Mon logement va craquer.

Joyeuse visite dans les taudis des résidences sociales !

Le récent plan d’économies du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévu l’annulation de 658 millions d’euros dans les aides à l’accès au logement et dans les politiques d’amélioration de l’habitat. Très bonne idée, alors que le gouvernement a fait du logement social une « priorité absolue ».

L’angle mort de cette crise ? Les résidences sociales.

Créé en 1995, ce dispositif avait un objectif : proposer un toit temporaire et un accompagnement social à des personnes fragilisées en attendant qu’elles puissent accéder à un logement pérenne. Constructions sociales à l’arrêt, explosion de la demande des plus défavorisés… la machine s’est enrayée.

Selon la Fondation Abbé-Pierre, en 2022, 2,4 millions de ménages attendaient une bonne nouvelle. En 2023, 93 000 logements sociaux ont été construits… Résultat : les habitants de ces bicoques — environ 200 000 aujourd’hui — n’ont eu d’autre choix que de s’installer pour de bon dans le « temporaire ».

Bâtie en 1976 à Thiais (Val-de-Marne), la résidence sociale Coallia (un gestionnaire agréé par la préfecture) fait presque bonne figure. Pour plus de 400 euros par mois, elle propose 152 « studios » de 12 m2 équipés d’une « kitchenette » et d’une « salle d’eau ». Michel, retraité, vit depuis huit ans dans « [s]a boîte », au 2ᵉ étage sans ascenseur. Avec 12 m2, il est quasi impossible de bouger.

Le chauffage ? Ouf ! la chaudière de l’immeuble a enfin été réparée. « Mais uniquement parce que notre dépu­tée, Rachel Keke, est venue ! » s’agace un autre habitant, qui crèche dans ce paradis depuis quinze ans. Au sous-sol, 27 locataires survivent dans… 9 m2 chacun, avec des barreaux aux fenêtres.

Pour eux, c’est le même tarif. Un homme passe dans le couloir. « Même en pri­son, c’est mieux qu’ici ! » Une jeune femme montre le plafond de son clapier transpercé par une inondation récente. Elle entasse les bouteilles d’eau. « Personne n’ose boire ce qui sort du robinet. »

La taule mieux que la piaule

Pour l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, venue visiter les lieux en novembre 2023 sous la pression du comité des résidents, la loi est respectée. Le décret du 29 juillet 2023 autorise désormais à louer un logement en sous-sol, de 1,80 mètre à 2,20 mètres sous plafond, de minimum 2 mètres de largeur (quand même!), sans vue horizontale sur l’extérieur.

Dans son courrier explicatif, l’ARS pointe, en retour, un locataire qui « ne respecte pas son contrat de résidence » : ce malappris a osé brancher une machine à laver dans sa salle d’eau!

Un habitant se poile. Le local laverie de l’immeuble est fermé, le prestataire ayant retiré le lave-linge du jour au lendemain ! Si les habitants de la résidence ne sont pas contents, ils n’ont qu’à demander un autre logement, répond au « Canard » le maire (LR), Richard Dell’Agnola.

Au nord-ouest, à L’Hay-les-Roses, l’ex-foyer de travailleurs migrants ressemble à un taudis géant. Ici, les chambres mesurent à peine 8 m2.

Les habitants les plus chanceux disposent de toilettes turques, les autres partagent d’immondes WC. Douches et cuisines collectives en piteux état pour tous ! Et cet équipement royal est proposé pour 400 euros mensuels. La société de ménage passe régulièrement. Mais où ? « Ici, le soir, ça pue, t’as envie de vomir », persifle un locataire.

Une nouvelle résidence doit sortir de terre cet été, assure le maire, LR lui aussi, Vincent Jeanbrun, alors que Coallia reconnaît le caractère « vétuste » du bouge.

À Vitry-sur-Seine, même régime. La résidence Concorde ressemble à un HLM normal. Mais, à l’intérieur, les habitants s’entassent depuis des années dans des cages à poules.


Marine Babonneau. Le Canard enchaîné. 13/03/2024


2 réflexions sur “Mon logement va craquer.

  1. bernarddominik 19/03/2024 / 13h40

    C’est tout simplement honteux. 400€ pour 12m2 ce n’est pas du social.

  2. tatchou92 20/03/2024 / 15h48

    – Certains s’en foutent comme de l’an 40… Déjà qu’en rabiotant les APL, ils se sont attaqués à la trésorerie des OPHLM et des Résidences autonomies qui les percevaient directement..
    – Le taux de logements sociaux dans ma ville de banlieue sud dépasse les 60%… Elle construit actuellement des logements en accession pour en réduire le taux…et faire rentrer la monnaie de la taxe foncière.. çà se bouscule au portillon, vu que nous avons maintenant le métro et bientôt 2 avec la future ligne du grand Paris… les prix augmentent… mais n’ont rien à voir avec Levallois, Neuilly, Antony, Paris..
    – A ma connaissance, les villes doivent toutes avoir au moins 25% de logements sociaux… Ce serait beau si c’était respecté.. Certaines plus cossues, bien connues, préfèrent payer des pénalités acquittées par les habitants.. plutôt que de s’exécuter.. sans doute parce qu’on « ne mélange pas les torchons avec les serviettes ».

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