On s’arrête un moment…

… sur un manque d’objectivité sur un sujet actuel.

Un moment de folie médiatique a révélé en même temps que précipité un mouvement de bascule politique : dans les semaines qui ont suivi les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre 2023, les principaux médias et le gouvernement français ont réalisé une double prouesse.

Celle d’exclure de l’« arc républicain » La France insoumise (LFI), qui refusait d’absoudre d’avance les représailles militaires du gouvernement israélien à Gaza, et, symétriquement, celle d’y inclure le Rassemblement national (RN). Jugé indigne de gouverner par les classes dirigeantes qui appelaient à « faire barrage » contre lui, le parti fondé en 1972 par M. Jean-Marie Le Pen s’est trouvé subitement réhabilité et blanchi par son alignement sur les positions du gouvernement israélien de M. Benyamin Netanyahou.

Sur CNews-Europe 1, la journaliste Sonia Mabrouk en vint même à célébrer en Mme Marine Le Pen « le rempart, la protection, le bouclier pour les Français juifs » (10 octobre 2023), tandis que Le Figaro (5-6 novembre 2023) et BFM TV (12 décembre 2023) alternaient un portrait louangeur de M. Jordan Bardella et des bandeaux triomphaux « Bardella à Matignon : 46 % des Français séduits ».

Au même moment, la presse progressiste pilonne M. Jean-Luc Mélenchon dans les termes qu’elle réservait autrefois à M. Le Pen : il « accumule les dérapages rances » (L’Obs, 12 octobre 2023) à force de déclarations « imprégnées de stéréotypes antisémites » (Mediapart, 10 novembre 2023). « Antisémitisme : comment Jean-Luc Mélenchon cultive l’ambiguïté », titre un long article du Monde (4 janvier 2024) qui échoue à produire le moindre propos antisémite. En trois mois, ce quotidien aura consacré une demi-douzaine d’articles et plusieurs éditoriaux à la tentative d’assassinat symbolique du dirigeant de LFI.

« Le diable a changé de camp », constate Nicolas Beytout dans le quotidien patronal L’Opinion (12 octobre 2023) : « L’attaque du Hamas rebat les cartes. Les Insoumis sont plus faciles à haïr, le Rassemblement national plus difficile à combattre. »

Dans les médias, l’arc républicain se confond alors avec l’arc israélien.

Le 12 décembre, le journaliste de France Culture Brice Couturier révèle même dans un tweet le désir inavouable d’une fraction croissante des élites françaises : « Puisqu’il va falloir en passer par un épisode RN (tous les sondages le montrent), pourquoi pas dans le cadre d’une cohabitation ? Dissolution. À l’Élysée, Macron garde la main sur la politique étrangère (pas de rupture avec l’UE et l’OTAN), et il dissout au moment propice en 2026. »

Inimaginable il y a encore dix ans, une extrême-droitisation aussi rapide du spectre politique hexagonal a évolué de pair avec la restriction des libertés d’expression, d’opinion, de manifestation.

À l’unisson du ministre de l’intérieur, les médias assimilent, par dessein idéologique ou par paresse intellectuelle, à de l’antisémitisme des manifestations ordinaires de soutien à la cause palestinienne, lesquelles sont d’abord interdites. « Des manifestations de soutien aux terroristes », corrige alors Bernard-Henri Lévy dans Le Point (9 novembre). Son admirateur, le journaliste Darius Rochebin, propose sur LCI l’« internement administratif des islamistes » (15 octobre 2023).

La « loi immigration » votée par la majorité présidentielle, la droite et le RN viendra couronner cette séquence, le 19 décembre : le texte, qui institutionnalise la préférence nationale et durcit la répression des étrangers, a été promu par le ministère de l’intérieur comme un bouclier contre les « atteintes aux intérêts fondamentaux de l’État », les « activités à caractère terroriste », et la provocation à la violence — entendre celle de musulmans « islamistes » tentés de commettre des pogroms antisémites.

Le séisme couvait — et s’était déjà manifesté ailleurs en Europe.

L’ironie veut cependant qu’en France un tel tournant autoritaire s’effectue sous la conduite conjointe d’une corporation journalistique qui s’autoproclame gardienne des libertés démocratiques et d’un gouvernement élu pour faire barrage à l’extrême droite. Et que l’une et l’autre justifient leurs agissements par la nécessité de soutenir le « droit d’Israël à se défendre » au moment où cet État multiplie les crimes de guerre dans l’espoir de précipiter l’exil ou la déportation de tout un peuple et d’empêcher ainsi qu’il devienne un jour souverain sur son territoire.

L’ampleur des massacres commis à Gaza, la réprobation internationale qu’ils suscitent et le discrédit d’un journalisme occidental à la partialité caricaturale amèneront probablement certains protagonistes à espérer qu’on oubliera leur égarement et les dégâts qui en ont découlé.

Raison de plus pour revenir en détail sur les deux temps de la guerre de l’information qui s’est ouverte le 7 octobre : la médiatisation des massacres du Hamas, abondamment décrits comme une culmination historique de l’horreur, puis celle, toute en retenue et en litotes, de la guerre totale menée par Israël contre les Palestiniens. En quelques semaines, la France a fait l’expérience d’un journalisme de meute qui déteste autant le débat contradictoire que la liberté d’expression.

[…]


Serge Halimi & Pierre Rimbert. Le Monde diplomatique. Source (très courts extraits)


Note : nous vous invitons à vous procurer l’intégralité de cet article afin de découvrir certains faits avérés, mais non diffusés explicités sur ce conflit Hamas-Israël allant à l’encontre du traitement médiatique réalisé par les divers médias Français. Les précisions apportées dans l’article du Diplo ne peuvent être inventées tant elles sont étayées recoupées. Elles ouvrent une autre vision de ce conflit. MC


2 réflexions sur “On s’arrête un moment…

  1. tatchou92 07/02/2024 / 22h26

    -Si on a suivi de plus ou moins loin, la carte géographique originelle.. les relations de ces 2 Etats, on ne peut que constater qu’il y a eu un manque de respect unilatéral.. depuis un sacré moment. certes avec des ripostes.. –Si on avait espéré lors de la signature de l’accord sous l’autorité du Président américain CLINTON, on a déchanté depuis… les victimes ont payé.. —Je n’oublie pas le « traitement particulier » infligé à plusieurs reprises à l’avocat franco-palestien Salah HAMOURI, arrêté notamment le 23 août 2017 et emprisonné pendant des années, malgré toutes les campagnes menées pour lui, par les associations, sans intervention notoire apparente connue des autorités.. sauf erreur de ma part. il a enfin rejoint aujourd’hui la famille qu’il a fondée, et n’a pas intérêt à pointer son nez à Gaza.
    -Lorsque la République Française salue les victimes franco-israeliennes du terrorisme du HAMAS, je me joins aux citoyens qui demandent la même chose pour les milliers de victimes palestiniennes, dont majorité d’enfants, et que cessent les combats en cours, ainsi que « 2 peuples, 2 Etats »

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