… les législatives…
L’extrême droite n’a pas tout perdu : bien que, à l’issue des législatives anticipées, elle ne soit pas majoritaire dans l’hémicycle, elle va tout de même pouvoir se constituer un très confortable trésor de guerre pour la prochaine présidentielle. Marine Le Pen a sorti sa calculette : les 9 377 297 voix obtenues au premier tour par le Rassemblement national et les 126 députés élus (contre 89 en 2022) lui assurent une rente considérable.
Le financement des partis politiques se calcule de manière très simple : 1,61 euro par voix récoltée aux législatives.
À quoi, il convient d’ajouter 37 119 euros par parlementaire, avec une amende en cas de non-respect de la parité. À la louche, le RN devrait palper pas moins de 16 millions d’euros par an là où, depuis 2022, il plafonnait à 6,8 millions d’euros.
Bardella avait même dû faire la quête auprès de ses adhérents pour financer la dernière campagne européenne — 4 millions d’euros avaient ainsi été récoltés. Ce nouvel emprunt avait un but inavoué : tenter de faire passer par pertes et profits dans l’opinion publique les fameux 11 millions d’« emprunt russe » contracté en 2014. Encore merci, Vladimir…
Manne en hausse
Malgré leur braquage réussi, Le Pen et les siens ne devraient pas trop avoir l’occasion de flamber. À compter du 30 septembre prochain, la candidate à la présidentielle ainsi que 25 cadres et salariés du parti vont devoir répondre des accusations de détournement de fonds publics et de complicité de détournement de fonds publics.
Ils sont soupçonnés d’avoir détourné des centaines de milliers d’euros du Parlement européen, ce qui devrait leur valoir une jolie amende. Les pauvres nouveaux riches sont désormais poursuivis aussi par la justice pour le financement de la campagne présidentielle de Le Pen, en 2022.
Le Parti socialiste est l’autre gagnant du jackpot des législatives. A l’issue des européennes, le rééquilibrage des forces de gauche lui a permis de revendiquer auprès de ses partenaires davantage de candidats qu’à l’époque de la Nupes. Résultat : plus de voix et plus de députés (59 contre 31), donc forcément plus de flouze.
Déjà, des cadres du PS se prennent à rêver de profiter de cette manne pour retrouver un siège à Paris intra-muros. Après la déroute politique et financière de 2017, ils avaient été contraints de quitter la rue de Solferino et d’emménager à Ivry-sur-Seine. Tout de suite, c’est moins chic.
Mélenchon et ses Insoumis, eux, vont perdre du pognon : plus de 1 million d’euros par an (4 millions, contre 5,2).
Perdants aussi, à coup sûr, Les Républicains. Leur financement public devrait passer sous la barre du million (contre 2,5 en 2022), avec, de surcroît, un gros bazar juridico-financier. Dans la précipitation de l’organisation du scrutin, en effet, la plupart des candidats se sont déclarés en préfecture « rattachés » financièrement à LR sans imaginer que Ciotti allait fricoter avec Le Pen.
Or, et jusqu’à ce que la justice dise le contraire, le député niçois reste président de la formation de droite. À ce titre, il conserve la main sur les comptes en banque. Malin, Ciotti a présenté 63 candidats, il en faut au minimum 50 pour avoir droit à l’argent public sous ses propres couleurs.
Avec 15 députés élus, il s’assure ainsi au moins 1 million de rentes annuelle. La traîtrise, ça peut rapporter gros.
Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 10/07/2024
Voilà des financements qui pourraient paraître démesurés dans le contexte de la dette publique française.
Avant la loi établissant des rentrées financières aux partis politiques constitués, chacun devait solliciter entreprise ou mécène avec bien souvent en l’octroi de contreparties et ce même si cela étaient absolument illégales.
Certes, on pourra toujours arguer que ce sont les partis politiques ayant le plus grand nombre d’électeurs qui sont privilégiés, que compte tenu de l’ordre nombre de n’ont pas besoin de financement supplémentaire étatique, il reste que cette loi existe et évite quelques connivences à l’issue des élections.
MC