… un projet de loi Européen… pour sauver des vies !
Un projet de loi européenne sur le permis de conduire souhaite imposer une visite médicale au moins tous les 15 ans à tous les conducteurs de l’Union. Ces visites existent déjà dans presque tous les pays de l’Union européenne, mais pas en France où le permis est « à vie ».
C’est une question délicate à laquelle toute famille est un jour confrontée : va-t-il falloir planquer les clefs de voiture de papy ? Certains ont la chair-de poule en pensant au grand-père qui vient les voir « en suivant les lignes blanches sur la route », d’autres en appellent discrètement au médecin de famille pour qu’il convainque leur mère que son état de santé ne lui permet plus de conduire en toute sécurité…
Pauline Déroulède, joueuse de tennis-fauteuil de 33 ans qui représentera la France aux Jeux paralympiques, a sa propre histoire sur le sujet, dramatique. Il y a cinq ans, alors qu’elle marchait sur un trottoir de Paris, elle a été « fauchée par un automobiliste de 90 ans » et y a perdu une jambe, arrachée. Elle ne dit pas « faucher par une voiture », à dessein : « On entend trop souvent « une voiture a percuté », etc., mais non : ce n’est jamais une voiture toute seule, il y a toujours un conducteur », explique l’eurodéputée écologiste Karima Delli, qui a négocié le texte du Parlement européen sur le permis de conduire qui sera voté ce mercredi. Il propose d’imposer des visites médicales au moins tous les 15 ans à tous les conducteurs de l’Union européenne (UE).
Une responsabilité individuelle ?
Pauline Déroulède était à Strasbourg ce mardi pour soutenir ce projet de législation. Le conducteur qui lui a arraché la jambe, et aurait pu lui ôter la vie, « a perdu le contrôle de son véhicule parce qu’il a confondu le frein et l’accélérateur. » Le nonagénaire, en plein Paris, roulait à 80 km/h.
Alors la jeune femme s’est sentie investie d’une mission : en plus de préparer les Jeux paralympiques en tennis-fauteuil, elle milite pour la sécurité routière. Au fil de ses rencontres, elle s’est bien rendu compte que « la voiture en France, c’est sacré : on touche à un électorat, à la mobilité des gens, à l’idée de liberté. On m’a souvent dit que c’est une question de responsabilité individuelle, et que ça doit reposer sur les familles de sensibiliser leurs proches. Mais c’est beaucoup demander aux familles ». L’auteur de l’accident « a aussi été brisé par ce drame. Il m’a dit qu’il repoussait l’échéance d’arrêter de conduire, mais que si la loi ou une visite médicale le lui avait interdit, il l’aurait respectée ».
« Cette loi ne vise pas à embêter les gens, résume l’eurodéputée Karima Delli. D’ailleurs beaucoup de pays en Europe imposent déjà des visites médicales régulières. »Cette visite aurait pour but de vérifier « l’aptitude physique et mentale à la conduite », soit la vue, l’ouïe et les réflexes – fonctions qui peuvent se dégrader, progressivement ou subitement, en cas d’AVC par exemple, à tout âge de la vie.
Objectif zéro mort sur les routes en 2050
Le texte s’inscrit dans un projet pour le moins ambitieux : « plus aucun décès lié à la circulation d’ici 2050 », expliquait la Commission européenne l’an dernier. Les accidents de la route ont fait 19 800 morts et 160 000 blessés graves dans PUE en 2021.
Pour autant, le sujet divise nettement le Parlement : en commission parlementaire des Transports, où il a été discuté, il n’a été approuvé qu’à une voix près (22 pour, 21 contre et 2 abstentions). Les trois formations de gauche et les libéraux ont voté pour, la droite et les eurosceptiques d’ECR contre. L’extrême droite ID s’est partagée entre pour et abstention. Mais les élus du Rassemblement national français tiennent une position résolument contre : leur chef de file organisait ce mardi soir une conférence de presse au titre sans équivoque : « Réforme du permis de conduire : Bruxelles persécute encore les voitures. »
Le vote de ce mercredi midi n’est qu’une étape : s’il est approuvé, le texte du Parlement européen va ensuite être négocié avec les États membres (en l’espèce les ministres des Transports). Les discussions prendront plusieurs mois, et n’aboutiront pas avant les élections européennes en juin.
Au Parlement européen à Strasbourg, Anne-Camille Beckelynck. Le Dauphiné Libéré. 28/02/2024
« Drames évitables »
ou « condamnation » à l’isolement ?
Et si empêcher certains de conduire permettait d’épargner des vies ? Une mesure qui fait débat chez nos lecteurs, comme dans l’opinion publique.
Maxime, 38 ans de Bischoffsheim (Bas-Rhin) pense qu’« une voiture peut être une arme et que permettre à quiconque de la conduire alors qu’il a passé le permis il y a des dizaines d’années auparavant est inconcevable ».
Nathalie, 43 ans, d’Essey (Côte-d’Or) est aussi favorable à la mesure : « Passer 70 ans, le droit de conduire devrait être soumis à avis médical. Les facultés cognitives et parfois physiques de certaines personnes âgées sont des dangers sur la route. »
Valérie, 55 ans de Paris, dont la mère a été mortellement percutée sur un passage piéton par une automobiliste de 86 ans, est du même avis : « Cette dernière portait des lunettes de soleil sur ses lunettes de vue et avait ajouté un pare-soleil. Elle conduisait à l’aveugle, une visite médicale aurait permis d’éviter le drame de notre famille », confie-t-elle.
Catherine, 45 ans, de Marly (Moselle) souligne que ce contrôle médical « ne viserait pas que les seniors. Nos capacités de conduite peuvent être altérées à tout âge par la maladie, des traitements. Et peut-être devrions-nous aussi aller plus loin et mettre en place des stages de remise à niveau du code, de la conduite à partir de 60 ans. »
« Ce n’est pas à l’Europe de décider cela »
Mais chez certains de nos lecteurs, l’idée de la fin du permis à vie passe mal. Sophie, 54 ans, de Dijon (Côte-d’Or), trouve qu’« il serait plus opportun de contrôler les conducteurs sur les stupéfiants et les infractions in situ. »
Philippe, 71 ans, ne comprend pas le délai de 15 ans avant un nouveau contrôle médical : « Je suggère que le médecin traitant envoie ses patients, en cas de constat d’une perte partielle des fonctions physiques et cognitives, vers une commission ad hoc qui décidera, à la suite d’un examen approfondi, d’une éventuelle interdiction ou restriction. »
Pour Hubert, 67 ans, de Reichshoffen (Bas-Rhin) « ce n’est pas à l’Europe de décider cela. Chaque conducteur avec son entourage et son médecin est à même de décider », estime-t-il.
Nos lecteurs s’imaginent déjà les conséquences que pourrait avoir une telle mesure dans leur quotidien ou celui de leurs proches : « Si une personne au bout dé 15 ans se retrouve avec une interdiction de permis de conduire et en incapacité de se déplacer pour sa vie professionnelle, cela risque de causer d’autres problèmes que l’aristocratie parlementaire européenne ne considère certainement pas », fustige Sacha, 45 ans, de Stiring-Wendel (Moselle).
Isolde, 66 ans, de Fréland (Haut-Rhin) anticipe les effets d’un retrait de permis si elle était jugée inapte à la conduite : « Je deviendrais dépendante sans permis, habitant un village sans commerce sauf une boulangerie ! Étant seule sans aucune famille autour, c’est la condamnation à vie à la dépendance et l’isolement ».
Des inquiétudes partagées par Nicole, 71 ans, de Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire) : « Habitant la campagne, sans enfants sur place, comment ferais-je pour mes achats de nourriture et mes rendez-vous médecins ? Les voisins sont très gentils mais ne peuvent pas toujours être libres. Ne resterait donc que l’Ehpad ? », interroge-t-elle.
Delphine Bancaud. Le Dauphiné Libéré. 28/02/2024
Permis de conduire : le Parlement européen rejette la visite médicale obligatoire pour le conserver
Les eurodéputés étaient appelés voter sur une directive qui aurait limité la validité du permis de conduire à 15 ans, et dont le renouvellement aurait été soumis à un « examen médical » obligatoire.
L’amendement 98 dans lequel on pouvait trouver cette disposition a été rejeté par 323 voix, contre 270 voix pour. À la place, les eurodéputés ont préféré une sorte d’auto-évaluation des conducteurs.
« Pas à la hauteur des enjeux »
« Les députés ont accepté que les conducteurs évaluent leur propre aptitude à conduire lors de la délivrance et du renouvellement du permis de conduire », peut-on lire dans le communiqué de presse du Parlement. Il est précisé les pays membres peuvent décider si cette auto-évaluation doit être remplacée par un examen médical « avec un ensemble minimum de contrôles sur la vue et les conditions cardiovasculaires des conducteurs, entre autres ».Karima Delli a été déçue de cette décision. « L’Europe qui protège et sauve des vies n’est pas incarné dans ce rapport, a-t-elle déclaré, citée par BFMTV. Même si ce rapport est adopté, je considère qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux ».
Source Huffington Post (Extraits)
Macron a baissé l’âge du permis à 17 ans, pourtant les 18-25 ans sont plus accidentogènes que les papy de plus de 80 ans. Donc qu’on ne nous rebatte pas les oreilles avec les mesures de sécurité. De plus, dans peu de temps, les voitures se conduiront toutes seules, le permis ne servira à conduire que dans des cas limites.
Bonjour Michel alors à quand les voitures qui rouleront toutes seules, à la campagne sans permis , on ne vit plus, et puis je pense que l’on doit être responsables, aidés par notre médecin , il saura dire si on apte ou pas, tous les ans on a une visite chez la rhumato qui contrôle nos réflexes, et on va faire examiner nos yeux, de plus nous n’allons plus dans les grandes villes, on se contente de 100 kms autour de chez nous . que de fois en allant à Troyes on se fait doubler par des autos avec un « A » aux fesses, et qui ne respectent pas ni la vitesse ni les panneaux , alors qui est le plus dangereux eux ou nous? Bon après-midi MTH
Bonjour Marie, et merci pour ton commentaire.
Peut-être n’as-tu pas lu jusqu’au bout l’article, car à la fin, j’ai rapporté la décision du vote négatif sur ce sujet, de la commission européenne.
En effet, c’est bien la commission européenne qui entendait obliger les personnes de plus de 70 ans à passer des tests autorisant de conduire ou pas.
Pour le reste, je suis parfaitement d’accord avec toi, combien voyons-nous de véhicule avec un A (Permis de conduire probatoire) qui ne respecte rien, ni vitesse, ni signalisation et qui sont bien plus dangereux que les personnes plus âgées. Il reste pas moins vrai que les médias se font un chou gras dès qu’il y a un Accident impliqué-impliquant, une personne d’un âge certain…
Juste une remarque envers les personnes bien pensantes, voulant que la sécurité sur les routes et autoroutes soit limitée à une vitesse bien plus contraignante… si l’on va à pied, il y a moins de danger de collision…
Je comprends toutes les inquiétudes liées à cette interdiction éventuelle, en raison de l’âge, de l’état de santé du conducteur… mais aussi de la solitude de l’intéressé…pas facile d’inciter une personne vivant dans un village, sans boutiques, sans pharmacien, sans médecin.. sans transport en commun ni covoiturage organisé..
J’ai moi même décidé de ne plus posséder de voiture, l’essentiel de ma famille habitant en province, et n’ayant pas envie de rouler seule pendant plus de 300 kms.. dans un véhicule de 10 ans.. avec des kilomètres au compteur..
J’ai la chance d’habiter en zone urbaine, avec des transports ..
Cette question devrait intéresser les pouvoirs publics…il existe des services de « ramassages » pour emmener les élèves à l’école, et ce à l’intérieur souvent d’un même canton.. dans plusieurs départements et c’est une bonne chose..
Pourquoi n’y aurait-il pas un service de transport adapté pour emmener les personnes âgées, celles qui sont plus ou moins handicapées, les mères de famille qui peuvent se déplacer.. par exemple un jour de marché, les accompagner chez le médecin, le coiffeur..
Nous avons dans ma ville obtenu ce service, réservé aux catégories citées, sous réserve de retenir à l’avance, d’avoir une raison valable, (consultation hôpital, rendez vous dans une administration) dans un périmètre urbain déterminé, de respecter les horaires et d’acquitter le prix de la course aller et retour. Le chauffeur dépose et effectue une autre course avant le retour.. S’il y a un accompagnant, celui-ci paye également, c’est aussi une question d’assurance…
C’est un gros investissement, 3 véhicules, dont un adapté pouvant transporter 4 fauteuils roulants et nécessitant 1 chauffeur et 1 assistant.
Nous avons de la chance.. les tarifs sont alignés sur ceux de la RATP, et le nombre de courses par usager est limité dans la semaine.. pas de favoritisme..
J’ai personnellement utilisé ce service lors de l’hospitalisation des miens, pendant plusieurs semaines, à raison de 2 courses, de 14 à 16h00., en acceptant de partager le véhicule avec une personne qui avait la même motivation que moi.. nous sommes devenues amies, la mutualisation est donc possible si les personnes acceptent..
Comme je l’ai déjà répondu à la suite d’un commentaire de même teneur, je précise que les députés européens ont refusé de légaliser cette loi. Il en reste pas moins vrai qu’un État parmi la communauté européenne va exiger un jour ou l’autre aux personnes de plus de… 60 – 70 – 75 ans de passer des tests médicaux, voire de repasser le permis de conduire.
Comme partout et comme toutes lois et obligations edictées, elles « pourraient » être pour certaines personnes une bonne chose. Encore faut-il ne pas habiter en ruralité comme dit le commentaire ci-dessus de Danielle.
Amitiés. Michel