Les médias n’en parlent plus, mais l’embrasement ne s’est pas éteint en Nouvelle-Calédonie.
En mai dernier, la mobilisation des indépendantistes contre l’élargissement du corps électoral avait dégénéré en émeutes. En cette fin juillet, les barrages n’ont pas disparu. Surtout, plusieurs églises ont été incendiées, et, dans la nuit du 21 au 22 juillet, la sépulture du grand chef kanak Ataï, située dans la commune de La Foa, a été vandalisée. Les cercueils du grand chef et de son sorcier ont été ouverts, leurs crânes ont disparu.
Cette profanation a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Calédonie. Le chef Ataï incarne en effet la grande révolte kanak, en 1878, contre la colonisation. Ses reliques avaient été restituées à la Nouvelle-Calédonie en 2021, cent quarante-trois ans après sa mort.
Ce tombeau est devenu un lieu de mémoire, mais aussi de réconciliation entre les différentes communautés de l’archipel. Une plaque, qui a été cassée, rendait hommage aussi aux 32 colons tués durant cette période. Le procureur de la République a fait savoir qu’une enquête a été ouverte pour violation de sépulture. Aucune interpellation n’a eu lieu pour l’instant.
Comment interpréter ces actes ?
Les églises sont plutôt réputées proches des indépendantistes, mais n’ont, jamais été incendiées, même au plus fort des affrontements dans les années 1980. Est-ce une montée en puissance de radicaux caldoches, qui s’en prendraient aux églises et à la mémoire mélanésienne via la figure d’Ataï ?
Pour un fin connaisseur du dossier, ces actes sont difficiles à interpréter, mais ne correspondent pas à la manière d’agir des groupes présents sur place : « Ce genre d’action ressemble dans son procédé aux mains rouges retrouvées sur le Mémorial de la Shoah ou aux étoiles bleues sur les murs de Paris, on ne peut pas exclure qu’il puisse s’agir de manipulation étrangère, comme la Russie ou leurs alliés. » Cela pourrait être pour la Russie l’occasion de déstabiliser Macron en pleins JO et d’envenimer la situation en Calédonie.
Rappelons par ailleurs que l’Azerbaïdjan a été accusé de soutenir le mouvement indépendantiste.
Une chose est sûre, depuis début mai, le bilan humain et économique est catastrophique : 10 morts, dont deux gendarmes, et plus de 2,2 milliards d’euros de dégâts.
Plus de 200 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre. La gestion du gouvernement a été catastrophique, avec un manque d’anticipation de l’explosion – elle couvait avec la réforme du corps électoral, qui donnait plus de poids aux loyalistes.
Trois fonctionnaires médiateurs envoyés par Macron sont ensuite restés quinze jours pour tenter de renouer le dialogue. Aujourd’hui, tout est suspendu : du côté de l’État, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement ; du côté des indépendantistes, en attendant un congrès pour désigner leur représentant et une base de négociation.
Le drame de l’assassinat du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, tué par un indépendantiste extrémiste, est encore dans toutes les mémoires.
Les dernières législatives ont permis l’élection, pour la première fois depuis 1986, d’un député indépendantiste, qui n’est autre que le fils de Jean-Marie Tjibaou, Emmanuel.
Celui-ci a demandé à l’État une « position claire » sur l’annulation du projet constitutionnel de dégel du corps électoral, suspendu en juin par Emmanuel Macron. Le président a reçu le 25 juillet les élus calédoniens pour leur annoncer que les discussions reprendraient courant septembre.
Est-ce une bonne idée que Macron garde le sujet en main, alors qu’il crispe pas mal de choses et que le dossier a été très mal géré jusque-là?
Mais la palme de la crispation revient à Sonia Backès, présidente de la province Sud et chef de file des loyalistes. « Le projet d’une Nouvelle-Calédonie institutionnellement unie et fondée sur un vivre ensemble […1 est révolu », a-t-elle lancé.
Et d’ajouter : « Lorsque deux forces s’opposent et que deux camps sont persuadés de défendre légitimement leurs valeurs, ils se retrouvent face à un choix : celui de s’affronter jusqu’à la mort de l’un des deux ou de se séparer pour mieux vivre. »
Des déclarations qui ont suscité une levée de boucliers, y compris parmi les loyalistes modérés, qui ont dénoncé ce qui s’apparente tout bonnement à un projet d’« apartheid ».
Laure Daussy. Charlie hebdo. 31/07/2024
La France maintient les résidus de ses colonies à grand frais et contre les peuples autochtones. Il serait temps de libérer Mayotte, la Nouvelle Calédonie la Guadeloupe et voir la volonté réelle des autres territoires.
Utiliser le qualificatif « résidus » de ses colonies me fait penser à un racisme des plus primaires.
Avec ce raisonnement, on apporte de l’eau au moulin des thèses du rassemblement national, de la police coupable du délit de faciès, de la pensée publique voulant que Blacks ou Beurs sont des individus louches, des voleurs ou criminels en puissance qu’il faut renvoyer chez eux…
Michel