Conséquences…

La Méditerranée devient une mer tropicale

Sous son mignon sobriquet, le poisson-lapin est une plaie. Ce poisson originaire de la mer Rouge, qui doit son nom à sa bouche boudeuse et à sa propension à se reproduire rapidement, est une espèce invasive redoutée. « Ce petit poisson herbivore n’a l’air de rien, mais il est tellement vorace et prolifique que les bancs de poissons-lapin déciment les herbiers et les nombreuses espèces qui y vivent », nous dit Virginie Raybaud, chercheuse en écologie marine à Ecoseas.

Observé en France pour la première fois en 2008, il n’a pas encore sévi sur les côtes hexagonales. Siganus luridus, de son nom latin, est en revanche déjà responsable d’une catastrophe écologique en Méditerranée orientale, où il ne reste en effet pas grand-chose d’autre à faire qu’à le manger : le poisson-lapin représente aujourd’hui 70 % des espèces pêchées au Liban, précise la spécialiste.

1 000 espèces exotiques

Carnivore, le poisson-lion est un prédateur redouté en Méditerranée orientale, où sa population explose depuis 2012.

Autres espèces tropicales aujourd’hui observées en Méditerranée orientale, le poisson-flûte ou encore le poisson-ballon à bandes argentées. Ce cousin du fugu, genre connu pour provoquer de très graves intoxications à la tétrodotoxine, est déjà responsable d’intoxications mortelles en Méditerranée. 

Avec ses eaux plus chaudes, l’est méditerranéen nous tend un miroir de ce qui attend nos longitudes. Selon Virginie Raybaud, qui modélise la répartition des espèces sous l’effet du réchauffement de l’eau, ces poissons invasifs représentent un sérieux risque dans les années à venir pour le nord-ouest de la Méditerranée.

Mais toutes les espèces exotiques ne sont donc pas envahissantes. Ces dernières répondent à des caractéristiques particulières — comme une grande plasticité de leur habitat et de leur régime alimentaire, ou encore une maturité sexuelle précoce. Sur près d’un millier d’espèces exotiques identifiées en Méditerranée, beaucoup ne représentent pas un danger pour les écosystèmes.

La dorade coryphène par exemple est aujourd’hui observée sur les côtes françaises. Il est difficile de savoir comment évolue cette espèce tropicale peu étudiée, si ce n’est que de plus en plus de pêcheurs affichent leur trophée sur les réseaux sociaux.

Virginie Raybaud cite aussi la girelle paon, dont elle croise depuis peu de grands bancs au cours de ses plongées.

Réchauffement de l’eau

Avec l’augmentation de la température de l’eau de 0,4 °C en moyenne tous les dix ans, la Méditerranée devient un milieu propice au développement des espèces tropicales. Et le canal de Suez est la porte d’entrée privilégiée de tous ces organismes. Depuis son ouverture en 1869, plusieurs centaines sont venus de la mer Rouge rejoindre la Méditerranée. Elles sont même affublées du nom d’espèces lessepsiennes, de Ferdinand de Lesseps, l’ingénieur français qui fit creuser le canal.

« Les espèces de part et d’autre du canal sont très différentes, car ces milieux étaient étanches avant cette ouverture. Et si la colonisation était limitée à cause des eaux méditerranéennes plus froides, le réchauffement de l’eau favorise aujourd’hui leur installation », souligne Virginie Raybaud.

Autre origine connue des espèces tropicales, les passagers clandestins du transport maritime ou les rescapés des aquariums vidés en mer, voire les deux. Les écologues marins s’inquiètent en effet des grands yachts de luxe soupçonnés de déverser leur aquarium à la mer. C’est en tout cas l’hypothèse du chercheur Paolo Guidetti, lorsqu’il s’est retrouvé nez à nez avec un Zebrasoma xanthurum, un poisson corallien bleu et jaune lors d’une de ses plongées, comme il le raconte dans une publication scientifique.

Pas de substitution d’espèces

Que les amateurs de bonne chair de poisson ne se réjouissent pas trop vite. L’arrivée sur les étals de la dorade coryphène pourrait bien être concomitante de la disparation de sa cousine royale.

Finalement, les espèces exotiques ne vont-elles pas sauver la vie en Méditerranée ? Les chercheurs sont assez circonspects.


Magali Reinert. Reporterre. Source (Lecture libre, mais faite des dons ou abonnez-vous à cette association de journalistes)


Une réflexion sur “Conséquences…

  1. tatchou92 12/08/2024 / 23h21

    Et les humains de nos régions qui ne sont pas habitués à ces chaleurs, qui travaillent en extérieur, nos ainés isolés, nos petits… allons nous avoir une nouvelle catastrophe sanitaire ?

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