Les Européennes « LFI » Manon Aubry

… Dans le cadre de l’info plurielle…

Sur la scène politique française, l’identité de la liste de La France insoumise (LFI), menée par l’eurodéputée sortante Manon Aubry, est assez claire. D’une part, sa composition est censée témoigner d’une « union populaire » à laquelle les autres partis de gauche se seraient refusés. D’autre part, le message politique est centré autour de l’ambition d’apparaître comme le « camp de la paix » et d’œuvrer pour une rupture avec les dogmes austéritaire et libre-échangiste de l’Union européenne (UE). 

En parallèle, sur la scène européenne, Manon Aubry fait campagne au nom d’une alliance largement inconnue du grand public : « Maintenant le peuple ! ».

L’originalité de ce regroupement est d’impliquer des formations importantes d’une famille politique, la gauche radicale, qui dispose déjà d’un parti européen depuis 2004. De la même façon que les sociaux-démocrates, les Verts ou encore les libéraux disposent du leur, le Parti de la gauche européenne (PGE) est censé rassembler les forces engagées pour une rupture avec le modèle socioéconomique dominant. 

Depuis le 24 février 2024, le PGE dispose d’ailleurs d’un manifeste européen pour le scrutin du 9 juin 2024, et d’un chef de file en la personne de Walter Baier, déjà élu président de l’europarti en décembre 2022. Dans le langage de l’UE, ce communiste autrichien est le Spitzenkandidat du PGE, c’est-à-dire celui qui serait envoyé à la présidence de la Commission européenne en cas – plus qu’improbable – de victoire.

C’est pourtant en dehors de ce cadre institutionnel que Manon Aubry et ses alliés ont adopté une déclaration commune à Paris, le 17 novembre 2023. Signée par les membres officiels de « Maintenant le peuple ! » – à savoir LFI, la Liste de l’unité (Danemark), Podemos (Espagne), l’Alliance de gauche (Finlande), le Bloc de gauche (Bloco, Portugal) et le Parti de gauche (Suède), elle vante « un projet de rupture » qui soit « la voix des travailleurs, de tous les laissés-pour-compte, et de ceux qui se battent pour notre planète »

Un sommet élargi à d’autres partis a ensuite été organisé à Copenhague, le 16 février dernier. Une série d’engagements en est ressortie, de la taxation des superprofits à la fin des « règles budgétaires absurdes », en passant par un « commerce équitable ». Sur la quinzaine de formations présentes, une dizaine a signé le texte, dont les six membres officiels de « Maintenant la gauche ! », mais aussi des partis basque (EH Bildu), italien (Sinistra italiana), luxembourgeois (Déi Lénk) et même allemand (Die Linke). 

« Nous voulons créer un cadre de coopération flexible, pour donner à voir une alternative franche au système actuel de cogestion de l’UE, explique Manon Aubry à Mediapart. Plus largement, notre objectif est de définir un modèle de gauche pour le XXIsiècle. Il s’agit de proposer une offre politique qui traite ensemble les questions sociales et climatiques, pour mieux acter un changement radical du modèle économique. »

L’eurodéputée nie toute idée de compétition avec le PGE, dont certains membres de « Maintenant la gauche ! » font pleinement partie, là où LFI n’y est qu’observatrice. Mais elle compte bien attirer définitivement des formations susceptibles d’envoyer des élus au Parlement européen le 9 juin prochain, comme des partis régionaux espagnols, ou encore Razem en Pologne. L’initiative révèle en creux la faiblesse historique des tentatives de coopération entre partis de gauche radicale. Elle reste d’ailleurs elle-même très modeste, suscitant le scepticisme d’observateurs extérieurs. 

Pour comprendre comment s’est développé « Maintenant le peuple ! », qui apparaît comme un objet mi-complémentaire, mi-concurrent du plus institutionnel PGE, il faut en retracer la genèse. 

Tout commence à partir de 2015, à la suite de la capitulation du gouvernement mené par Syriza, le parti de gauche radicale grec, face à ses créditeurs européens. Entre janvier 2016 et mars 2017 se tiennent une demi-douzaine de « sommets du plan B » pour rompre avec l’Europe austéritaire, dans lesquels sont discutées des hypothèses de désobéissance aux traités, voire de sortie de la zone euro. 

La démarche ne va pas plus loin que ces rencontres éphémères. Mais elle est la matrice du lancement, en avril 2018 à Lisbonne, de « Maintenant le peuple ! ». […]

« C’est une alliance qui rassemble des partis ouverts sur les questions écolos et féministes, convaincus d’une ligne discursive centrée sur la volonté populaire et la justice climatique, analyse le chercheur en science politique Vincent Dain. La création de “Maintenant le peuple !” témoigne d’une volonté de LFI et de Podemos, à l’époque, de prendre davantage la main par rapport aux partis de tradition communiste, qui étaient forts dans les organisations existantes, comme le PGE. » 

Le PGE […] est une machine institutionnelle difficilement maniable et peu dynamique.

De fait, l’importance de se démarquer de l’identité et de l’influence communiste concernait les trois initiateurs de l’alliance. En Espagne et au Portugal, Podemos et le Bloco se sont construits en rivalité avec des partis communistes anciens. En France, entre fin 2015 et début 2018, Jean-Luc Mélenchon s’est émancipé du Front de gauche, dans lequel il cohabitait difficilement avec le Parti communiste (PCF). 

« Les communistes ont traditionnellement un poids assez important dans le PGE, parce qu’ils en ont été les fondateurs, rappelle l’eurodéputé Emmanuel Maurel, élu sur la liste LFI aux européennes de 2019 et colistier du PCF pour le scrutin du mois de juin. Pierre Laurent en a longtemps été le président [de 2010 à 2016 – ndlr]. Or les communistes sont vécus par Mélenchon et d’autres comme une force empêchante. » 

Entre les communistes et des cultures davantage « rouges-vertes », les points de divergence ne manquent pas, par exemple autour de la place à accorder au nucléaire et au gaz dans l’évolution de la consommation énergétique. Mais l’envie de s’émanciper du fonctionnement du PGE tient aussi à ce qu’il est une machine institutionnelle difficilement maniable et peu dynamique. 

Certes, le PGE compte désormais près d’une trentaine de partis membres. Mais cela n’empêche pas que des organisations significatives manquent à l’appel, tandis que l’hétérogénéité existante se révèle déjà pesante en termes de coordination.

Le processus interne de prise de décision, fondé sur le consensus, n’arrange rien en maximisant les risques de lenteur et de choix correspondant au plus petit dénominateur commun. Si bien qu’aujourd’hui encore, le PGE est un des partis transnationaux les plus faibles de l’UE.  

[…]  


Fabien Escalona. Médiapart. Source (Courts Extraits)


3 réflexions sur “Les Européennes « LFI » Manon Aubry

  1. bernarddominik 18/03/2024 / 9h22

    J’ai cru en LFI avec toutefois quelques restrictions sur son programme économique qui fait semblant de croire que la France pourra imposer son point de vue au monde entier. Aujourd’hui LFI à montré un manque de maturité de ses élus, même si sa position sur Gaza et l’Ukraine est la seule à être cohérente.

    • Libres jugements 18/03/2024 / 12h07

      J’ai, pendant quelques années eu quelques responsabilités dans un parti politique et eu l’occasion de me confronter et à ses troupes groupies et d’assez près au Maximo leader statufié Jean-Luc.
      En dehors de l’idée d’une sixième constitution et dans ses lignes, la possibilité de consultation du peuple ; je n’ai trouvé qu’un melting-pot des propositions venant du PS, LCR, NPA, PCF, divers gauches et des écologistes. Aussi, si Mélenchon avait poursuivi dans cette idée de réunion des parties politiques, sans vouloir jouer au « moi je suis », « je décrète », « vous devez me suivre pour cela et silence dans les rangs », je pense qu’une grande partie de la gauche l’aurait suivi. Mais ce n’est pas le cas, il n’y aura pas de statut Jean-Luc Mélenchon, de gloire nationale.
      En réalité LFI se comporte exactement comme Macron. Il a détruit la gauche prolétarienne et salariale aux profits d’atermoiements et d’options politiques en direction des bobos cadres et artisans, abandonnant la cause salariale.
      Michel

      • tatchou92 18/03/2024 / 22h29

        J’ai été bluffée moi aussi, en 2005 lors du scrutin pour ou contre l’Europe.. que nous avions gagné, mais qui nous a été imposé par le Président SARKOZY.. Je l’avais entendu : capable de parler sans papier pendant près d’une heure.. et d’attirer des sympathisants à sa cause, et pas des moindres… puis les choses ont changé. il ne rend pas service à ses candidats..

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