JO Paris : On n’a vu qu’eux…

… dans les rues et a des stades, les 45 000 bénévoles ont grandement contribué à l’organisation et à l’ambiance des JO

Ce soir-là, à Paris, la piscine de La Défense est en ébullition, Léon Marchand vient de remporter son quatrième titre en natation et les 13 000 spectateurs ne veulent plus quitter les tribunes. Poussés vers la sortie, ils traînent des pieds. Mais une fois dehors, surprise, une grande fête les attend : assis sur sa chaise haute tel un arbitre de tennis, un volontaire diffuse la musique de son téléphone dans son mégaphone et une dizaine d’autres bénévoles font des olas au passage des spectateurs, enchantés de poursuivre ce moment d’euphorie.

Voilà un souvenir parmi tant d’autres, au moment d’évoquer ces 45 000 personnes, âgées de 16 à 94 ans, venues donner de leur temps et souvent de leur bonne humeur pour aider, orienter, assister les athlètes, les délégations ou les spectateurs. Sur tous les sites de compétition, dans la rue ou le métro, impossible de passer à côté d’eux et de leur tenue vert turquoise, qui se revend déjà à prix d’or sur internet.

A côté des sportifs, ils ont été les autres stars des Jeux olympiques. Ceux sans qui rien n’aurait eu lieu. « On a eu des bénévoles venant de 155 pays », explique Alexandre Morenon-Condé, responsable du programme des volontaires de Paris 2024.

Dans quinze jours, environ la moitié des bénévoles des Jeux paralympiques, du 28 août au 8 septembre, seront déjà passés par cette première quinzaine. Un concentré de ce que sont les Jeux olympiques : un rassemblement du monde entier pendant deux semaines.

Jouer un rôle

Certains ont évolué dans l’ombre, d’autres en pleine lumière : on pense à ceux qui changeaient le tatami au judo, donnaient les épées aux escrimeurs ou conduisaient la petite voiture téléguidée rapportant les disques ou les javelots en athlétisme. Certains ont été au coeur des sites de compétition, d’autres ne les ont jamais vus. Mais tous sont venus dans l’objectif de « vivre les Jeux ». Pas seulement les voir, mais en faire partie et jouer un rôle dans cette énorme machine.

C’est le cas de Gilles Descroix qui a accompagné une phryge, la mascotte des Jeux à taille humaine, chargée d’ambiances les spectateurs. « J’ai été fier de contribuer, à mon échelle, à l’organisation des JO », assure ce directeur d’un centre social en Indre-et-Loire, qui a posé trois semaines de congé pour profiter de cette expérience.

Bénévole du club local de tennis de table, il a eu la chance de suivre son sport de prédilection à l’Arena Paris Sud.
Certains jours, au gré des changements de mission, il a même été chargé d’accompagner l’équipe de production audiovisuelle et d’accueillir les VIP. « J’étais au coeur du réacteur, j’ai vu la crème du tennis de table, j’étais comme un gamin. J’ai même pu échanger un peu avec Félix Lebrun », le pongiste français de 17 ans qui a décroché deux médailles de bronze, en simple et par équipe.

Cathy non plus ne voulait pas manquer l’opportunité d’oeuvrer dans les coulisses des Jeux. « C’est une expérience que l’on ne vit qu’une seule fois dans une vie », s’enthousiasme cette enseignante en BTS à Bondy (Seine-Saint-Denis). Postée à une des entrées du Stade de France, elle a été chargée, entre autres, d’accueillir le public venu des quatre coins du monde. Elle s’est préparée pour accomplir au mieux sa mission : « Je ne parlais pas un mot d’anglais. En septembre dernier, je me suis inscrite sur Duolingo [application mobile pour apprendre une langue, NDLR], et durant les Jeux j’ai pu échanger tous les jours dans cette langue. »

En mars, la volontaire ne savait pas encore si elle serait à l’intérieur du stade. Aujourd’hui, elle raconte avoir eu la chance de voir le 100 mètres femmes en étant à la porte en face de l’arrivée. « C’était grandiose ! Je n’aurais jamais cru ressentir de telles émotions. » Autre souvenir marquant : la finale du rugby à VII remportée par Antoine Dupont et ses coéquipiers dans une ambiance folle. « J’en ai encore des frissons ! »

Pendant les mois précédents, le principe même du volontariat a fait polémique. On reprochait au comité d’organisation d’utiliser une main-d’oeuvre gratuite pour des tâches ingrates, sans même proposer un logement.

Pour certains, comme le député LFI Alexis Corbière, cela revenait même à du salariat déguisé. Autant de contraintes qui conduiraient au désistement de nombre d’entre eux.
Dans les faits, beaucoup se sont arrangés avec de la famille ou des amis pour trouver un toit. « Mon fils habite à Malakoff, à quatre stations de métro de l’Arena Paris Sud », explique Gilles Descroix.

Comme un privilège

Comme les volontaires ont été sélectionnés parmi plus de 300 000 candidatures, nombreux sont ceux à avoir vécu ce moment comme un privilège. Dans le métro, lors des derniers jours des Jeux, on en a ainsi surpris une se plaindre auprès de ses trois collègues de ne pas être au planning de la fin de semaine.

La plupart des bénévoles ont pu profiter des épreuves ou de l’ambiance olympique, et même quelques privilégiés d’une proximité avec les athlètes.

Bien sûr, tout n’a pas été rose. Une volontaire s’est ainsi fait reprendre par Florent Manaudou, après sa médaille de bronze en relais, pour avoir mis un micro devant sa bouche. Et puis, il y a eu des frustrations.

A Roland-Garros, certains étaient sérieusement énervés de n’avoir jamais mis les pieds à l’intérieur du court central Philippe-Chatrier après douze jours de compétition de tennis, puis de boxe. « Le pire, c’est pour ceux qui s’occupent de donner les accréditations aux autres volontaires, salariés ou journalistes, nous soufflait dans les premiers jours Laurence, une volontaire qui gérait les médias. Ils ne voient rien, ni personne, c’est horrible. »

Selon Paris 2024, seulement 5 % des bénévoles auraient ainsi eu des tâches destinées à « fluidifier et faciliter l’organisation ». Finalement, même ceux loin des sites de compétition pouvaient quand même en profiter.

Un volontaire, chauffeur, croisé le 6 août à Versailles, nous racontait qu’il avait mis à profit ses trajets pour visiter plusieurs lieux d’épreuves. L’occasion de croiser le basketteur américain LeBron James, un soir à la Concorde.


Thomas Delaunay, Richard Godin et Clément Lacombe. Le Nouvel Obs. N° 3125. 15/08/2024


2 réflexions sur “JO Paris : On n’a vu qu’eux…

  1. raannemari 17/08/2024 / 18h50

    Cocus, mais contents, ils pourront dire « j’y étais » !

  2. tatchou92 17/08/2024 / 21h41

    Ma petite fille, étudiante en relations internationales, à la Sorbonne, avait un stage de 6 mois à faire dans ce cadre… Elle a rapidement posé sa candidature auprès du Directeur du COJO, elle n’était pas la seule.. un groupe de 20 étudiants avait été retenu pour participer à une sélection, elle était dans le lot.. à l’issue il en restait 2, dont elle et une collègue venant de Sciences PO.
    Pour les départager, Monsieur ESTANGUET leur a demandé de rédiger une note, qui lui servirait de support de travail. Elles disposaient d’une heure et savaient que l’une d’elles partirait, elles attendaient patiemment le verdict. .
    Elles auraient présenté sensiblement le même plan, donc avaient reçu la même formation. Finalement, elles ont été accueillies toutes 2, une sur les JOP, l’autre sur les Paralympiques..
    A l’issue, de ces 6 mois, recrutées toutes 2 en CDD jusque la fin des Paralympiques…Une très belle, riche, passionnante expérience, demandant beaucoup d’énergie mais avec de très contacts avec les champions qui venaient bosser. Ma petite fille a ainsi accompagné une grande partie du parcours de la flamme.
    Leur mission se terminera au lendemain ou surlendemain des Paralympiques.. Elles devraient l’une et l’autre recevoir des propositions intéressantes pour la suite, mais prendrons des congés bien mérités, mais quels beaux souvenirs, quelle chance…

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