Barrage !

Faire « barrage » à l’extrême droite alors que sa ravageuse vague brune a déjà déferlé à 33,15 % des suffrages n’est, à l’évidence, pas gagné d’avance. Et, bien sûr, encore moins quand il faut faire face à des divergences et à des tergiversations sur l’édification, en quelques jours à peine, du barrage en question. Or c’est exactement ce qui se passe en Macronie, ou l’on est loin de l’unanimité sur la façon d’ériger le barrage, de le bétonner, et même sur son impérieuse nécessité.

Dès l’annonce des résultats, on a eu plus que l’impression que l’architecte Macron avait pris un coup de trop sur le casque, que les chefs de chantier et les contremaîtres avaient chacun leurs plans et que les ouvriers étaient livrés à eux-mêmes.

Le tout au risque, sérieux, de lézarder les fondations de l’ouvrage déjà très aléatoire censé empêcher la vague brune d’arriver jusqu’à Matignon.

Certes, Attal puis Macron ont bien tenté, à défaut de cohésion, de donner un peu plus d’apparence de cohérence à la stratégie à adopter au second tour, mais c’est très moyennement réussi. Le mes­sage sur le « barrage » a beau être martelé par l’un et par l’autre, les nuances d’appréciation entre des partenaires comme Bayrou, pour le MoDem, et Philippe, pour Horizons, partisans du « ni RN ni LFI », persistent à faire, désordre au moment où il n’y a pas de temps à perdre.

De même que les distinctions de désistement, au cas par cas, entre mauvais et bons candidats de la Mélenchonie. Toutes ces divergences, alors que la gauche, y compris celle, plombante, de Mélenchon n’a pas barguigné sur la question, persistent à apparaître comme de vraies dissensions, qui nuisent gravement à la clarté de la position de la coalition présidentielle.

Attal peut bien multiplier les appels à « empêcher l’extrême droite d’obtenir les pleins pouvoirs », Macron dénoncer « toute forme de désunion » et rappeler à ses troupes qu’il a lui-même, en d’autres temps, profité du « front républicain », difficile d’en parler, malgré de nombreux désistements de raison, comme d’un vrai front commun dans une Macronie où chacun semble désormais n’en faire qu’à sa tête. Et continuer de penser pouvoir se conduire comme une majorité, alors que, depuis dimanche, même relative, ce n’est plus le cas. Du bas de ses 20,76 % des voix, elle est arithmétiquement devenue une minorité présidentielle.

Et qui plus est déchirée, ce qui vient relativiser, sinon affaiblir, les appels optimistes à un « large rassemblement, clairement dé­mocrate et républicain, pour le second tour », qui irait de LR aux écolos en s’arrêtant à LFI, dont aucun membre n’entrerait au gouvernement.

Ce qui n’empêche pas Mélenchon de continuer de s’attribuer les 27,99 % du Nouveau Front populaire et de considérer que la droite et la Macronie sont « concassées ». Ce qui augure de grands moments en cas de grande coalition.

Chronique d’une ingouvernabilité annoncée qu’on en est réduit à considérer comme la moindre des calamités, alors que le RN dénonce les désistements de la gauche comme de la Macronie, tout en répétant que la majorité absolue reste à sa portée. Mais en tentant tout de même de rallier des voix de droite pour s’en assurer.

C’est redire, s’il en était besoin, le danger de pareille éventualité. Et l’importance d’un vrai « barrage » contre l’extrême droite, qui, s’il venait à être franchi ou à céder dimanche, verrait, à tous les sens du terme, le pays vraiment mal barré.


Erik Emptaz. Dessin de Chappatte. Le Canard enchaîné. 03/07/2024


2 réflexions sur “Barrage !

  1. bernarddominik 05/07/2024 / 17h20

    Dans ma circonscription il y a le choix entre une candidate macronienne pur jus et un candidat RN.
    Faire barrage au RN ? Pourquoi puisque ni NFP ni Macron ne tiendront leurs promesses ?
    Leur programme n’est ni plus ni moins irréaliste que celui des autres. Voter pour Macron ? Sûrement pas.
    Alors, je voterai blanc.
    Je ne crois plus au front républicain, aucun des partis en présence n’est républicain, ils ont construit un état où 90% des présidents et ministres sont énarques et la gauche comme les autres maintient des privilèges issus d’un système monarchique. Ils ont confisqué le pouvoir.
    Les seuls hors de l’énarchie, c’est le RN, avec lui aussi son souverain, une souveraine en l’espèce.

    • tatchou92 06/07/2024 / 15h49

      Je vous comprends… et je me souviens de 3 tours de Présidentielles,
      1) opposant Monsieur Jacques CHIRAC à Mr LE PEN,
      2 et 3) rebelote avec Mme LE PEN et Le Président actuel..

      -J’avais croisé le 1er, lors du 40ème anniversaire de la Libération de Paris, à Montparnasse (je venais pour saluer Le Colonel ROL TANGUY décoré du plus haut niveau de la Légion d’Honneur).
      -la 2ème fois à la foire de Paris, Le Président CHIRAC était accompagné d’un grand chirurgien cardiaque, (Conseiller de Paris), qui avait effectué une transplantation sur un proche, malheureusement disparu, il m’avait reçue personnellement à l’issue, et m’a reconnue, s’est arrêté pour me saluer chaleureusement : j’ai eu droit à 2 poignées de mains énergiques, et 2 mains sur l’épaule, devant mon conjoint éberlué, qui ‘y a a eu droit lui aussi …il a compris par la suite.

      Le Président CHIRAC avait été élu avec plus de 80% des suffrages, Je ne me souviens pas précisement des scores du Président MACRON.
      Notre circonscription a élu un Député NFP au 1er tour, député sortant.
      J’ai connaissance de plusieurs maintiens lamentables, et de 2 sortis qui ont demandé au candidat arrivé 2ème de se retirer pour eux, « mieux connus »..disent-ils..

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