Façon de voir…

… ou une parmi d’autres, libre interprétation d’un événement très récent…

Le goût de la fête

Le kaléidoscope référentiel qui s’est déployé sur le fleuve interdisait la paresse interprétative comme le jugement hâtif.
Chaque tableau pouvait en cacher un autre.

On découvre une vaste tablée présidée par une femme rayonnante ? Le pays se déchire : c’est une parodie de « la Cène ». Évidemment.
 C’est alors qu’un outsider fait son apparition, un festin de Dionysos que chacun fit semblant de connaître depuis toujours. Sur le ring iconographique, le match Vinci-Goliath-Jésus vs Biljert-David-Dionysos, avait quelque chose d’adorablement absurde. À l’instar du Bacchus de méthylène sur son lit de fruits.

Les évêques se sont sentis atteints dans leur foi. On les pensait davantage prudents tant les révélations sur les crimes sexuels au sein de l’Église sont bien plus choquantes qu’un barbu en robe (christique, forcément christique) mille fois moins érotique que les « saint Sébastien » percés de flèches croisés dans les églises.

On aurait pu imaginer les tenants de la « grande culture » rassurés par ces débats de haut vol. Même pas. Pis, on a vu les thuriféraires des Lumières et du marquis de Sade craindre que les chrétiens ne se sentent blessés par des évocations religieuses trop peu bienséantes à leurs yeux. Voltaire, c’était mieux avant ?

Certains ont même regretté que ce spectacle puisse donner une triste image de notre beau pays à l’international : je dois avouer qu’imaginer les homophobes, les misogynes et les bigots du monde entier choqués par notre cérémonie m’enchante. Marie-Antoinette, sa tête dans les mains, dans la droite lignée des céphalophores, a perturbé aussi bien les fans de la Terreur que les royalistes et apparentés.
A force de jouer dans tous les sens avec le roman national, ils semblent avoir perdu leurs repères et ne même plus supporter la vue des vignettes horrifiques qu’ils brandissent pourtant à longueur de journée.

D’autres ont aussi trouvé facile l’association Aya Nakamura-Garde républicaine. Il n’y a cependant rien d’iconoclaste là-dedans. Les deux, rutilants, offenbachiens et kitsch au possible, font parfaitement la paire. D’Aya, on ne comprend pas les paroles ; des chants entonnés par la garde, on regrette parfois de les comprendre.

Ainsi la France a-t-elle retrouvé, le goût, bon ou mauvais, de la fête. La fête révolutionnaire, la célébration païenne, la messe olympique, le syncrétisme profane, la procession républicaine, la geste historique, le carnaval, et le grand bain référentiel ont réenchanté un pays déprimé, certes, mais si doué pour jouer des degrés, des registres et des contradictions. Quelle joie !


Mara Goyet. Le Nouvel Obs. N° 3100 24/3/08/08/2024


2 réflexions sur “Façon de voir…

  1. bernarddominik 11/08/2024 / 9h15

    Un point de vue qui ne tient pas compte du fait qu’un milliard de personnes a regardé ce spectacle et ce qui compte, c’est ce que la majorité y a vu, pas les explications alambiquées de quelques journalistes voulant justifier une position ou son contraire.

    • Libres jugements 11/08/2024 / 15h10

      Il me semble avoir souligné mainte fois le fait que c’est l’avis de…
      À noter toutefois que si les journalistes n’étaient pas présents pour dénoncer certaines « curiosités », bien des informations nous seraient étrangères.
      Amitiés. Michel

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