L’avenir est en marche, mais la start-up nation regarde dans le rétro.
Après Pompidou en Macronie, voici Attal projeté en Sarkozie… Plus d’un des thuriféraires du Premier ministre et autant de ses détracteurs se rejoignent ainsi pour lui trouver, dans le verbe et l’agitation, c’est-à-dire dans la communication, des airs de ressemblance avec le prédécesseur de Hollande, époque Speedy Sarkozy.
En d’autres ternies, avec le Sarko de ces années où, pas encore rattrapé par les affaires, ce dernier pratiquait au sprint l’activisme forcené, celui qui consiste à essayer de courir plus vite que l’actualité.
Une séquence chasse l’autre et même, si elle se passe mal, la suivante la fait vite oublier. Le procédé peut se révéler efficace, à condition de ne jamais s’arrêter.
Et il n’est pas faux de constater que le jeune homme de Matignon semble l’avoir adopté. II l’a rebaptisé « ma méthode », et celle-ci consiste à être sur tous les fronts l’un après l’autre, voire plusieurs en même temps, en les qualifiant tous d’« urgence des urgences » ou de « priorité des priorités » et en lançant, chaque fois, des effets d’annonce claironnés assortis de petites phrases ou de grands mots, pour faire parler et patienter.
Les profs déçus, les agriculteurs énervés, la dette vertigineuse et les chômeurs ponctionnés ont ainsi eu droit, dans le désordre ou successivement, au même genre de traitement. Mais avec des résultats variés. Les profs se sont mis en grève mardi contre l’instauration de groupes de niveau, et des paysans menacent encore de ressortir le tracteur.
Mais surtout la réforme de l’assurance-chômage, pour aider à combler les déficits publics, en réduisant de « plusieurs mois » la durée d’indemnisation des chômeurs — juste au moment où le chômage repart à la hausse — , n’en a pas fini de diviser les ailes gauche et droite de la majorité. Une majorité toujours relative et qui redoute aussi d’autres ennuis.
La sévère dérive des déficits publics a plus qu’un peu enrayé le fonctionnement de la « méthode » chère à Attal. Et d’aucuns, y Compris dans son camp, se font peur en le voyant désormais à la merci d’une motion de censure de LR. Le parti de Ciotti, qui a beaucoup canonné sur la dette à l’Assemblée, se fait, du même coup, peur lui aussi en comptant et recomptant dans ses rangs déchirés ceux qui seraient susceptibles de la voter. Attal, quant à lui, même si le dernier occupant de Matignon à être tombé avec son gouvernement sur une motion de censure fut Pompidou (en 1962), ne lâche pas la ligne bravache de Sarkozy.
La semaine dernière, sur TF1, il s’est ainsi, histoire d’appuyer son autorité, livré, comme son inspirateur Sarko, qui appelait Fillon « mon collaborateur », à un numéro appuyé d’appropriation hiérarchique à grands coups de « mon gouvernement », « mon ministre des Finances », « ma ministre du Travail », « mes ministres ». Mais également, toujours dans le style « c’est qui le patron ? », à un récital de « je », « je », « je » et de « moi je » à tout-va. S’affirmer, pourquoi pas, sauf qu’en plus des ennuis précités s’annonce l’échéance très prochaine des européennes.
Et que, si la claque pour la Macronie est de l’ampleur de celle que les sondages persistent à annoncer, il se pourrait que le « nous » redevienne très vite d’actualité. Et que la méthode Speedy Sarko soit un peu dépassée.
Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 03/04/2024
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