Durcir la réglementation sécuritaire pour les sorties hors piste ? Guides et élus se déchirent.
Plusieurs morts déjà depuis le début de l’année sur les pistes de ski ou en randonnée hors piste… En pleines vacances de février, guides et moniteurs se déchirent, en coulisses, sur la question de la sécurité en montagne. « Il y a une omerta générale pour empêcher une remise en question qui pourrait sauver des vies », attaque l’himalayiste Marc Batard, ex-conquérant du toit du monde sans oxygène en vingt-quatre heures, qui prêche, au-delà du principe de précaution, pour le renforcement de la « culture du renoncement » déjà en vigueur. Selon lui, seule une nouvelle discipline du métier pourrait empêcher la trentaine de drames qui, chaque année, endeuillent les massifs tricolores.
Suivez pas le guide
En 2023, deux épisodes particulièrement traumatisants se sont produits. En avril, une coulée monumentale de 500 mètres de largeur a tué six skieurs de randonnée sur le glacier d’Armancette, au-dessus des Contamines, alors que les conditions étaient officiellement « bonnes ».
En décembre, entre Megève et Saint-Gervais, c’est une énorme plaque de glace détachée du mont Joly qui a emporté deux membres d’une famille de skieurs amenée hors piste par un guide sans doute trop confiant : hormis lui-même, il n’avait équipé personne du DVA (émetteur d’ondes). « Avec celui-ci, la sonde télescopique de 2,50 mètres et la petite pelle, on peut pourtant retrouver les victimes dans le quart d’heure d’or, celui où les chances de survie s’élèvent à 90 %, avant de chuter brutalement », s’indigne le guide indépendant Guillaume Maurel. Ces équipements salvateurs ne sont pas obligatoires, mais simplement hautement recommandés…
Durcir la réglementation et les contrôles ? Les seigneurs de la montagne ne veulent pas être dépossédés de leur prescience séculaire : « Seul habilité à faire skier sur les glaciers, c’est le guide qui décide ou non de poursuivre un itinéraire, et c’est comme ça depuis 1821 », tranche le président de la Compagnie des guides de Chamonix, la plus ancienne et la plus prestigieuse du monde (200 membres).
« Il serait inefficace, incohérent et dangereux de prétendre réglementer la montagne et les accès aux sommets », soutient Eric Fournier, le maire de la « capitale mondiale de l’alpinisme ». Au nom du sacro-saint « espace de liberté », il est interdit d’interdire quoi que ce soit au-delà des espaces balisés. « Une bien noble profession de foi qui arrange tout le monde, à commencer par les stations vendant de l’évasion illimitée et jusqu’aux élus, ces faux culs qui ne veulent pas refroidir les élans d’aventure de leurs touristes ni prendre leurs responsabilités », le contredit Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais.
Problème, le droit ne peut pas tout. « Puni par l’article 121-3 du Code pénal, le manquement grave à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi n’est pas facile à établir », concède un magistrat spécialisé. La tentation de céder à une clientèle narcissique et shootée à Instagram qui réclame sa dose d’adrénaline et de spectaculaire est aussi grande.
« Les jeunes guides et moniteurs ne sont pas préparés à dire non. Il faut bien payer le chalet, le mariage et le divorce.., analyse un « ancien », longtemps guide pour l’UCPA. Et puis ils ne sont pas assez formés en nivologie, et les recyclages, tous les trois ans, sont insuffisants. »
Coulée d’Instagram
Visée, l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) de Chamonix, prestigieuse institution d’État détenant le monopole de la délivrance des diplômes de guide et de moniteur, se défend pourtant de toute défaillance. « J’estime que le travail est bien fait », assure son directeur. Sauf que, selon un ancien élève, le cursus (qui comprend 55 courses et un enseignement théorique) aurait « une fâcheuse tendance à façonner les promos sur des critères, élitistes, de virtuosité technique ».
Les ministres de la Jeunesse et des Sports, dont elle dépend, et les députés itou, s’accommodent d’un ordre aussi immuable que fataliste qui a l’avantage de préserver les intérêts de tout le monde… sauf des victimes. Tant pis si la France demeure bien plus accidentogène que la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, les autres puissances alpines ? Sur le tapis blanc du futur pays organisateur des JO d’hiver de 2030, cela fait quand même un peu tache.
Olivier Picard. Le Canard enchaîné. 14/02/2024
Je vais apporter une pierre aux problèmes des accidents de montagne.
En tout premier lieu, il y a lieu de relativiser le nombre de personnes blessées ou tuées en montagne, face au nombre de personnes, secourues ou noyées sur les côtes françaises – le ratio le plus important étant en faveur de la mer et bien évidemment, je n’inclus pas dans ce nombre les émigrants qui y périssent.
Ceci étant précisé, j’ai dans une vie antérieure sportive active, eu l’occasion dans le cadre du Club alpin français (région parisienne), d’encadrer des groupes de marches en haute montagne, d’escalade, de pratiquer la cascade de glace.
À toutes et tous, j’ai toujours signalé le danger extrême de la montagne ; une montagne toujours vivante, capable d’avalanche, comme de perdre un pan de rocher juste à cause d’un bruit.
Oui le danger existe en montagne mais n’est pas plus présent que les dangers routiers, dangers de la mer, ou encore les dangers dits de « familles ».
Chaque année aux deux périodes montagnardes : hivernale et estivale, est colporté avec des détails plus ou moins scabreux, des accidents produits par des inconscients entraînant dans le même temps des moyens de secours qui, compte tenu de la géographie montagnarde oblige souvent à utiliser des moyens héliportés très onéreux.
Il reste pas moins vrai que tous les moyens de secours mis à disposition sur les côtes françaises ont, eux aussi, un coup et engagent de la même façon, des personnes bénévoles, au secours des imprudents. MC.