New parentalité

Parents, en toute amitié

Sanna la Suédoise et Nicolas le Français étaient depuis dix ans les meilleurs amis du monde. Alors ils ont décidé de faire et d’élever un enfant ensemble. En garde alternée, du moins en théorie.

« Tu veux une compote, Ida ?» En salopette bleue, un angelot blond nous observe avec curiosité. Sur le canapé, Sanna et Nicolas choisissent une infusion. Contrairement aux apparences, ces parents quadragénaires d’une petite fille de 2 ans ne sont pas, et n’ont jamais été, en couple.

Leur histoire débute pourtant comme une comédie romantique, ce jour de 2012 où ils ont la bonne idée de rejoindre des amis communs dans un bar parisien. Suédoise vivant en France depuis ses 19 ans, Sanna trouve Nicolas étonnamment grand « pour un Français »… Coup de foudre amical!

Ils se revoient, seuls ou en bande, font du sport ensemble. Les conversations sont « fluides », l’amitié, « facile ». Dans la ferveur d’un Nouvel An arrosé, Nicolas lance une idée folle : et s’ils avaient un enfant ensemble ? Il l’a déjà envisagé avec un ex-compagnon, et Sanna, hétérosexuelle, n’a jamais voulu conditionner son désir de maternité au fait d’être en couple. Leur lien se renforce autour de ce projet. Nicolas rencontre les parents de Sanna et, chaque dimanche, ils explorent leurs valeurs, leurs visions de l’éducation.

 Six mois plus tard, ils semblent prêts : « L’étape suivante aurait été la mise en action, se rappelle Nicolas, kiné-ostéopathe. Mais j’ai senti qu’elle était en train de…» «… reculer», complète Sanna. Cette responsable en ressources humaines veut encore se « donner une chance » de rencontrer un partenaire amoureux.

Une distance s’instaure, jusqu’à ce qu’ils se lancent, enfin, dans l’aventure. Ils rédigent une charte en cinquante et un points, inspirée du modèle fourni par l’APGL (Association des parents et futurs parents gays et lesbiens), qui accompagne des projets de coparentalité platonique. Les anniversaires, la garde, la marche à suivre en cas de problème avec le foetus…

Un processus facilité par des années d’amitié et de thérapie psychanalytique. Sanna tombe rapidement enceinte après une insémination artisanale, avec « une pipette de Doliprane ». Ils assistent ensemble aux rendez-vous obstétricaux, sans cacher la nature de leur relation, contents de « montrer d’autres modèles » au personnel médical qui les accompagne avec bienveillance jusqu’à l’accouchement, auquel Nicolas assiste.

Après les six premiers mois passés chez Sanna, ils vivent dans deux appartements, à dix minutes de distance, et alternent la garde : deux jours chacun, un vendredi et un week-end sur deux. « Sanna s’occupe davantage des papiers et de la crèche, rattachée à son travail », raconte Nicolas. Mais ils se répartissent les rendez-vous médicaux et gèrent seuls les mauvaises nuits.

Le nom de famille ? Ida porte celui de ses deux parents, le père en premier. « Mais son prénom est suédois », précise Nicolas. « Tu voulais quand même qu’elle porte d’abord ton nom », le taquine Sanna. « C’est vrai, un côté patriarcal est peut-être resté… »

Ont-ils pour projet un deuxième enfant ? « Vous avez vu dans quel état je suis ? » plaisante-t-il. Elle non plus ne s’en sent « pas capable ».

Célibataires depuis la naissance, ils n’excluent pas d’élargir leur cercle familial à d’éventuels partenaires, qui endosseraient un rôle classique de beaux-parents. Leur relation s’épanouit, pour l’heure, autour d’Ida : « L’objectif est que ça marche entre nous pour que ça fonctionne avec elle ».

Ils voient beaucoup d’amis, et échangent avec d’autres coparents sur un groupe WhatsApp. Leur coparentalité déborde le cadre de la charte : Nicolas a passé Noël en Suède, et ils se sont retrouvés dans sa famille en Bourgogne, pour le Nouvel An.

Ils s’apprêtent à partir en vacances tous les trois, et rares sont les week-ends qu’ils ne passent pas ensemble. Sanna en est certaine : « Sans Nico, je ne serais pas allée au bout d’un tel projet ».

Parce que c’était lui, parce que c’était elle


Caroline Pernes. Télérama. N° 3872. – 27/03/2024.


2 réflexions sur “New parentalité

  1. bernarddominik 28/03/2024 / 12h50

    Dans tout ça qu’en pensera l’enfant en âge de se poser des questions? Parce que dans ce discours il y a une enfant, Ida, qui occupe bien peu de place. L’enfant est devenu un objet de droit, et bien peu un être humain.

  2. tatchou92 28/03/2024 / 21h45

    Cette petite fille semble vivre, ce que vivent les enfants de familles séparées… On peut espérer que tout se passera bien pour elle, et que les parents auront fini de grandir..
    Nous avons assisté, il ya une dizaine d’années, au mariage de 2 copains, 2 beaux garçons, 2 intellectuels, arrivés à la salle des mariages, au bras de leurs mamans.. les papas faisaient des photos. et l’ Elue, a souhaité beaucoup de bonheur aux jeunes mariés… Aujourd’hui, ils sont parents d’un bébé de quelques mois..

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