par « 60 Millions de consommateurs » se sont révélées pesticidées.

Et, là, il y a vraiment de quoi en faire une salade…


Article non signé lu dans Le Canard enchaîné du 21/08/2024


2 réflexions sur “Salades

  1. anne35blog 29/08/2024 / 8h45

    Une bonne salade du marché bien croquante et un peu terreuse c’est tellement meilleur ! Bonne journée !

  2. tatchou92 29/08/2024 / 13h33

    Cela me rappelle une histoire vécue, il y a quelques décennies…
    Un ami jardinier de mon père proposait à sa clientèle du marché fermier du jeudi matin, des salades, radis, carottes et autres légumes arrachés de son jardin avant 7 heures le matin même.
    Il emballait tout cela dans du papier journal… des dames lui ont fait remarquer que ces mêmes légumes étaient mieux présentés dans la supérette « familistère » du coin… et qui avaient meilleur goût…
    C’était lui qui les livrait aux gérants qui les mettaient dans un sac papier… ils prenaient 10 à 15 centimes de plus au passage par article… nous étions dans les années 60… il n’y avait pas encore de sachets plastifiés…

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