Qu’est-ce qui rassemble aujourd’hui les Français ?

Un sondage est toujours à un instant T. De plus il n’est qu’un indice, pas une vérité absolue. Comme tout sondage tout dépend de la formulation employée tout comme des événements publics ou privés récemment relatés. MC

La deuxième édition du baromè­tre du lien social Ipsos-Sopra Steria pour le groupe de presse EBRA (*) montre que les Français sont très marqués par la violence dans la société. Ils manifestent un attachement fort aux moments de partage et à des idéaux communs.

Oui, la société française est fracturée. Mais elle garde des repères forts sur ce qui la rassemble.

Voici en substance les conclusions du deuxième baromètre du lien social établi par Ipsos et Sopra Steria pour les quotidiens du groupe EBRA, dont fait partie votre journal. Le premier baromètre, en juillet, a mis en avant l’importance du partage et des idéaux de la République, mais aussi la crainte d’une diffusion de la violence dans la société. Ce constat reste valable en 2024 avec un resserrement autour des valeurs traditionnelles.

Au niveau national, le pessimisme règne. Près de deux tiers (64 %) des Français considèrent que le lien social est en mauvais état. Mais localement, la perception est nettement meilleure puisque 67% d’entre eux considèrent qu’il est en bon état. « C’est quelque chose que l’on retrouve dans beaucoup d’études, explique-t-on chez Ipsos. Il y atoujours une perception plus négative de la situation du pays ».

Les traditions ont du succès

Et c’est autour de la table que les Français se retrouvent. Dans leur quotidien, ils continuent de plébisciter les lieux de convivialité que sont les cafés et restaurants mais en proportion plus faible qu’en 2023 : 38 % contre 43 %. Faut-il y voir une question de pouvoir d’achat ? Peut-être. Car les associations, placées en deuxième position des éléments de lien social locaux, progressent (de 31 % à 35 %).

Si les principaux facteurs visibles de rassemblement des Français restent la gastronomie (37 %) et la protection sociale (32 %), plusieurs valeurs traditionnelles présentent une hausse légère, mais réelle parmi lesquelles les valeurs de la République (21%, + 4 points) ou le patriotisme (15 %, + 4 points).

La langue française progresse aussi dans les déclarations (28 %, +4 points) mais elle est davantage considérée comme « un élément de socle commun partagé qu’une valeur à défendre », précise Ipsos.

A contrario, la protection de l’environnement, citée par 14 % des sondés, chute de trois points. Sans doute une forme d’usure à propos d’un sujet devenu source de conflits, jusque dans les foyers. « Il n’y a pas de progression du climatoscepticisme, précise l’institut de sondage, mais une évolution sur les solutions et ce que l’on est capable de faire. C’est un thème qui est de plus en plus clivant. »

La violence mère des inquiétudes

Parmi tout ce qui détruit la cohésion nationale, la violence reste l’élément le plus largement cité par les Français. Et de loin : 47 %, une proportion en hausse de cinq points par rapport au baromètre de juillet. Et cette année, ce n’est pas tant la violence dans le débat public qui inquiète, que celle du quotidien : incivilités et règlement des conflits par les coups.

À toutes les échelles, les Français sont confrontés à ce constat, des émeutes liées à la mort de Nahel, l’été dernier, jusqu’au tabassage à mort de Shemseddine, jeudi dernier. Cette violence physique suscite autant d’incompréhension que de peur et appelle de plus en plus un retour à l’ordre.

Le manque de respect pour l’autorité est ensuite le plus cité : par 37 % des sondés — soit une hausse spectaculaire de 6 points par rapport à l’an passé — devant les inégalités sociales (35 %, + 3 points). Un point avant tout mis en avant par les plus de 65 ans, qui s’inquiètent aussi du rôle des réseaux sociaux. Les moins de 34 ans, mettent davantage en cause le racisme, l’individualisme et les médias.

Que reste-t-il, finalement, sur l’état d’esprit des Français ? L’idée d’un réel pessimisme, mais aussi la volonté de garder du lien. « Le constat de fractures dans la société n’est pas remis en cause, observe-t-on chez Ipsos. Mais il ressort un certain nombre d’éléments qui rassemblent : la liberté, les lieux de vie, la protection sociale, la gastronomie… L’un n’empêche pas l’autre. »

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(*) Réalisée du 21 au 27 mars auprès de 1 500 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.



Zoom / La démocratie, valeur forte

La France est un pays où le débat politique est passionné et les Français sont résolument un peuple politique. Il est donc logique que pour les trois quarts des Français, le fait de voter renforce l’appartenance nationale. C’est un score honorable, mais à relativiser, car rares sont les scrutins où l’on constate une participation de 75 %.

« II n’y a pas de remise en cause du vote », avance Pierre Latrille de l’institut Ipsos-Sopra Steria. Il précise que de façon globale, la démocratie progresse dans les valeurs renforçant le lien : « La démocratie reste quelque chose d’important. On n’est pas dans une remise en cause de la procédure démocratique ni du vote, même s’il y a la réalité de l’abstention et un quart (de sondés) qui pense que cela ne renforce pas le sentiment d’appartenance collectif. »

La proximité avec les familles politiques offre aussi une grille de lecture. Les sympathisants du Rassemblement national sont ceux qui ont la vision la plus pessimiste de la société en règle générale et la vision qu’ils ont du vote comme ferment du lien social est à l’avenant : 43 % des sympathisants pensent que le vote renforce « beaucoup » le sentiment d’appartenance à une nation. C’est toutefois en dessous de la moyenne des Français, et beaucoup moins que les 60 % de ceux qui se sentent proches de la macronie.



5 réflexions sur “Qu’est-ce qui rassemble aujourd’hui les Français ?

  1. tatchou92 11/04/2024 / 19h03

    – Ce qui nous rassemble, j’espère, c’est d’abord l’amélioration des conditions de vie, d’accès à la santé sans charges supplémentaires.. de travail, de logement, de rémunération des uns et des autres, de perspectives d’avenir pour nos jeunes, qui ont théoriquement l’avenir devant eux…compte tenu de la situation actuelle de remise en cause des « conquis » des salariés et retraités, des chômeurs, .
    – celles des populations accueillies dans les territoires de la République…qui auraient certainement préférer rester au pays. ils nous renvoient, ne l’oublions pas, la monnaie de nos anciennes occupations, « nos colonies »..
    – Ce qui devrait nous fédérer aussi, ce sont les craintes de l’extension des différents conflits proches de nos côtes et de nos frontières, la défense et la promotion de notre Sécu, de notre système de santé, de nos écoles, de nos retraites, de notre système d’épargne populaire..
    – Serons nous assez costauds pour résister ensemble, éviter le pire et croire en « des jjours heureux pour nos enfants, petits enfants ?

  2. Anonyme 11/04/2024 / 22h41

    Que m’inspire ce sondage ?
    Les conversations menées soit avec des quidams, soit avec des amis ou voisins semblent confirmer ce sentiment d’incertitudes et d’inquiétudes tant sur le plan national que sur la scène internationale.
    En ce qui concerne les liens de proximité ou familiaux, le sentiment de paix ou de quiétude domine si l’on ne s’aventure pas dans le domaine public notamment en milieu urbain. Cette distanciation ne peut pas opérer si on garde les laisses médiatiques et numériques nous asservir.
    Les valeurs de références demeurent des mots parfois quelque peu dénaturés. En effet, des mots concepts comme République, École laïque, Laïcité évoquent plus qu’ils ne « parlent » mais nourrissent encore l’imaginaire d’un grand nombre de nos Concitoyennes et Concitoyens.
    En effet, la lecture des chiffres de ce sondage sont intéressants. On constate que les valeurs de la République (21%), l’École laïque… (15%), La laïcité (11 %) en cumulé font 47 %. Ces concepts sont transversaux.
    Il m’apparaît que ces notions éminemment politiques associées à « le modèle de protection sociale 32 % » nous invitent à être optimistes quant à notre capacité de résilience pour face aux adversités que nous traversons.
    L’une des conditions est que nos politiques se montrent exemplaires et fermes dans leurs convictions en œuvrant pour l’intérêt général. Celui-ci ne peut souffrir quelques complaisances envers les puissances financières. Cet intérêt général ne peut s’accommoder avec toutes les formes de corruptions qui traversent trop souvent notre vie publique.

    rlaplume

    • Libres jugements 12/04/2024 / 10h36

      Bonjour Anonyme…
      Le commentaire posté est intéressant mais la règle est que tout postage doit être identifiable soit parce qu’elle-il est abonné-é à ce blog ou parvenu par mail doit etre signé
      L’administrateur : Michel

      • rblaplume 12/04/2024 / 11h43

        Bonjour Michel,
        Qu’ai-je oublié dans le protocole attaché aux commentaires ?
        Je m’y conformerai évidemment.
        Robert B

        • Libres jugements 12/04/2024 / 12h02

          Oui Robert. Recevant bon nombre de commentaires haineux ou hors propos, genre propositions pour se faire exorciser, tarots, etc. ou placements divers aux rendements énormes ; bien évidemment, je suis obligé de censurer et suis méfiant lorsqu’il n’y a pas de signature, d’adresse mail ou prénom, en signature.
          Lorsqu’un commentaire est attaché à Anonyme, il y a bien une adresse IP, mais j’avoue ne pas savoir relier les noms des auteurs abonnés s’y rapportant.

          Je valide ton commentaire
          Amitiés à vous deux.
          Michel

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