Revancharde ?

Après des mois à essuyer critiques et sarcasmes, la maire de Paris sort renforcée des Jeux, qui ont suscité l’enthousiasme et mis en valeur la capitale.

On l’avait laissée à deux jours de la cérémonie d’ouverture dans un salon de l’Hôtel de Ville, avec un polo aux couleurs de Paris 2024, étonnamment sereine alors qu’il n’était question que de sécurité, de l’indifférence d’une bonne partie de la population, des désagréments sur le quotidien des Parisiens : « Pour un maire, avoir les Jeux olympiques est une chance unique. Le monde entier va dire du bien de Paris. Tout le vent contraire, le bashing, les critiques vont s’inverser… Et alors, ce ne sera que du bonheur. »

On retrouve Anne Hidalgo deux semaines plus tard, à deux jours de la fin des JO, dans l’ancien marché couvert du Carreau du Temple, où elle reçoit la presse internationale : « Je suis submergée par autant de joie, de gens unis, dans une diversité extraordinaire. Cela fait quinze jours que je pleure de bonheur. C’est du bonheur à engranger pour les hivers froids. »

Du bonheur en mondovision, même. Dimanche 11 août, la maire de Paris est apparue sur les télés du monde entier — enfin ! — durant la cérémonie de clôture. Elle, dont aucune image n’avait été diffusée lors du show d’ouverture, a été montrée en train de transmettre le drapeau olympique à son homologue de Los Angeles — le rôle dévolu au maire de la ville hôte, dans le protocole millimétré du Comité international olympique (CIO). Le point d’orgue de la quinzaine durant laquelle « on a livré les Jeux dont on a rêvé », selon la maire, avant les Paralympiques, qui se tiendront du 28 août au 8 septembre.

Une période qui sonne comme une revanche pour Anne Hidalgo, pas épargnée par les sarcasmes, le désintérêt et les critiques — comme l’a été le Comité d’organisation présidé par Tony Estanguet — pendant les années, les mois et les semaines qui ont précédé la cérémonie d’ouverture… « On a subi des attaques d’une violence incroyable, rappelle Lamia El Aaraje, une de ses adjointes. Tout était mis en œuvre pour essayer d’anticiper un échec qui marquerait la chute de notre majorité, et notamment de la maire de Paris. »

Quelques flèches

Aujourd’hui, même ses contempteurs les plus féroces se font discrets. Difficile d’attaquer dans un tel moment de concorde, quand le temps semble suspendu, quand les visiteurs louent la beauté du patrimoine, l’ambiance, la qualité de l’organisation, des transports, les lieux de fête, la propreté… « Il faut dire les choses : oui, je pense que ces Jeux sont un succès pour elle », reconnaît Francis Szpiner, sénateur (LR) de Paris.

« C’est un grand succès, un phénomène de société inédit, avec une ferveur populaire sans précédent », complète Philippe Goujon, le maire (LR) du 15e arrondissement. Quant à Rachida Dati, son opposante n°1, elle n’a pas daigné répondre à nos messages.

Les adversaires locaux de la maire socialiste lui gardent quand même quelques flèches. Pour rappeler qu’il y a dix ans, lorsque l’idée de candidater aux Jeux de 2024 a été avancée, Hidalgo avait d’abord regimbé. « Elle est coutumière du retournement politique », juge Goujon.

Pour rappeler aussi certaines de ses « sorties », comme lorsqu’elle avait déclaré, en novembre 2023, que sur les transports, une compétence de la région Ile-de-France, « on [n’allait] pas être prêt ». « Cette polémique est le seul truc qui a vraiment fait mal aux Jeux, juge un proche de Valérie Pécresse, la présidente de la région. Cela a alimenté tous les démagogues du pays. »

Pour rappeler enfin qu’elle n’était pas seule à la manœuvre et que l’organisation d’une olym­piade est un grand puzzle de huit ans, où chacun a mis sa pièce, l’État, le comité d’organisation, ainsi que les collectivités locales, dont Paris – « C’est une œuvre et une réussite collectives. Et pas plus, ni moins, pour Anne Hidalgo », estime Pierre-Yves Bournazel, du groupe d’opposition Union capitale et proche d’Edouard Philippe.

Ou pour souligner que ces Jeux ne sont qu’une parenthèse – « Anne Hidalgo aurait tort de penser que cette réussite effacera le poids de la dette, les problèmes de sécurité, de propreté, de sauvegarde du patrimoine », tranche Szpiner.

Lors de la préparation des JO, les attaques les plus virulentes à son encontre ne sont pas venues de l’opposition parisienne, mais de la macronie, surtout de l’Élysée, partenaire sur l’organisation, avec qui les relations sont polaires de longue date.

Ces dix-huit derniers mois, on les a vus tirer à boulets rouges sur Hidalgo, fragilisée par sa déroute lors de la présidentielle de 2022 (1,75 %) : Clément Beaune, alors ministre des Transports, a évoqué une mise sous tutelle de la capitale à cause de sa dette ; la ministre des Sports démissionnaire, Amélie Oudéa-Castéra, a déclaré que « s’il faut livrer les Jeux sans elle, on les livrera sans elle » ; Rachida Dati est passée avec armes et bagages dans le camp présidentiel…

Et puis il y a eu les petites humiliations — la maire de Paris n’a par exemple pas du tout apprécié de ne pas être conviée au dîner d’État à l’Élysée, juste avant les élections européennes, en l’honneur de Joe Biden.

Ou, plus près de nous, quand le chef de l’État n’a pas eu un mot pour elle lors de ses remerciements après la cérémonie d’ouverture, le 26 juillet. « À la fin, il est venu la remercier, il l’a prise dans ses bras en lui disant « on l’a fait ». Mais il n’est pas capable de la citer publiquement », tacle une proche de l’édile. « On est typiquement dans le débat qui n’a aucun sens, évidemment que c’est une œuvre collective, défend-on à l’Élysée. Ne gâchons pas la fête avec de vaines polémiques. » « Gâcher la fête », c’était l’expression d’Hidalgo pour dénoncer la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation d’élections législatives anticipées trois semaines avant les Jeux.

De son côté, le 9 août, devant la presse internationale, la maire de Paris a remercié les agents de la ville, Tony Estanguet, le préfet de région Marc Guillaume, le préfet de police Laurent Nunez et le délégué interministériel aux Jeux Michel Cadot. Emmanuel Macron ou le gouvernement ? Rien. On l’a fait alors remarquer à son adjoint aux sports, Pierre Rabadan : « On remercie ceux qui bossent. Darmanin, on aurait pu le remercier, mais pas ceux venus juste pour la photo. »

Dans l’eau et sous le soleil

Les photos, c’est pourtant important. Anne Hidalgo et ses équipes le savent bien : pour eux, les Jeux n’ont pas commencé le 26 juillet, mais le 17, le jour où la maire de Paris a débarqué sur les quais de Seine en combinaison shorty pour enfin tenir sa promesse de se baigner dans le fleuve. L’image de l’édile, radieuse, barbotant dans l’eau et sous le soleil avec Tony Estanguet fait le tour du monde — et même un direct sur CNN. Dans le barnum prévu pour se sécher, les équipes de la maire se félicitent de ce coup magistral.

C’est le jour et la nuit avec la glissade-plongeon d’Oudéa-Castéra, sous un ciel d’orage, quelques jours plus tôt… La Seine, au cœur de la cérémonie d’ouverture et des épreuves de triathlon ou de natation marathon, sera aussi le principal héritage des Jeux à Paris : elle devrait être ouverte à la baignade dès l’été 2025. « Les Jeux ont été un accélérateur spectaculaire de la transformation de la ville que nous portons », juge Emmanuel Grégoire, l’ex-premier adjoint à la maire devenu député.

Celle d’une cité moins polluée, avec davantage d’arbres, tournée vers les piétons et les cyclistes, plus accessible aux personnes en situation de handicap. Hidalgo espère déjà que la voie réservée à l’organisation des Jeux sur le périphérique sera désormais affectée au covoiturage ou que la vasque olympique – 100 % électrique – restera au jardin des Tuileries. « Parfois on me dit que les Jeux sont une parenthèse. En fait non, affirme-t-elle : c’est le résultat de dix ans de travail, c’est deux fois quinze jours de bonheur et peut-être vingt ans d’héritage. »

La maire de Paris espère aussi qu’il en restera un esprit : « Le principal héritage des JO sera sans doute de nous élever, de vivre ensemble comme des frères. » D’avoir porté un message d’ouverture au monde et de joie dans un pays qui a failli porter l’extrême droite au pouvoir il n’y a même pas cinq semaines. Un esprit qu’elle por­tera encore aux élections de 2026, pour un troisième mandat de maire ?

Elle se refuse à en parler, renvoyant sa décision à l’après-Jeux. « Je pense qu’elle sera candidate, elle reste en position de force dans son camp », gage Geoffroy Boulard, maire (LR) du 17 arrondissement. « Elle était redoutable avant les Jeux, elle le restera après », ajoute Pierre Yves Bournazel. Encore plus parce que cette édition a réussi à démontrer que « ce qu’on dit, on le fait, assure Lamia El Aaraje. C’est ça le crédit politique ».

En continuant, Anne Hidalgo pourrait ainsi surfer sur les retombées des JO, notamment écono­miques, pour continuer de transformer Paris. Et se créer son propre héritage des Jeux.


Richard Godin, Clément Lacombe et Romain Lescurieux. Le Nouvel Obs n° 3125. 15/08/2024


2 réflexions sur “Revancharde ?

  1. bernarddominik 15/08/2024 / 12h16

    La ville de Paris à reçu tant de milliards pour ces JO que ce serait difficile pour les parisiens de faire la fine bouche. Elle aurait pu au moins remercier les contribuables qui vont payer l’addition car tout à été financé à crédit.

  2. tatchou92 15/08/2024 / 22h00

    Le Président Jacques CHIRAC réclamait déjà les JO, aussi avait-il nommé 2 champions olympiques Ministres de la Jeunesse et des Sports Guy Drut, Champion du 110 m haies, et Jean-François LAMOUR, champion Olympique d’escrime (épée).
    Monsieur Bertrand DELANOE était alors Maire de Paris, et la Région était présidée par le successeur de Monsieur Michel ROCARD dans son département, et prédécesseur de Madame Valérie PECRESSE à la Présidence de la région IDF.

    Le Bébé a ainsi été confié à Tony ESTANGUET, triple médaillé d’Or Olympique pendant près de 10 ans… loin de sa région et de sa famille…

    Cela a été un dossier énorme, il a fallu courtiser des partenaires… Un boulot de longue haleine qui a permis cette réussite et recruter au COJO, travailler aussi avec les Champions et Olympiques.

    Pour ma part, je pense que s’il n’y avait pas eu concorde parfaite, entre la Présidence de la République, de Jacques CHIRAC, à Nicolas SARKOZY, à François HOLLANDE, qui a eu la satisfaction tant attendue, puis Le Président MACRON, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, La Région Île-de-France, la ville de Paris, le Département de Seine-Saint-Denis, Le Comité Olympique Français, le CIO, la RATP, le Ministère de l’Intérieur, l’enthousiasme et l’engagement des sportifs, des clubs, des fédérations, des sponsors qui ont largement mis la main à la poche, et des régions et villes qui ont hébergé des épreuves, et délégations, ces jeux n’auraient pas eu lieu.

    Oui les JO de Paris 2024, sont une grande et belle reussite, même si Macron par sa présence continuelle gacha souvent les images des sportifs meritant, mais une reussite surtout grâce al’engagement de milliers d’acteurs, dont de très nombreux bénévoles pendant les épreuves.

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