…s’invitent chez les actionnaires
Dans un rapport, Amnesty International fête à sa manière le quarantième anniversaire de la tuerie de masse de Bhopal, ville du centre de l’Inde(1).
L’événement a eu lieu dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, mais ce 11 avril se tient l’assemblée générale des actionnaires de Dow Chemical. On va comprendre.
Dans cette nuit d’il y aura bientôt quarante ans, une usine de pesticides appartenant à Union Carbide explose et libère 42 tonnes d’isocyanate de méthyle sous la forme de gaz.
En quelques heures, 3 500 personnes meurent. On ne saura jamais le nombre des victimes directes de l’empoisonnement. Autour de 22 000 morts, pense-t-on.
Quarante ans plus tard, environ 500 000 personnes de la ville souffrent encore de séquelles sous la forme de maladies respiratoires ou du système immunitaire.
Le rapport conclut que « la zone autour de l’usine est si gravement contaminée et que les conséquences […] sur la santé des habitants sont si graves qu’il s’agit désormais d’une zone sacrifiée – qui se caractérise généralement par des dommages catastrophiques et durables sur la santé des populations marginalisées ».
La direction d’Union Carbide se casse sans esprit de retour, laissant sur place la pollution et des montagnes de produits chimiques toxiques.
En janvier 1985, la multinationale signe un accord financier avec le gouvernement indien, mais l’argent disparaît sans jamais parvenir aux victimes. Son patron, Warren Anderson, est jugé en Inde, et déclaré fugitif, car il refuse de comparaître. Il finit sa vie en 2014 au chaud, en Floride, sans avoir eu à rendre des comptes.
En 2001, Union Carbide est achetée par la transnationale Dow Chemical – nous y voilà -, qui se montre à la hauteur. Pendant des dizaines d’années, elle a commercialisé le pesticide Nemagon au Nicaragua, qui a dévasté la vie d’environ 65 000 personnes, dont beaucoup mourront.
En 2002, un tribunal nicaraguayen condamne Dow et deux compères à verser 490 millions de dollars à 600 plaignants. Ils attendent encore.
Le 11 avril, ces braves gens se réuniront pour aller cracher sur les tombes.
Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 10/04/2024
1. tinyurl.com/3f5m28x8 et rapport en anglais : tinyurl.com/yw8vvyuj
Des crimes toujours impunis. Et la justice américaine, prompte à condamner les entreprises non américaines, est sacrément timorée des qu’il s’agit d’un monstre américain.
Ont-ils un jour indemnisé les victimes de Nagazaki, d’Hiroshima et du Vietnam ?