Barbara sait de quoi elle parle…

C’est une ministre, Barbara Nowacka, aujourd’hui ministre de l’Éducation à Varsovie qui s’exprime. Une féministe qui a combattu l’extrême droite pendant les huit années où celle-ci fut au pouvoir, en Pologne. Une figure venue de la gauche, laquelle n’était même plus représentée au Parlement. L’extrême droite au pouvoir agit vite, et laisse des dégâts durables après son passage.

  • Mediapart : Vous êtes entrée en octobre 2023 dans un gouvernement qui a tourné la page à huit ans d’extrême droite. Quelles sont les conséquences des politiques menées par le PiS en Pologne entre 2015 et 2023 ?

Barbara Nowacka : Elles concernent principalement les femmes : ce sont leurs droits qui ont fait les frais des attaques les plus graves, à commencer par l’interdiction de l’avortement. A aussi été décidé, dès le début du mandat, l’arrêt du remboursement par l’État de la PMA [procréation médicalement assistée – ndlr]. Les droits des femmes ont été constamment violés, et certaines en ont perdu la vie. Au moins trois femmes qui s’étaient rendues à l’hôpital avec des complications de grossesse sont tout simplement mortes faute de soins : les médecins avaient peur d’intervenir à cause de la loi du PiS sur l’avortement. Voilà des conséquences bien réelles…

Au-delà de ça, c’est l’ensemble des droits humains qui ont été détériorés […] à travers les médias, à partir du moment où il a transformé l’audiovisuel public en organe de propagande.

Ses attaques se sont également tournées vers le corps enseignant quand celui-ci s’est mis en grève, en 2019, pour réclamer des augmentations de salaire. Cela a eu des effets très concrets : il y a eu une vague de démissions dans l’Éducation nationale. Les salaires n’ont pas été augmentés et les profs, qui ont généralement l’esprit ouvert, qui enseignent la vérification des faits et la démocratie, étaient très remontés contre le populisme… […] Aujourd’hui, nous avons un déficit de 14 000 postes à combler.

Autre dérive du PiS au pouvoir : il a financé ses campagnes politiques avec de l’argent de l’État, ce qui est totalement illégal. […] Il a également financé des organisations d’extrême droite, et même des organisations fascistes. [..]

  • Autre conséquence désastreuse de ces huit années d’extrême droite : l’état de la justice polonaise…

En effet. Quand vous allez au tribunal aujourd’hui, vous vérifiez d’abord qui est le procureur, si vous voulez être sûr que votre affaire ne soit pas politisée. Si c’est un vrai juge ou si c’est un juge du PiS. Les populistes ont complètement démoli la justice, en tentant d’écarter les vieux juges qui n’étaient pas sur leur ligne politique, et en plaçant à de hauts postes des personnes qui n’étaient pas suffisamment qualifiées. […]

  • Avez-vous réussi à refaire de TVP, la télévision publique polonaise, un organe d’information indépendant ?

Nous avons tout changé afin qu’elle redevienne un média de journalistes, qu’elle soit rendue aux citoyennes et citoyens, et qu’elle se tienne loin des politiciens.

Pendant des années, l’opposition n’était plus du tout visible dans les médias publics. Et quand nous apparaissions, nous étions présentés comme des gens stupides, des traîtres. On a maintenant retrouvé des médias normaux, qui critiquent le gouvernement, qui donnent la voix à l’opposition, et qui ne vont pas porter atteinte aux minorités. […]

Quel message envoyez-vous, aujourd’hui, à l’électorat français ?

Il faut que vous alliez voter, et il faut faire comprendre aux femmes et aux jeunes que peut-être que les partis politiques auxquels ils sont habitués ne les satisfont pas complètement, mais que l’expérience du populisme est dangereuse et dévastatrice pour les valeurs et pour l’État.

Vous voyez ce que nous avons eu en Pologne pendant huit ans. Vous ne voulez probablement pas avoir la même chose, des populistes qui discriminent les femmes, qui utilisent l’État pour manipuler au quotidien… Si vous voulez vivre dans un pays normal, allez voter. Et ne votez jamais pour l’extrême droite.


Composé d’après un article d’Amélie Poinssot. Médiapart (Courts extraits)


Une réflexion sur “Barbara sait de quoi elle parle…

  1. bernarddominik 07/07/2024 / 15h29

    Elle a raison sans aucun doute. Mais parfois il y a en balance survie et principes. Et aujourd’hui seuls LFI PCF et RN se sont prononcés pour la paix, le problème c’est que LFI a reculé face aux verts et au PS alliés de Macron dans sa guerre contre la Russie.

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