Internet ouvre le champ de nos possibles
1— Lire en v.o.
Cette bonne nouvelle est arrivée fin février dans « Livres Hebdo » : boostée par les réseaux sociaux, la lecture en anglais séduit les jeunes Européens. En 2022, les ventes de livres en provenance de Grande-Bretagne ont connu une croissance de 8 %. Comme les séries, les livres se consomment donc élégamment, en V. O. Ajoutons que le succès du siècle s’appelle Duolingo. Créée en 2009 aux États-Unis par deux informaticiens, cette plateforme ludique d’apprentissage des langues revendique plus de 70 millions d’utilisateurs. Les Français peuvent s’y mettre : les villes non anglophones où l’on parle le mieux anglais sont Amsterdam, Vienne et Copenhague (Paris arrive derrière Nairobi).
2 — Écrire sans cesse
Ah, l’écriture numérique ! Des e-mails qui se terminent par « à dispo », des abréviations dans les SMS… Sommes-nous en train de perdre notre capacité à écrire ? Non, tkt (t’inquiète), ont répondu les « linguistes atterré-es » dans leur « Tract » Gallimard, « Le français va très bien, merci », en mai 2023. Face aux rengaines déclinistes, ces spécialistes rappellent que non, l’orthographe n’est pas immuable ; non, les jeunes ne « déforment » pas la langue. Surtout, on n’a jamais autant écrit : les réseaux sociaux constituent des vortex communicationnels. Les adolescents y naviguent tels des Roland Barthes.
3 — Apprendre à tout faire
Le talent tient-il à une bonne connexion internet ? Les tutos YouTube nous apprennent la pâtisserie, le sauvetage en mer, la géopolitique (avec « Oncle Obs ») et la géométrie axiale. La chaîne M@ths et Tiques de la star Yvan Monka (2,5 millions d’abonnés) comprend des cours par niveaux et une histoire des maths en plusieurs épisodes… Et si on vise plus haut ? Star de la NBA, le basketteur Joel Embiid, d’origine camerounaise, sait ce qu’il doit à YouTube : il y a appris « [son] shoot » en tapant « paniers à trois points » dans la barre de recherche. Les progrès de VIA vont améliorer les sous-titres. Le tissage péruvien vous appelle.
4 — Voyager sans polluer
Humer l’air du Japon avant d’aller au travail, c’est possible. Sur la chaîne YouTube de Rambalac défilent les rues de Tokyo. Ce garçon a filmé plus de mille promenades à travers le pays, une caméra fixée au-dessus de sa tête. Une déambulation d’une heure et demie à Tokyo, « du jour jusqu’à la nuit pluvieuse », a attiré 6 millions de personnes. Sa ligne éditoriale : pas de musique ni de commentaire, juste le balancement de la marche et le vrai Japon sous nos yeux. Et ensuite ? On peut traverser le Golden Gate Bridge sans polluer. La naissance de Google Earth en 2005 a inauguré les voyages décarbonés. La fonction Timelapse, qui remonte le temps, est d’ailleurs le premier témoin de la crise climatique.
5 — Accéder à tous les savoirs
Avez-vous déjà lu le discours de réception du prix Nobel de chimie Paul Crutzen, à qui nous devons les premières alertes sur le trou dans la couche d’ozone dans les années 1970 ? C’est encore plus triste que « les Misérables », de Victor Hugo. Il n’est question que de grèves postales l’empêchant d’envoyer ou de recevoir des articles scientifiques, et de débats universitaires dont il ne découvre que (trop) tardivement l’existence… Aujourd’hui, il suffit d’un clic dans Google Scholar pour accéder à la pointe de la recherche. Comme à chaque fois avec internet, cet élargissement de la connaissance s’est accompagné d’un déprimant mouvement de restriction : les revues payantes. Mais comme à chaque fois avec internet aussi, il est toujours possible de les pirater…
Nolwenn Le Blevennec.L’Obs N°3014. 28/03/2024
« Voyager sans polluer »
« Le secteur numérique émet autant de gaz à effet de serre que l’aviation.
L’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte est triple de celle de pays comme la France ou l’Angleterre. »
(Techno-luttes – de F. Benoît et N. Celnik)
Merci pour ces contributions…
– L’arrivée de l’informatique a certes bouleversé nos vies, nos manières de travailler, de communiquer, sans informatique, nous n’échangerions pas entre nous, ce serait dommage… nous n’aurions pas de tel portable, mais.. nous lirions certainement plus. Je constate que l’informatique travaille pour nous, et réduit notre capacité de réflexion… çà nous arrange ?
Pas étonnant que certaines universités organisent des sessions de français pour les étudiants qui maitrisent notre langue nettement plus mal que nos parents, qui ne possédaient que le Certificat de fin d’Etudes Primaires, mais connaissaient sur le bout des doigts, l’Histoire de France, la géographie du Pays, en remplissant une carte muette en inndiquant le nom des départements,des chefs-lieux, sous préferctures, des cours d’eau et affluents rives droite et gauche… plus vite que nos enfants et nous et qui étaient costauds aussi en calcul mental, pas besoin de calculette pour régler l’épicier du coin.
– Je n’ai pas eu la chance dans ma pratique professionnelle d’utiliser cette nouvelle technique de communication omniprésente partout, je l’utilise aujourd’hui au minimum, cela me suffit, tout en constatant que nous écrivons moins, nous sautons sur le téléphone ou l’ordinateur pour échanger.
-Par ailleurs nous avons moins la main directe sur nos comptes, la banque travaille pour nous, avec tous les prélèvements : impots, EDF/GDF, assurances, mutuelle, taxe foncière, téléphone, abonnements presse… etc.. nous sommes entrés dans le système, de plein gré, avons nous été séduits ou victimes ? Deshumanisation ?