Sur cnews, la soirée électorale du dimanche 9 juin 2024 a tenu toutes ses promesses. Pour commenter les résultats, à 20 heures, trois étoiles de la galaxie Bolloré brillaient de mille feux : Geoffroy Lejeune, ex-directeur de la rédaction de « Valeurs actuelles », désormais à la tête du « Journal du dimanche » ; Louis de Raguenel, le chef du service politique d’Europe 1 ; et l’avocat Gilles-William Goldnadel, partisan revendiqué d’une « droite sauciflard ». Ben mon cochon !
Aucun représentant de gauche parmi les trois premiers invités politiques : 1’eurodéputé RN tout juste élu Matthieu Valet, la députée LR Annie Genevard et sa collègue macroniste Maud Bregeon, qui, deux semaines plus tôt, avait déclaré, sur le même plateau, qu’il existait « parfois » en France « un lien entre insécurité et immigration ». Cela méritait bien une nouvelle invitation sur CNews !
Geoffroy Lejeune s’adresse aux trois élus présents : « Je vous certifie que, sur le fond, vous êtes d’accord sur l’essentiel (…). Un des sujets que vous aurez à l’avenir, c’est de vous unir. Et j’ajoute Reconquête! (le parti d’Eric Zemmour), ils existent dans cet écosystème. »
« Bien sûr ! » approuve la présentatrice, Laurence Ferrari.
A 20h 15, la prise de parole de Raphaël Glucksmann (Place publique-PS), pourtant troisième homme de l’élection, est boudée sur CNews. La chaîne n’en retransmettra qu’un extrait de 39 secondes, une vingtaine de minutes plus tard.
A 20h48, le candidat zemmouriste Stanislas Rigault débarque sur le plateau, accueilli comme il se doit par Lejeune : « Reconquête! va probablement avoir des élus. En tout cas, je vous le souhaite, Stanislas. L’union des droites, c’est pas du passé, c’est du futur ! » Quel sens de la formule !
Il faut attendre 21 h 24 pour qu’un premier élu de gauche soit invité à participer aux échanges, en la personne de Paul Vannier, député LFI. Une heure plus tard, le discours d’Eric Zemmour est retransmis en direct et dans son intégralité, pendant dix minutes. Pour bénéficier de la même faveur, Glucksmann n’avait qu’à récolter 5,5 % des voix plutôt que 14,6 %!
Tout au long de la soirée, les mots d’« extrême droite » seront soigneusement bannis. « Les droites peuvent-elles s’unir ? » : tel est le « bandeau » proposé par CNews au bas de l’écran après l’annonce présidentielle de la dissolution de l’Assemblée.
Commentaire rassurant d’Alexandre Devecchio, journaliste au « Figaro » et à Europe 1 : « Je suis persuadé que l’union des droites se fera à un moment ou à un autre. »
Une chose est sûre : les troupes de Bolloré feront tout pour qu’elle advienne.
Clara Bamberger. Le Canard enchaîné. 12/05/2024
Il faut de tout pour faire un monde…