Fachos, nos péquenots ?

Dès les premières heures de la mobilisation des agriculteurs, l’extrême droite a mis le paquet pour récupérer leurs revendications.

Dernière tentative en date : un message de Marion Maréchal en personne, laissé sur le répondeur de certains militants.

  • « Je voulais simplement vous adresser un message de soutien », assure l’égérie Reconquête !
  • Avant de flatter un combat « légitime et nécessaire » qui bénéficie « à tous les Français ».
  • « Moi aussi, je souhaite continuer à mettre vos produits de qualité dans l’assiette de mes deux petites filles et de tous les enfants. »

Les ficelles sont énormes.

Côté Rassemblement national, c’est Jordan Bardella, le jeune prodige frontiste, qui a été dépêché sur les routes de France pour aller entendre :

  • « le cri d’un peuple français qui ne veut pas mourir ».

Sur RMC, le 29 janvier, il pointe

  • « la plus grande crise sociale de la Vᵉ République ». Rien que ça.

C’est que le RN joue sa pertinence : le parti du ressentiment voudrait retrouver dans ce mouvement agricole tout son propre imaginaire politique.


Les paysans ne sont-ils pas, après tout, ce peuple travailleur, enraciné, soit le « peuple idéal pour le RN », ainsi que nous t’explique Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof, spécialiste des mouvements d’extrême droite.

Un peuple, comme le déplore Bardella, maltraité par les élites françaises.

« Leurs thématiques peuvent donc s’exprimer ici naturellement, poursuit Gilles Ivaldi. Le cœur du projet du RN, c’est l’idée selon laquelle il faudrait fermer les frontières pour préserver la souveraineté agricole. C’est-à-dire, en réalité, le même schéma idéologique que sur la question de l’immigration. » Un copier-coller suffira donc pour embrasser la cause.

La congruence entre les obsessions frontistes et les revendications paysannes est d’autant plus forte que les normes sont perçues par les agriculteurs comme étant imposées par Bruxelles — la grande-méchante — l’Union-européenne. Et même si Marine Le Pen a voulu s’éloigner du camp du Frexit, crédibilité présidentielle oblige, « son parti incarne au Parlement européen des valeurs profondément eurosceptiques. La crise agricole vient résonner très fort avec ce sentiment-là », rappelle le chercheur.

Difficile pourtant de voir quelle expertise le RN peut avoir sur la question.

Comme représentants maison des agriculteurs,

  • on nous cite l’eurodéputé Gilles Lebreton, qui siège à la commission de l’agriculture et du développement rural au Parlement européen.
  • On nous cite aussi Grégoire de Fournas, viticulteur à particule, châtelain aux commandes d’une grande exploitation et, accessoirement, ancien du Bloc identitaire.

Pas vraiment le paysan archétypal, donc. « Il n’y a, de toute façon, pas de véritable enjeu d’expertise au Rassemblement national. La culture politique de ce parti est une culture contestataire et populiste. Une culture de la colère et du ressentiment sur laquelle ils veulent capitaliser », précise Gilles Ivaldi.

Avec succès ? « Il y a véritablement une dynamique favorable au RN. Une partie du monde agricole est en train de basculer vers le Rassemblement national, oui. Et entend bien exprimer son mécontentement. »

En premier lieu, aux élections européennes qui auront lieu les 6 et 9 juin prochain.


Jean-Loup Adénor. Charlie hebdo. 07/02/2024


2 réflexions sur “Fachos, nos péquenots ?

  1. bernarddominik 14/02/2024 / 16h35

    Tout ça c’est bien beau, mais il y a une nécessité vitale pour nos campagnes c’est changer de modèle agricole. Se passer de pesticides et donc faire comme autrefois enlever les mauvaises herbes à la binette, traiter les maladies avec des produits naturels, pour cela il y a les robots agricoles qui grâce à des algorithmes sophistiqués sauront faire le tri entre le bon et le mauvais. De même la récolte sera plus aisée avec les robots cueilleurs. Alors au lieu de continuer à mettre de l’argent pour pourrir les hommes et les sols, cet argent serait mieux investi dans les robots agricoles, et la chimie naturelle. Il faut arrêter de nourrir les illusions du monde agricole

  2. tatchou92 14/02/2024 / 23h01

    A qui la faute ? J’avais personnellement frémi en lisant les résultats des présidentielles et des législatives, d’une manière générale… quelle analyse depuis ?

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