Le problème n’est plus de savoir s’il faudra une nouvelle réforme des retraites, mais quand.
« Pas question de parler de ce qui fâche », a répondu, en substance, le Conseil d’orientation des retraites (COR), qui s’est réuni, le 4 avril, à Paris, pour préparer son rapport annuel, qui sera publié aux alentours du 15 juin.
L’instance s’est séparée en se félicitant « du consensus qui est apparu » entre ses 42 membres (patrons et syndicalistes, parlementaires et experts). Il a fallu, tout de même, mettre sous le tapis un certain nombre de broutilles : les déficits qui, moins d’un an après la promulgation — le 14 avril 2023 — de la loi censée assurer l’équilibre en 2030, recommencent à montrer le bout de leur nez ; une prévision d’augmentation des recettes beaucoup trop optimiste ; et la reconnaissance par le COR lui-même d’un énorme déficit caché des retraites publiques.
Tout ça, on verra plus tard ! « Depuis vingt ans, le COR sert à déterminer un consensus politique en dehors de toute réalité financière », estime Jean-Pascal Beaufret, ex-directeur général des Impôts.
Hausse secours
L’économiste Gilbert Cette, nouveau patron du COR, après le limogeage, en octobre, du trop peu macroniste Pierre-Louis Bras, était pourtant arrivé avec une proposition explosive : baisser la très optimiste prévision du volume des cotisations de retraite. Celles-ci dépendent de l’augmentation des revenus, liée à la hausse de la productivité.
Plus la productivité augmente, plus les revenus et les cotisations sociales gonflent, et moins le déficit des retraites est important.
Problème : le COR voit un peu large, qui table sur une croissance de la productivité de 1 % par an — soit très au-dessus de la hausse moyenne de 0,6 % constatée en France entre 2005 et 2019 —, sans parler de la baisse brutale de 3,8 % depuis 2019.
Gilbert Cette, spécialisé dans les calculs de productivité, aurait souhaité qu’on descende au moins à 0,7 %, et son entourage militait même pour 0,4 %, reflet du chiffre constaté depuis vingt ans.
Autant les représentants de 1’Etat étaient d’accord pour baisser le fameux taux, c’est-à-dire augmenter les prévisions de déficit (pour justifier la réforme de 2023 et appeler à la suivante), autant les syndicats y étaient — pour la même raison — opposés, histoire que personne ne parte en claquant la porte, le patron du COR a accepté de remballer sa proposition, et de maintenir la prévision de 1 % de productivité. Avec, à la clé, une aggravation potentielle du déficit par rapport aux anticipations de l’ordre de 2 milliards par an.
A base de taux fous
D’ores et déjà, le COR prévoit, pour 2030, un déficit de l’ordre de 6 à 9 milliards, et pour 2040 un trou d’environ 15 milliards. « À ce rythme, les déficits cumulés pourraient atteindre une centaine de milliards », prévoit un statisticien du Conseil.
Mais il y a pire encore.
Dans une note de travail publiée en vue de la réunion du 4 avril, le COR détaille la facture des retraites pour l’Etat. Il en ressort que celui-ci cotise à « un taux exorbitant de droit commun » : entre 74,28 % et 126,07 %, contre… 28 % dans le privé ! « Si le taux du privé était appliqué, les retraites publiques enregistreraient un déficit de 70 milliards », a calculé Jean-Pascal Beaufret, l’ancien directeur général des Impôts.
Mais l’Etat paie ses retraites en puisant directement dans le budget général via un « compte d’affectation spéciale « pensions » ».
Conséquence ?
Celui-ci est, par définition, toujours équilibré, puisque, dès qu’il manque des sous, on pioche discrètement dans le budget. Pour connaître le déficit global du système des retraites, il faudrait donc réintégrer dans les comptes les 70 milliards passés à l’as.
Et puis quoi en COR ?
Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 10/04/2024
Les fonctionnaires ne cotisant ni au régime général ni au régime complémentaire du privé, C’est à l’état de faire ses comptes, le COR n’a rien à y faire, mais il semble bien que l’état veut nous refiler le bébé. Le problème des retraites se situe à 3 niveaux:
1 le régime général finance aussi la solidarité, c’est à dire ceux qui recevront une retraite en ayant peu ou pas cotisé.
2 il n’y a pas de lien automatique espérance de vie et durée de cotisations, et donc si on vit plus longtemps ou si les cotisations baissent, le régime passe dans le rouge
3 la retraite sert à baisser artificiellement le chômage grâce aux mécanismes de pré retraite de retraite progressive…
Il est impossible d’équilibrer un pareil château de cartes. Et les réformes sont toujours bloquées par les syndicats qui partent du principe « au moins on travaille au mieux on se porte ». Je connais des retraités qui ont cotisés 30 ans et sont à la retraite depuis 35 ans, et en pleine forme, le plan amiante a permis à des gens qui n’avaient jamais vu d’amiante (des grutier du port autonome par exemple) de prendre leur retraite à 50 ans avec un taux bonifié. Notre système est ingérable.
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Fidèle à une certaine philosophie pratiquée dans ce blog, qui veut que toutes les informations d’où qu’elles viennent peuvent servir à réflexion, nous postons le commentaire de Bernard.
Je n’ai pas, pour ma part, de chiffres mais je pense que ce ne sont pas les ouvriers qui meurent statistiquement avant les cadres et qui ont une faible retraite, qui coûtent le plus cher au système de retraite et si l’on devait supprimer leur retraite à ceux qui n’ont que peu cotisé, il faudra leur verser des aides sociales qui grèveraient d’autres budget. On peut certainement dire que les problèmes n’ont pas été anticipés mais comparer les époques en revenant 40 ans en arrière ne sert à rien et je rappelle que nos parents travaillaient dur, à 40 h semaine et avec moins de congés même s’ils bénéficient, tant mieux pour eux, aujourd’hui, d’une longue retraite.
Bien d’accord avec ton commentaire.
Amitiés. Michel
-Bonsoir, je voudrais rappeler que la Fonction Publique comporte 3 versants : la Fonction Publique d’Etat, d’où les cotisations employeur à régler, les Collectivités Territoriales (Communes, Départements et Régions) et la FP Hospitalière, ces 2 entités cotisant chaque mois à une caisse commune la CNRACL. (Caisse Nationale des Agents des Collectivités Locales) Ainsi, lorsqu’un agent est recruté, on prévoit le salaire et environ 50% de cotisations employeur..
– J’ ai bossé pendant 10 ans comme DRH adjointe en charge de toutes les questions santé, et retraite. Etant passée de l’hôpital à une collectivité, j’ai obtenu une mutation, les choses ont été facilitées notamment lors de la retraite.
-On comprend pourquoi l’Etat supprime des postes , ferme des services, notamment en province, donc diminue l’action envers la population.
– Dans l’idéal, on pourrait rêver d’un régime unique, avec des conditions de travail, de rémunérations, et d’avantages sociaux équivalents … ce ne sera pas hélas pour demain… j’imagine le pugilat…