Des « pressions » à la télé ? Jamais !

Il y aura encore du beau monde, ces jours-ci, face à la commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences télé.

Bolloré et Hanouna vont entrer en scène, le spectacle promet. En attendant ce grand moment, un épisode réjouissant a ravi les députés de la commission, la semaine passée. Olivier Schrameck, ex-président du CSA (devenu l’Arcom), a confirmé à quel point cette autorité était indépendante lorsqu’elle nommait les patrons de l’audiovisuel public. L’ancien technocrate socialiste est revenu sur l’épisode glorieux du choix de Delphine Ernotte pour diriger France Télés, en 2015. Il vaut mieux tard que jamais !

Alors à l’Élysée, Hollande, qui venait d’installer Schrameck à la tête du CSA, avait appelé cet obligé pour lui demander d’écarter discrètement deux concurrents d’Ernotte. Se remémorant ce doux échange avec Hollande, Schrameck a raconté : « Je n’ai reçu, à une exception près, aucune tentative d’influence ou, encore moins, de pression de sa part. » Avant d’ajouter : « Le président Hollande, dans le cours d’une conversation, m’a décommandé une ou deux personnes. »

Avec la pudeur du haut fonctionnaire oubliant les grands principes de la loi audiovisuelle de 1986 — « égalité de traitement » et « impartialité du service public » Schrameck n’est pas allé jusqu’à livrer les noms des deux recalés.

A l’époque, « Le Canard » avait mis la palme sur les auditions après l’ouverture d’une enquête frappant le CSA. Plus bavard devant les poulets, Schrameck avait lâché : « J’ai reçu un coup de téléphone de François Hollande, qui m’a demandé d’éviter de nommer Marie-Christine Saragosse et Emmanuel Hoog », à l’époque dirigeants, respectivement, de France Médias Monde et de l’INA. Et l’ex-patron du CSA de préciser sans rire : « J’ai répondu par un silence… »

Manifestement, le silence a fait son chemin. Ernotte, la candidate favorite de l’Élysée, est devenue patronne de France Télés, avec le soutien décisif de Schrameck. Elle l’est toujours aujourd’hui. Et l’enquête est tombée dans l’oubli… Le plus drôle est que, au cours de ces investigations, Hollande lui-même, après avoir nié pendant une heure face aux poulets être intervenu dans la promotion d’Ernotte, a fini par avouer son coup de fil pour flinguer Sara­gosse et Hoog : « J’exprimais une position, celle de l’État, qui avait donné sa confiance à deux personnalités pour gérer d’autres institutions. Mais le CSA était totalement libre d’en tenir compte ou pas. »

A quoi ça tient, la liberté…


Article signé des initiales C. N. Le Canard enchaîné. 06/03/2024


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2 réflexions sur “Des « pressions » à la télé ? Jamais !

  1. bernarddominik 17/03/2024 / 10h28

    Ils ont beau nous prendre pour des idiots on a tous compris les mécanismes des nominations, qui n’a rien de démocratique ni même de républicain, c’est le roi qui distribue les prébendes en fonction de SES intérêts, les Louis 14 15 16 et 18 ne faisaient pas autres chose.

  2. tatchou92 17/03/2024 / 16h19

    et on s’étonne de voir l’abstention monter, de voir le déclin des partis traditionnels, et les slouriress radieux de MLP..

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