Le Service de santé des armées refuse les étrangers

Tout commence par un malheureux accident de chantier.

Le 15 avril, une équipe du Samu 93, en Seine-Saint-Denis, prend en charge un ouvrier victime d’un grave accident de travail sur la plateforme aéroportuaire de Roissy-Charles-de-Gaulle. L’homme souffre d’une fracture ouverte à la jambe qui nécessite une opération chirurgicale rapide.

Las ! aucun lit, à ce moment-là, n’est disponible dans les hôpitaux publics d’Ile-de-France. Le médecin régulateur du Samu finit par dégoter in extremis une place dans un établissement militaire. À 21 heures, la victime est donc admise à l’hôpital Bégin, à Saint-Mandé, dans l’Est parisien. Et, là, surprise : quelques heures plus tard, un toubib militaire appelle le Samu 93 pour se plaindre qu’on lui a adressé un patient de nationalité étrangère.

L’urgentiste s’étonne des réticences de l’établissement, pourtant habitué à soigner des civils. Il précise que l’ouvrier accidenté est en situation régulière en France, qu’il dispose d’un contrat de travail et qu’il est affilié à la Sécurité sociale. Après cette passe d’armes, le chirurgien militaire accepte d’opérer le blessé.

Incident clos ? Un cessez-le-feu, plutôt…

Car la hiérarchie du Samu exige des explications de la direction de Bégin.
Cette dernière invoque un malentendu et jure que l’accès aux soins dans les hôpitaux militaires est ouverte à tous sans distinction de nationalité… sous la seule réserve que les militaires sont prioritaires.

Un gros mensonge. « Le Canard », en effet, a posé la palme sur une étonnante note de service, signée le 15 mars par le médecin général Marion Auboin, patronne de l’hôpital Bégin.

Intitulé « Admission à titre exceptionnel, », le document fait bel et bien la liste des restrictions pour les étrangers.

Fracture sur facture

S’appuyant sur une vieille circulaire de 2006, la note précise les cas où les hôpitaux militaires « ne sont pas autorisés à admettre des bénéficiaires exceptionnels, sauf cas d’urgence médicale ou chirurgicale avérée » (lorsque le pronostic vital est engagé, donc). Sont considérés comme bénéficiaires exceptionnels : les étrangers en situation irrégulière, ou qui ne sont pas citoyens d’un des 30 pays d’Europe ayant signé un accord avec la Sécurité sociale.

Quand il y a des dérogations, celles-ci doivent être délivrées « uniquement par le Bureau des relations internationales de l’état-major des armées » et par le Patron de l’hôpital lorsqu’il s’agit de ressortissants étrangers en situation régulière bénéficiant de l’aide médicale de l’État. Rompez…

Pourquoi ces restrictions relatives à la nationalité ?

Une histoire de gros sous, comme le décrypte un médecin militaire agacé par l’attitude ambivalente de sa hiérarchie : « Contrairement aux hôpitaux publics, le Service de santé des armées ne dispose pas d’enveloppe pour prendre en charge les patients hors UE, ou sans couverture sociale. »

C’est vrai qu’à moins de cent jours des Jeux de Paris, qui vont drainer 15 millions de touristes du monde entier, reconnaître publiquement que ceux qui ne possèdent pas un passeport étoilé seront interdits de soins dans les hôpitaux militaires n’est pas du meilleur effet !


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 30/04/2024


Une réflexion sur “Le Service de santé des armées refuse les étrangers

  1. tatchou92 05/05/2024 / 21h19

    Ai-je bien lu ? suis-je éveillée ou dors-je ?
    On apprend à tout âge…
    Ne serait-il pas facile de régler cette question réglementaire, par voie législative…
    Au secours Hyppocrate…
    – que ce serait-il passé, si la victime avait disposé d’un statut de diplomate de son pays ?

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