… Canua Island n’allait jamais voir le jour ! Tempête autour d’une île flottante
Impossible que cette « île flottante nomade » de pas moins de 1 750 m2 sur deux niveaux, posée sur un immense catamaran, se promène au large de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Impossible que jusqu’à 400 personnes viennent y déjeuner, y picoler, y bronzer, y danser et même y dormir. « Nuisances sonores », « pollution visuelle », « impacts sur l’écosystème marin »… Écolos, riverains, élus, gouvernement, tous étaient contre (« Le Canard », 31/5/23).
Pour Renaud Muselier, le président de la région Paca : « une aberration écologique » (« Nice-Matin », 31/5/23). Pour Hervé Berville, secrétaire d’État chargé de la Mer : « un projet ni fait ni à faire » (« Le Monde », 10/6/23). D’ailleurs, Julie Creuseveau, alors cheffe de cabinet de Christophe Béchu, notait en avril 2023 que le « gouvernement s’[était] clairement positionné défavorablement au développement dans la mer territoriale d’activités commerciales privées, notamment d’hôtellerie-restauration ».
Oui, mais voilà, en août, puis en novembre, le tribunal administratif de Nice a condamné l’État à délivrer le permis de navigation et le permis d’armement qu’il refusait jusque-là aux anciennes gloires des sports nautiques Marc Audineau et Tony Philip, les concepteurs de Canua Island.
Audineau triomphe : « Nous avons en effet gagné nos procès pour obtenir nos permis, qui avaient été bloqués illégalement. Et nous allons exploiter à partir de mai » (« Var-Matin », 17/4). Licenciement de 11 personnes, promesses d’embauche tombées à l’eau pour 32 autres, impossibilité de rembourser les emprunts… Leurs arguments économiques ont fait mouche devant le tribunal.
En revanche, pas un mot sur les risques pour l’environnement…
Donc c’est parti pour Canua Island ? Pas si vite ! « Canua Island devra se conformer aux arrêtés préfectoraux et demander une autorisation de mouillage au préfet maritime », explique au « Canard » Pierre-Louis Josselin, capitaine de frégate et porte-parole du préfet maritime de la Méditerranée. Mais, pour l’instant, « aucune demande n’a été transmise » à ce dernier. L’État va-t-il rester sur ses positions écolos ? ou bien, au nom du sacro-saint développement économique, acceptera-t-il cette demande ?
Pour le moment, la plateforme attend, sagement ancrée à La Seyne-sur-Mer.
Prof. Canardeau. Le Canard enchaîné. 07/05/2024
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