Relire Orwell

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« Si la politique doit mobiliser notre attention, c’est à la façon d’un chien enragé qui vous sautera à la gorge si vous cessez un instant de le tenir à l’œil »

Simon Leys admirait George Orwell. Il lui avait consacré un bref ouvrage au titre étonnant : « Orwell ou l’horreur de la politique » (1).

Il y rappelait ceci : si Orwell se passionnait pour la politique (« La Ferme des animaux », « 1984 », « Hommage à la Catalogne » en sont la preuve éclatante), c’était seulement parce qu’il avait à coeur de mieux protéger des valeurs non politiques. Cultiver son potager, parler en confiance aux amis, lire le livre de son choix, croire ou non en un dieu, etc.: « Dans l’ordre normal des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l’éternel passent avant le politique. »

En 1936, Orwell s’engagea comme combattant volontaire pour défendre la République espagnole, avec cette simple explication : « Ce fascisme, il faut bien qu’on l’arrête. »

Sur le front d’Aragon, il fut grièvement blessé par une balle fasciste. Lui qui avait rejoint le Poum, parti marxiste antistalinien, fut traqué par les tueurs staliniens : « Ce que j’ai vu en Espagne et ce que j’ai découvert depuis, concernant les opérations internes des partis politiques de gauche, m’ont donné l’horreur de la politique. »

Ce qui s’est récemment passé au sein de la gauche et du Nouveau Front populaire ne l’aurait en rien étonné. Il avait horreur de la tambouille politicienne.

Mais il avait le sens des priorités. Il croyait de toutes ses forces dans le socia­lisme démocratique. Qu’il résumait simplement ainsi : c’est un idéal de justice et de liberté. Simon Leys : « C’est précisé­ment parce qu’il prenait l’idéal socialiste tellement au sérieux qu’il ne pouvait tolé­rer de le voir manipulé par des pitres et des escrocs. » Le micmac politicien de la gauche ne l’empêchait pas de continuer d’y croire : « Rejeter le socialisme simplement parce que tant de socialistes, individuel­lement, sont des gens lamentables serait aussi absurde que de refuser de voyager en chemin de fer parce qu’on n’aime pas la figure du contrôleur. » Il ne versait pas pour autant à droite. Elle le faisait vomir, tout simplement, parce qu’elle dissocie la cause de la liberté de celle de la justice. L’extrême droite, n’en parlons même pas.

Résolument ennemi du collectivisme, lequel « mène aux camps de concentration, au culte du chef et à la guerre », Orwell n’en était pas moins favorable à la propriété collective des moyens de production. Il tenait à préciser qu’elle ne suffit pas à définir le socialisme qu’il appelait de ses vœux. Il fallait y ajouter une « égalité approximative des revenus (il suffit qu’elle soit approximative), la démocratie politique et l’abolition de tout privilège héréditaire, en particulier dans le domaine de l’éducation » (2).


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné 10/07/2024


  1. Flammarion, 112 p., 12 E.
  2. « Dans le ventre de la baleine et autres essais », Ivrea/Encyclopédie des Nuisances, 350 p., 12 E.

4 réflexions sur “Relire Orwell

  1. Carolyonne89 13/07/2024 / 21h32

    Ah Orwell, tout le monde devrait lire ses œuvres, ça serait un bien pour l’humanité

  2. Carolyonne89 13/07/2024 / 21h39

    As tu lu  » le livre Vert  » de Mouammar Kadhafi ? Il avait voulu créer une société égalitaire et coopérative où chacun, en fonction de ses capacités, de quelques natures quelles soient, trouve sa place et participe à sa manière, il n’y aurait plus de très riches et de très pauvres, bon ce n’était pas un écrivain de talent, mais contrairement à l’image médiatique qu’on a voulu nous donner de cet homme,après lui avoir déballé le tapis rouge, et l’avoir fait assassiner, il n’était pas le tyran sanguinaire qu’on nous faisait croire. En Lybie à son époque, tout le monde avait un toit, frais de santé pris en charge ainsi que la scolarité pour tous…..

    • Libres jugements 14/07/2024 / 11h56

      Non Caro, malgré mes lectures, je n’ai pas lu le livre de Kadhafi.
      Par contre je tiens d’un ami — qui a longtemps pour des raisons professionnelles passé du temps en Libye — qu’effectivement ce que faisait Kadhafi et son gouvernement était très « social » vis-à-vis de sa population.
      Beaucoup de choses étaient gratuites à commencer par le pain quotidien, la santé, l’éducation et la Libye disposait d’un service public très efficace en bien des points, Lorsqu’un couple se mariait, il bénéficiait le plus souvent d’un appartement à eux par la suite, bien évidemment, dans l’assuré l’entretien.
      Oui longtemps le régime Kadhafi était présenté comme une dictature. Reste que La Libye faisait barrière à bon nombre des migrations interdisant la traversée de migrants par ce pays, barrière morale, policière et juridique aujourd’hui non-endiguer, Livré au passeur.
      Amitiés. Michel

      • Carolyonne89 14/07/2024 / 12h35

        Oui il l’avait dit d’ailleurs que c’était la Lybie qui évitait les invasions de migrants vers l’Europe, un personnage bien différent de celui qu’on nous décrivait, comme souvent d’ailleurs…

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