Gaby contre Jordan !

« Un réceptacle de la colère ne fait pas un programme et l’agrégation des frustrations ne fait pas un projet ».

Sans doute, mais l’un et l’autre n’en contribuent pas moins à faire monter le RN dans les sondages pour les élections européennes. Et c’est bien ce qui fait pester ainsi Macron, très remonté de voir la liste de la majorité à la peine avec sa candidate Hayer, toujours à une dizaine de points derrière la liste de Bardella et menacée par la remontée de Glucksmann.

Il y a effectivement de quoi s’énerver. Et c’est ce qu’il a fait le week-end dernier, lors de son entretien aux quotidiens régionaux comme après, en appuyant son passage à l’offensive.

Au risque de voir son (long) temps de parole décompté par l’Arcom de celui de la liste Renaissance aux européennes, il s’est lâché et a dit tout le mal qu’il pensait du RN, qui « ne propose rien ». Et de toutes les contradictions du parti de Bardella en matière d’Europe, d’économie et de politique étrangère, où ils disent tout et son contraire, comme lorsqu’ils répètent « qu’ils sont pour les agriculteurs mais ne votent pas la PAC ».

L’artillerie lourde pour tenter de déplacer la ligne de front. Celle d’un scrutin que le parti d’extrême droite dédiabolisé s’est ingénié, suivi par les autres oppositions, à transformer en vote anti-Macron, et qu’il escompte évidemment à son tour détourner en un vote de barrage au RN de Bardella Le Pen.

Une tactique offensive déjà utilisée avec les canonnades répétées contre la poutinophilie du RN, qui, même clairement avérée, n’a guère enrayé les avancées sondagières de l’héritière du FN et de son candidat Bardella. Il faut donc à Macron trouver mieux ou au moins plus efficace pour tenter de redresser la situation. Après le canon, il compte donc sur son arme anti-Bardella, l’arme fatale, l’arme Attal.

Une arme vantée dès la nomination du jeune Premier ministre à Matignon mais vite rengainée devant le peu d’empressement de l’intéressé, qui proposait à Le Pen de débattre sur l’agriculture mais se refusait à débattre avec son subordonné. Mais l’heure est grave et les temps ont changé.

Le ton également. Attal a ainsi laissé entendre lundi matin qu’il allait « probablement » accepter un débat avec Bardella. Une probabilité d’autant plus probable que l’ordre venu de Macron fait suite à l’expression de son agacement (« Le Canard », 17/4) face à l’implication d’Attal dans la campagne, qu’il jugeait trop timoré. C’est terminé, cette fois, sur l’air de « je ne me défilerai pas », l’homme de Matignon est prêt à monter au front.

Il a sonné pour ce mardi le rappel des troupes ministérielles et de la majorité au QG de campagne. Après s’être colleté à la violence des mineurs, il va en découdre avec Bardella. Reste, bien sûr, à obtenir l’accord de ce dernier, lequel l’a plusieurs fois proposé alors qu’Attal le refusait. Et à fixer la date, le lieu et les modalités de ce face-à-face qui risque d’être beaucoup plus écouté que les deux heures sur l’Europe à la Sorbonne de Macron, son instigateur.

« Un réceptacle de la colère ne fait pas un programme » électoral, mais un tel débat, c’est assuré, peut faire un bon programme télé.


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 30/04/2024


2 réflexions sur “Gaby contre Jordan !

  1. bernarddominik 04/05/2024 / 9h48

    Entre Gluksmann et Macron la différence est d’autant plus faible que Manu et Gaby se ressemblent beaucoup dans le style et les idées. Alors les macronistes déçus ont trouvé un nouveau dieu dans la personne de Gaby.

  2. tatchou92 04/05/2024 / 22h39

    Pas certaine que ce débat attire la France entière…
    Je plains les bénévoles républicains qui vont tenir les bureaux de vote.. les journées risquent d’être longues et peu animées, si les sondages de participation sont confirmés…
    Au vote Citoyens !!!

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