Et après…

  • Que sait-on de l’assassinat du leader politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Téhéran, quelles conséquences ?

L’analyse entretient réalisée auprès d’Agnès Levallois, maîtresse de conférences à la Fondation pour la Recherche stratégique, consultante spécialiste du Moyen-Orient et chargée de cours à Sciences-Po Paris.

Ce que l’on sait c’est qu’un tir de missile extrêmement précis a touché la maison où était logé Ismaïl Haniyeh. Ce tir visait donc véritablement à atteindre le responsable du Hamas. S’il a été attribué aux Israéliens […]

Dès le départ, au lendemain du 7 octobre, les Israéliens ont affirmé que tous les responsables du Hamas, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, pouvaient être considérés comme des « morts vivants », c’est l’expression qu’ils ont utilisée. Israël tente donc régulièrement de viser ces responsables du Hamas qui, de près ou de loin, pourraient être impliqués dans les attentats, une stratégie d’assassinats ciblés que mène d’ailleurs l’Etat hébreu depuis des années. […]

  • Cette opération est-elle une grande réussite pour Benyamin Netanyahou ?

Oui bien sûr ! C’est la prise de guerre qu’il attendait avec impatience. Benyamin Netanyahou a besoin de ce genre de succès pour légitimer les actions militaires entreprises depuis le 7 octobre.

Comme les Israéliens ne proposent aucune perspective politique pour l’après-Gaza, ce type d’opérations permet à Netanyahou de donner satisfaction à son aile la plus radicale qui n’a qu’une chose en tête : tuer tous les Palestiniens quels qu’ils soient.

Cet assassinat donne donc un tout petit peu de répit à Netanyahou au centre de nombreuses critiques. Avec une limite essentielle : en ordonnant cet assassinat, il a réduit toutes les chances de négociation et, donc, de libération des otages.

Cette opération confirme donc, une fois encore, que la stratégie de Netanyahou n’a jamais été d’obtenir la libération des otages. Sinon, il n’aurait probablement pas fait tuer le négociateur avec lequel Israël discutait. Cette situation est absolument dramatique pour les familles des otages qui ont déjà exprimé leur inquiétude après cet assassinat.

La stratégie du gouvernement israélien, vraiment jusqu’auboutiste, sans aucune perspective politique et qui consiste uniquement à continuer l’élimination les uns après les autres des cadres du Hamas est très préoccupante.

Le fait de la mener jusqu’en Iran est particulièrement dangereux. Benyamin Netanyahou semble vouloir pousser Téhéran à la faute en l’entraînant à réagir par une véritable entrée en guerre, contrairement à la riposte mesurée et graduelle adoptée après la frappe israélienne contre son consulat à Damas.

Car si l’Iran entrait véritablement en guerre, Netanyahou pourrait alors justifier lui aussi une guerre plus importante contre les Iraniens au nom de la lutte contre le terrorisme et reconstruire une sorte d’unanimité autour d’Israël qui a perdu au fil des mois de nombreux soutiens.

  • Ce serait une stratégie extrêmement risquée au moment où l’armée israélienne est déjà déployée au sud à Gaza et au nord face au Liban…

Je ne dis pas que cela serait raisonnable. Mais Israël est gouverné aujourd’hui par des hommes qui sont tout sauf responsables, engagés dans une fuite en avant que personne ne semble pouvoir arrêter. […] C’est extrêmement inquiétant pour la région.


Céline Lussato. Le nouvel Obs-Web. Source (Courts extraits)


2 réflexions sur “Et après…

  1. tatchou92 02/08/2024 / 16h31

    Qu’attend la communauté internationale devant cette catastrophe humanitaire… et ce conflit plus que septuagénaire ?

    • raannemari 02/08/2024 / 18h28

      La « communauté internationale » S’EN FOUT !

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