Oublier Netanyahou

L’un des arguments favoris de Benyamin Netanyahou pour s’opposer à la création d’un État palestinien, ou simplement à la reconnaissance symbolique de l’État de Palestine, telle que l’a évoquée Emmanuel Macron, est de dire que cela représenterait une « récompense » offerte aux terroristes.

L’argument du Premier ministre israélien est répété de bonne foi par tous ceux qui restent sous le choc du massacre du 7 octobre et de la prise d’otages encore aux mains du Hamas à Gaza, sans regarder l’histoire en face, dans sa globalité.

Après bientôt cinq mois de guerre, et l’autre tragédie qui se déroule du côté des civils palestiniens de Gaza, sous les bombes israéliennes, la question de « l’après » se pose avec acuité. Chacun expose son plan : les Américains travaillent à leurs propositions avec les pays arabes ; les Palestiniens cherchent difficilement leur leadership de demain ; et Netanyahou a présenté un projet politique pour l’après-guerre à Gaza qui ressemble furieusement à… celui d’hier !

Le problème est qu’il n’existe pas beaucoup d’options. Elles sont toutes connues : un seul État, deux États ou le statu quo… Il y en a bien une quatrième, dont rêve la composante d’extrême droite de la coa­lition au pouvoir : l’expulsion des Palestiniens vers les pays arabes, mais un tel nettoyage ethnique est à tous points de vue inacceptable, et plongerait le Moyen-Orient dans des convulsions éternelles.

Les trois seules options sont sur la table depuis des décennies. Mais plus personne ne croit aujourd’hui au monde idéal d’un seul État où Israéliens et Palestiniens cohabiteraient en toute égalité de droits : l’heure n’est pas à la réconciliation, mais à la séparation. Restent donc deux possibilités : les deux États ou le statu quo de l’occupation.

En jetant l’anathème sur les deux États comme une « prime » au terrorisme, Netanyahou allume un contre-feu au discours dominant dans le monde en faveur de cette solution. Il ne laisse plus qu’une seule option ouverte : celle du statu quo, même aménagé. Mais il feint d’oublier que celle-ci a volé en éclats le 7 octobre ; Israël l’ignorerait à ses dépens.

Le statu quo, c’est l’absence de solution politique, un ni-guerre ni-paix qui dure depuis l’échec des accords d’Oslo de 1993, avec une poursuite acharnée de la colonisation, une insécurité permanente et un rejet international croissant. Est-ce l’avenir que veulent les Israéliens ?

De la même manière que l’année 2023, avant le 7 octobre, a été dominée par un débat sur la nature de l’État face aux réformes illibérales portées par Netanyahou et sa coalition, l’année 2024, après la guerre, devrait logiquement être consacrée à un débat sur le retour en force de la question palestinienne et la réponse d’Israël.

Dans la société israélienne d’aujourd’hui, après le 7 octobre et au milieu d’une guerre aux allures de revanche, ce débat est impossible : les voix en faveur d’une solution politique sont très largement minoritaires. Sans doute faut-il la fin des hostilités, le retour des otages, réaliser le coût qu’Israël a fait payer à la population de Gaza pour les crimes du Hamas, et un bilan des responsabilités politiques en Israël pour la catastrophe du 7 octobre, pour qu’un débat soit possible.

Y aura-t-il alors des forces politiques significatives en Israël pour porter une solution politique, équitable pour les Palestiniens tout en garantissant la sécurité de leurs voisins juifs ? C’est l’enjeu numéro un de l’après-guerre en Israël : oublier Netanyahou et son futur aux allures de passé, avec l’échec et la tragédie au bout du chemin.


Pierre Haski. L’Obs n° 3100. 29/02/2024


Une réflexion sur “Oublier Netanyahou

  1. tatchou92 03/03/2024 / 17h36

    Quand l’appel à la solidarité internationale sous l’égide de l’ONU ??

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