Dans une rue de la ville lointaine, il y a le bruit du grand amour.
C’est un peu fleur bleue, dit comme ça. Soit.
Mais quand une chose est là, il faut la reconnaître.
Ne pas avoir peur de la nommer.
Tiens, je l’écris à nouveau : Grand Amour.
Dans une rue de la ville lointaine.
Tu la connais. Je ne dis pas que tu vas y aller bientôt.
Je dis que tu sais de quelle ville je parle.
J’enfonce le clou.
Car on essaie de chasser le bruit dont je te rapporte la localisation, on essaie de le couvrir, enfonce le clou : Grand Amour.
Les fleurs bleues sont dans le vase près de la fenêtre.
Pour une fois, on ose les regarder avec clémence.
Pour une fois, tu ne t’impatientes pas devant elles.
On peut voir au travers. Ce qu’il y a derrière.
Depuis le début. Leur couleur ne te dérange plus.
Et le bruit dans la rue a repris sa promenade.
Il a changé de rue, changé de voisinage, changé de pantalon, de couleur de cheveux, de parti politique et d’alimentation.
Mais son nom est resté le même : Grand…
Cette fois je ne le dis pas en entier.
Arthur Teboul. Recueil « L’adresse ». Éd. Seghers