… Contre les pauvres
« C’est l’heure du « Face à Duhamel », annonce Alain Marshall sur BFMTV. Avec, ce soir, l’ancienne ministre Roselyne Bachelot. » Un duel de 80 ans de moyenne d’âge.
« Salaires : Le Maire a-t-il la solution miracle ? », demande le bandeau. Le ministre de l’Économie envisage de « jouer sur la TVA pour enlever un peu de cotisations. Est-ce une bonne idée ?
- Une idée astucieuse parce qu’hypocrite, juge Alain Duhamel. Bruno Le Maire propose de baisser de cinq points la CSG, tout le monde s’en aperçoit le mois d’après sur sa feuille de paie, on dit chic, mon salaire a augmenté. » Merci Bruno. « Et il propose d’augmenter simultanément de cinq points la TVA, et là, on ne s’en rend pas compte tout de suite. » Voilà l’astuce. « Il n’empêche, ça finit par se payer. » Voilà l’hypocrisie.
- « Ça a des effets secondaires, ça alourdit les impôts. » Et l’effet principal ? Nul n’en dit mot. Pourtant, remplacer une cotisation sociale (la CSG) par une taxe (la TVA), c’est revenir sur la logique assurantielle au fondement de la Sécurité sociale. En cotisant, chacun s’ouvre des droits à des prestations (maladie, chômage, vieillesse…). Une taxe, elle, alimente les recettes de l’État, qui choisit ou non de les affecter aux dépenses sociales.
- « Le déficit public est à 5,5%, gémit Roselyne Bachelot. La maison brûle et on ne peut plus regarder ailleurs. — On serait punis par les marchés dès le mois prochain », renchérit Alain Duhamel.
- Baisser la CSG ? Roselyne Bachelot doute : « Le problème, c’est que c’est, ni le gouvernement, ni le salarié qui va décider de ce qu’on va faire de cette baisse. C’est le patron. » Pardon ? Le patron ne va rien décider du tout, il ne peut, comme le prétend l’ancienne ministre, « se garder dans la poche » le surcroît de salaire net créé par la baisse de la CSG, sauf à baisser la rémunération du salarié, ce que le droit lui interdit. Une telle ignorance ne laisse d’inquiéter quand Roselyne Bachelot se vante : « J’ai été moi-même en responsabilité de l’Assurance maladie. » Main Duhamel répète l’impéritie (« si les chefs d’entreprise jouent le jeu »), les présentateurs laissent passer.
- « Le problème, tous les salariés le constatent, se désole Olivier Truchot, c’est la différence entre le brut et le net.
- Ça, on le constate tous, désespère Main Duhamel.
- Bruno Le Maire, il a pointé du doigt un vrai problème ». Vrai problème pour les adversaires de la protection sociale : la différence entre le brut et le net, ce sont des cotisations qui financent la Sécu. « Y a aussi cette impression que les revenus du travail sont plus taxés que les revenus du capital, avance Olivier Truchot.
- Non, non ! », se récrie Main Duhamel. Si, si, « le travail reste plus taxé que le capital en France », titre Le Monde. L’éditorialiste divague pour ne pas étayer sa dénégation : « Un, le revenu du travail est plus taxé en France qu’ailleurs. Deux, le revenu du capital est plus taxé en France qu’ailleurs. »
- Olivier Truchot ironise : « On est champions », Roselyne Bachelot insiste : « Les prélèvements sur le travail sont de 23,4 % du PIB en France contre 20,9% dans la zone euro et sur le capital de 11,2% contre 9,2 %.» Oui, mais des dépenses socialisées en France (santé, retraites, etc.) sont à la charge des ménages ou des entreprises ailleurs. La comparaison sert les adversaires de l’État social.
- « Parmi les mesures, ose Main Duhamel, il y en a une sur les superprofits des super-milliardaires qui procurerait un enthousiasme général.
- Bruno Le Maire n’est pas complètement contre, note Olivier Truchot. Mais, comme il n’est pas non plus complètement idiot, tant s’en faut… » Ouf. « Il ajoute : à condition que les autres pays le fassent pour qu’on ne perde pas en compétitivité. » En compétitivité de milliardaires ?
- « Il faut jouer sur les dépenses de l’État plus que sur les recettes, prône Roselyne Bachelot. Faire des économies sur la protection sociale. » Plutôt qu’aux riches, prenons aux pauvres. « En particulier sur l’Assurance maladie… »
- Et aux malades. Main Duhamel ajoute : « On peut dire aux hôpitaux de faire des économies. » Ils nagent dans l’opulence. « On parle aussi de ce qui est donné pour les longues maladies, c’est quand même pour beaucoup de gens ». Des profiteurs.
- « Les aides aux entreprises ? glisse Main Marshall
- 150 milliards, précise Olivier Truchot.Oui, mais…, élude Roselyne Bachelot. Il y a des transports sanitaires injustifiés. Ça a déclenché une grève des taxis, rappelle Marshall.Et des ambulanciers, ajoute Duhamel.Donc il y aura des grèves, anticipe Truchot.
- II n’y a que des solutions pénibles, tranche Duhamel. Mais on ne peut pas réduire le train de vie de l’État ? Nos voisins vivent aussi bien que nous, parfois mieux, en ayant moins de fonctionnaires. — Oui, on a un État épouvantablement lourd, pesant. »
Pas autant que ce débat
Samuel Gontier. Télérama n° 3873. 03/04/2024
çà donne envie de balancer l’ordinateur par la fenêtre…
-tout le monde n’a pas la chance d’avoir une retraite parlementaire, ministérielle, de participer à quelques vacations ici et là, ni d’être né dans une famille qui cantine à la télé depuis des décades.. ni d’avoir pris la succession de son Père au Parlement.
-Que connaissent-ils du monde du travail ? des difficultés des chômeurs, des jeunes isolés, des « immigrés » qui bossent au noir, sans papiers, chez des patrons trop heureux de l’aubaine.., et qui leur mettent la pression..
-des difficultés de fin de mois, des dettes de loyer, des gamins que certaines collectivités ne veulent plus accueillir dans les restos scolaires, en raison de la dette des parents.. C’est beau la Solidarité…
-des mères de famille, de plus en plus nombreuses à se présenter à la fin du marché, pour récupérer les invendus, les invendables que les autres refusent, mais qui sont digestes.. et que les commerçants ne peuvent ni ne veulent remmener..
– des difficultés à consulter, à régler les médicaments non remboursés, sans oser le dire au médecin, heureusement que les visiteurs médicaux laissent quelques « munitions » utiles dans les cabinets…
-des coupures de chauffage que les familles s’imposent,
-mais les associations caritatives, sont débordées, cherchent des bénévoles, ayant un
peu de disponibilité pour organiser régulièrement des collectes en numéraire sur la voie publique et alimentaires dans les grandes surfaces, pour alimenter aussi en fournitures diverses, pour les familles inscrites y compris pour les étudiants en cité U, et en Foyers de Jeunes Travailleurs, à condition que leurs locaux ne soient pas pillés, et que leurs véhicules non vandalisés..
– J’ai honte pour notre pays.