Poule de Pâques aux œufs d’or

À pâques, les Français se sont encore tapé la cloche : pas moins de 15 000 tonnes de confiseries chocolatées écoulées pour le week-end pascal !

Des poules, des œufs, des lapins, confectionnés à 80 % avec du chocolat industriel et dont une grosse part a été fabriquée en Belgique, dans la plus grande usine de chocolat du monde. Cette chocolaterie XXL, située non loin de Bruxelles, crache plus de 300 000 tonnes de confiseries par an.

Cette fabrique géante appartient à la multinationale suisse Barry Callebaut, qui produit 40 % du chocolat industriel consommé sur la planète. Le tout refourgué sous forme de chocolat liquide, de fourrages ou de pâtes à glacer à l’industrie agroalimentaire, pour un chiffre d’affaires qui flirte avec les 9 milliards d’euros.

Grâce à cette manne, ses trois principaux clients, Nestlé, Mondelez et Unilever, champions de la confiserie chocolatée vendue en grandes surfaces, peuvent, à Pâques, truster les rayons avec leurs œufs Kinder, leurs ballotins Milka ou leurs lapins Lindt. Ce qui leur procure des marges très grassouillettes.

Dans les supermarchés, les prix du bestiaire chocolaté de Pâques flambent jusqu’à 60 euros le kilo, contre 7 à 12 euros le kilo pour une tablette de chocolat. Autant dire que la hausse du coût du cacao invoquée par les industriels a bon dos. Le cours de la fève a beau battre des records, dépassant les 9 000 euros la tonne, Barry Callebaut engrange toujours plus d’oseille.

Le premier transformateur mondial de cacao, avec une fève sur cinq triturée dans ses usines, affiche près d’un demi-milliard d’euros de bénéfices en 2023, en hausse de plus de 9 % par rapport à l’année précédente.

L’avenir s’annonce moelleux, vu que l’appétit pour le chocolat ne cesse de grandir : rien que l’année dernière, plus de 7 millions de tonnes ont été avalées. Et tant pis si le cacao est une catastrophe écologique. Comptez une empreinte carbone de 17 kg de CO2 pour 1 kg de chocolat noir produit, le pire score après le bœuf !

Pour ne rien arranger, le cacaoyer est un boit-sans-soif : au moins 20 000 litres d’eau sont nécessaires pour obtenir 1 kg de fèves. Surtout, pour faire de la monoculture de cacao, on a ratiboisé des millions d’hectares de forêt tropicale.

La Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial, a ainsi vu disparaître 90 % de ses arbres en soixante ans. Non seulement la déforestation a accéléré le réchauffement climatique, mais, privés de cette conopée protectrice, les cacaoyers sont devenus plus sensibles aux maladies. Il y a quelque chose qui cloche dans le monde du chocolat…


Article non signé. Le Canard enchaîné. 03/04/2024


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