Décryptage : C8 et CNews sollicitent le renouvellement de leurs fréquences auprès du « gendarme » de l’audiovisuel. L’occasion pour les sages de reprendre la main sur un groupe qui, par son comportement, a sans répit bafoué son autorité.
Vantée par ses dirigeants ? C8 est une chaîne « où on rigole », qui réunit « petits-enfants et grands-parents », « la seule » vraiment préoccupée par les animaux.
La même C8, vue le 9 juillet par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel qui auditionnait ses patrons dans le cadre des autorisations d’émettre ? Elle se résume à Cyril Hanouna et son émission « Touche pas à mon poste ! » (« TPMP »), où un mineur de 17 ans parle des pratiques pornographiques de ses parents, où un dealer évoque des personnalités utilisant une supposée drogue faite à partir de sang d’enfants. Bref, un dérapage permanent ! « Les aléas du direct », plaident ses dirigeants. Michel Drucker lui-même n’avait-il pas été piégé, en 1986, par un Serge Gainsbourg alcoolisé et obscène face à Whitney Houston ? Comparer Drucker et Hanouna, il fallait oser.
Ce 9 juillet donc, Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+, venu solliciter le renouvellement de la fréquence TNT de C8, part avec un léger handicap. A cette chaîne, les sages de l’Arcom (Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique) ont infligé en cumulé 7,6 millions d’euros d’amendes – contre 380 000 euros pour la plus sanctionnée après elle, qui n’est autre que… CNews.
Alors, il dégaine l’arme fatale : Hanouna sera désormais diffusé en léger différé afin de couper ses sorties de route qui sont aussi son fonds de commerce. « À chacune d’entre elles, lui objecte Benoît Loutrel, membre du collège de l’Arcom, vous nous avez expliqué que ça ne se reproduirait pas, que vous alliez prendre des dispositions. Mais ça revient, ça revient, ça revient. Pourquoi doit-on croire que vous ferez ce que vous auriez pu faire depuis toutes ces années ? Pourquoi demain serait différent d’hier ? » « Je ne sais pas où vous étiez dans la dernière demi-heure, cingle Saada, mais cela fait trente minutes qu’on parle du sujet, monsieur le conseiller… »
Oublie-t-il à cet instant que les neuf sages ont littéralement pouvoir de vie ou de mort sur C8 ? Car on avait négligé un petit détail : les télés ne sont que locataires de leurs fréquences. Pour la première fois l’an dernier, TF1 et M6 ont dû se porter de nouveau candidates.
Et durant ces dix derniers jours, les sages ont auditionné 24 postulantes pour les 15 places, actuellement occupées par Gulli, BFMTV, W9, les chaînes Bolloré C8 et CNews, etc.
Toutes espèrent réembarquer pour dix ans, plus cinq de bonus quasi automatique. « Nous repartons d’une feuille blanche », a pourtant prévenu Roch-Olivier Maistre, le président de l’Arcom.
Vont-ils reprendre la main sur le groupe Bolloré, dont le comportement voyou sape sans répit leur autorité ? Non que le collège soit resté sans réaction : sanctions à répétition, dont une amende record contre C8 de 3,5 millions d’euros, neuf interventions en trois ans contre CNews, portant – le pire pour une chaîne info – sur « ses manquements à l’honnêteté et à la rigueur », rien n’y a fait. Rien !
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Car on prête aujourd’hui à l’Arcom une omnipotence qu’elle n’a pas. Face à des contrevenants très agiles, une sanction ne tombe jamais ex abrupto. Elle est précédée d’une mise en garde, aussi douloureuse qu’une pichenette, puis d’une mise en demeure (effacée au bout de cinq ans) qui, en cas de récidive – uniquement pour un manquement de même nature –, déclenche l’instruction d’un rapporteur indépendant du Conseil d’État.
Alors, et seulement alors, l’Arcom peut sévir. Son fait d’armes ? L’amende record de 3,5 millions d’euros infligée à C8, soit 3,65 % de son chiffre d’affaires. Hélas, même 5 % (le maximum autorisé) n’auraient pas été dissuasifs pour l’actionnaire Vivendi et ses 10 milliards de revenus.
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En attendant, les anti-Bolloré piaffent, ulcérés par CNews et C8 qui, au lieu de couvrir les législatives anticipées, ont en réalité fait campagne. Hanouna a ainsi, en direct, tendu son téléphone à la zemmouriste Sarah Knafo pour qu’elle propose une alliance à Jordan Bardella, président du RN. Ulcérés aussi d’entendre, pendant leur audition, les dirigeants de CNews minorer les dérapages, arguant de seulement « 0,012 % du temps d’antenne » sitôt corrigés sèchement par un sage : « On est bien au-delà sur le ressenti dans l’opinion. »
À l’heure des bilans « pour la reconduction des autorisations de diffusion, l’Arcom saura regarder comment [les chaînes] ont respecté [leurs] obligations », avait osé, en 2023, Rima Abdul-Malak, alors ministre de la Culture.
Le soir même, Cyril Hanouna – élégant, toujours – l’interpellait : « Madame la ministre qui parle des fréquences, elle se rend compte du nombre de personnes qu’on fait travailler ? Tout le cinéma qu’on finance avec C8, Canal+ ? […] Donc, qu’elle y aille mollo l’asticot ! »
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Véronique Groussard. Le Nouvel Obs. (très courts extraits) N° 3120. 18/07/2024
L’ARCOM aura mis le temps!