Faut-il reconnaître l’Etat de Palestine ?
La question peut sembler illusoire : cet État n’existe pas, sa naissance est même un des enjeux de la crise actuelle.
Pourtant, 139 États ont déjà reconnu un État palestinien fictif, ou en devenir si on est optimiste. Parmi eux, très peu se trouvent dans l’Union européenne : seule la Suède l’a fait alors qu’elle était membre de l’UE, huit autres (Bulgarie, Pologne, Roumanie…) ayant reconnu la Palestine avant leur adhésion. Mais la question est de nouveau sur la table alors que la guerre à Gaza renvoie l’Europe à son impuissance et à ses divisions.
L’Espagne a lancé le débat début avril en annonçant qu’elle reconnaîtrait unilatéralement l’État de Palestine avant juillet. Le gouvernement socialiste de Pedro Sànchez s’est affirmé comme l’un des plus critiques vis-à-vis de la guerre israélienne, et cette position surenchérit sur une déclaration commune signée en mars par l’Espagne, l’Irlande, Malte et la Slovénie, qui s’étaient dites prêtes, dans l’intérêt « de la paix et de la sécurité », à reconnaître la Palestine « quand le temps sera venu ». Madrid a désormais tranché : ce sera juillet, avec ou sans les autres.
L’Union européenne avance en ordre dispersé sur le conflit israélo-palestinien, c’est une vieille réalité qui l’empêche de peser alors qu’elle est le premier partenaire économique d’Israël et le premier bailleur de fonds de l’Autorité palestinienne.
Mais l’Allemagne, pour des raisons historiques évidentes, s’empêche de critiquer l’État hébreu, tandis que d’autres ont un tropisme pro-israélien, voire pro-Netanyahou comme la Hongrie de Viktor Orbàn. A l’arrivée, une Europe inaudible, qui n’est même pas la somme de ses membres tant ils divergent.
S’ils arrivent à se mettre d’accord pour des sanctions symboliques contre quelques colons violents — et encore, seulement une fois que les Américains l’ont fait —, les Vingt-Sept manquent assurément d’audace. Seul Josep Borrell, le haut représentant — espagnol — pour les Affaires étrangères de l’Union, tranche par ses paroles fortes — mais dans le vide.
La question de la reconnaissance de l’État à ce stade, avant qu’un accord international sur son établissement devienne réalité, relance le sujet.
Emmanuel Macron a déclaré en février que ce n’était « pas un tabou », que la France y réfléchissait. Ce n’est pas un hasard si cette déclaration, la seule à ce jour, a été faite lors de la visite à Paris du roi Abdallah de Jordanie, qui pousse Paris à s’engager plus. Mais reste à savoir comment, à quel moment et dans quel cadre.
Reconnaître cet État serait une manière forte d’exprimer un désaccord profond avec la stratégie israélienne. C’est le but de l’Espagne et de quelques autres. La limite de l’exercice est que ça ne changerait rien : ni à la réalité palestinienne, sans État ni représentation politique légitime ; ni au déroulement d’une guerre sur laquelle l’Europe n’a pas prise ; ni même à la préparation de l’« après » largement menée entre Américains et Saoudiens, l’UE étant appelée à soutenir leur initiative quand le temps sera venu.
Mais face à l’ampleur de la catastrophe humaine à Gaza, face à l’aveuglement des dirigeants actuels d’Israël et à l’absence de perspective politique crédible à court terme, ne faut-il pas marquer par un geste son attachement à une solution équitable ?
La reconnaissance d’un État palestinien, appelé à vivre en paix et en sécurité à côté d’un État d’Israël dans ses frontières d’avant 1967, peut incarner ce geste politique, minimal, salutaire.
Pierre Haski. Le Nouvel Obs N°3106. 11/04/2024
Je ne vois pas de raison de refuser aux palestiniens la reconnaissance de leur état. C’est un droit légitime auquel Israël devra se plier tôt ou tard.
C’est « l’Etat » d’Israël qui est une usurpation du territoire palestinien.
Depuis sa création, l’État juif n’a cessé de coloniser hors du territoire qui lui avait été attribué, s’appropriant les terres des palestiniens. Cela fait plus de 75 ans que des colons israéliens accaparent des terres, l’eau, etc. détruisant des villages, asservissant des agriculteurs, éleveurs.
Que ce peuple se rebelle me semble la moindre l’évidence, qu’il revendique d’avoir un sol, la paix, un état constitué me semble plus que normal, raisonnable.
Michel
Je crois me rappeler qu’il y avait eu un accord de Paix entre les 2 Etats, intervenu aux Etats Unis sous la Présidence de CARTER. Malheureusement, il y a eu un assassinat et la droite a repris le pouvoir en Israël.
Je me souviens aussi qu’il il avait 2 otages, un Franco-israelien, et un franco-palestinien… a ma connaissance, notre pays est intervenu pour la libération du 1er, le 2ème, marié à une Française, père de famille, a été incarcéré dans des conditions très difficiles pendant plus de 10 ans, sans soutien public venant de la France.. qu’il a enfin rejointe, sans espoir de retour au pays dans les conditions actuelles…