… La lutte des classes
Rappelons-le aux plus jeunes : le 1ᵉʳ mai est la Journée internationale des travailleurs, c’est-à-dire, depuis la fin du XIXe siècle, une mobilisation pour obtenir des avancées sociales, initialement dans le cadre de la lutte des classes.
C’est la IIe Internationale qui a instauré cette commémoration en 1889, après que le sang des ouvriers en lutte eut coulé à Chicago. Il existe suffisamment de réformes néolibérales déjà votées ou en passe de l’être pour que l’agenda des luttes sociales, en France, reste fourni et serve de socle rassembleur à une gauche plus divisée que jamais, mais dont l’élément social-démocrate reprend, derrière Raphaël Glucksmann, des couleurs.
C’est pourquoi éjecter la tête de liste aux européennes du cortège de Saint-Étienne, au motif qu’il serait trop tiède dans sa condamnation d’Israël, est non seulement une erreur, mais une ignominie.
Peu importe les auteurs de son éviction : elle concerne un homme politique progressiste d’origine juive, attaqué parce qu’il refuse avec raison de se joindre aux ultra de la cause palestinienne, tout en condamnant sans ambages l’action du gouvernement israélien. Il n’est plus question ici, principalement, de désaccords sur le social, mais d’assignation identitaire. C’est inadmissible.
Inadmissible, mais bien dans la lignée de ce que j’ai vu à Paris le 1ᵉʳ mai. C’est-à-dire un cortège où résonnait de temps en temps L’Internationale — qui, comme son nom l’indique, est un chant révolutionnaire internationaliste -, mais où je n’ai jamais vu autant de drapeaux différents.
Des drapeaux rouges et noirs, certes, un peu. Mais surtout une bigarrure de drapeaux nationaux brandis par les porteurs de causes identitaires : palestinien, de loin le plus représenté ; syrien, porté par des membres de l’opposition ; breton ; colombien ; ceux de la Kanaky et de la Kabylie… Un seul manquait à l’appel : le drapeau tricolore de la Révolution française et des suivantes, celui que la réaction, après 1870 encore, refusait d’accepter, lui préférant le drapeau blanc.
À dire vrai, j’ai vu un drapeau tricolore. C’est un jeune homme sorti du black bloc pour échapper un moment aux lacrymos qui s’est drapé dedans. Entièrement cagoulé, habillé façon « casual » des stades, il portait sur sa manche un drapeau palestinien.
Que ce soit un « ultra », j’en suis convaincu. D’ultra-gauche, je le suis beaucoup moins. On ne peut plus brandir le drapeau français pour réclamer des avancées sociales, donc, alors que les « gilets jaunes » l’utilisaient. Il faut désormais défiler en montrant son signe tribal. Celui-ci se décline jusque dans le vêtement, non seulement le keffieh, mais aussi le hijab, l’abaya (au besoin, je l’ai vue, ornée d’un gros autocollant LFI) et les tee-shirts sigles « Maroc » ou « Algérie » .
Ce repli identitaire qui fragmente le corps social réduit ses capacités de lutte, et nul doute que, chez les libéraux, on s’en frotte d’autant plus les mains que l’indigénisme débridé des bloqueurs complaisants avec le Hamas permet en même temps au camp de l’ordre de tonner contre le péril étranger.
Tout comme l’extrémisme inconscient de l’ultragauche (j’ai lu ce slogan : « En mai, fais ce qui te plaît : bute un flic ») fait avancer à toutes berzingue un agenda sécuritaire de plus en plus assumé, du centre au RN. Il y a eu un hold-up commis par les radicaux de la cause palestinienne sur le 1ᵉʳ mai social. Gaza n’y gagne rien, l’universalisme progressiste y perd tout.
Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 08/05/2024
Les classes n’existent plus. La société est complètement fragmentée. Ne subsistent que des clans qui se lient par compromis et ne résistent qu’un temps. Former un parti politique relève de la gageure, on le voit bien: chacun ses convictions, ses ambitions, … Le symptôme de la fragmentation c’est la violence dans les propos comme dans les actes. La solidarité en souffre terriblement et les dictateurs, populistes de tous crins l’ont bien compris et passent à l’attaque.
Si on le veut vraiment, tout n’est pas perdu !
Il exister encore des organisations syndicales puissantes, qui travaillent main dans la main depuis les dernières grandes luttes, et 2 d’entre elles( les 2 premières) viennent de se doter d’une secrétaire générale. Bravo et merci.
Il y a et aura toujours des classes sociales : celles qui bossent, sont mal rémunérées, exploitées.. et celles qui encaissent.
Il y a certes des désarrois, du désespoir, mais c’est aussi à nous à réagir.. en ne baissant pas les bras, et en refusant la majorité à ceux qui « n’ont rien à cirer » de nous, de nos mômes, de nos anciens, comme le serinent les sondages..
Rien n’est acquis, il faut toujours lutter, se battre, convaincre, y croire.. « L’union est un combat » disait un candidat , alors unissez vous, comme vous l’avez déjà fait..
Il n’y aura pas de grand soir, comme il « ‘n’y a pas de sauveur suprème ».. ce n’est pas moi qui le dit, mais je le pense aussi.