Le 12 janvier 2024, elle se déclarait « très fière et très émue » d’être la nouvelle ministre de la Culture d’Emmanuel Macron…

Devant les élèves de l’Essec, pourtant, le 21 novembre 2023, elle n’hésitait pas à habiller la Macronie pour l’hiver.
« Le contexte politique a évolué depuis 2017 », lance-t-elle aujourd’hui pour tenter de justifier son virement de bord (« Le Parisien », 14/1). Depuis 2017, peut-être, mais depuis deux mois ?
Florilège de ses critiques émises face aux étudiants.
- Sur la politique étrangère de Macron
Que pense-t-elle de l’action internationale du chef de l’Etat ? « Je préfère vous dire ‘joker » (…). Le continent africain, il ne va pas déménager. On ne peut pas tourner le dos à 1 milliard d’habitants. Nos destins sont liés. Et donc, moi, j’aurais voulu avoir une construction plutôt qu’une désertion, puisqu’on a quitté quasiment tous les pays africains aujourd’hui. » Le déserteur en chef appréciera…
- Sur la politique intérieure macroniste
L’ex-ministre de Sarko étrille l’action gouvernementale en trois temps.
Primo, « il faut une politique d’intégration, il faut réduire les inégalités, et notamment à l’école, et pas la réduire à l’abaya ou à la radicalisation. Le sujet, aujourd’hui, de l’école, c’est les inégalités ». Coucou, Gabriel Attal !
Deuzio, « un autre scandale d’État, c’est la protection de l’enfance (…). Vous avez vu les drames des gamins, entre la maltraitance et les familles d’accueil où ça ne va pas ? Moi, je pense que la protection de l’enfance doit redevenir un sujet régalien (…). Vous les avez entendus, les macronistes ? J’aimerais avoir leur ligne ».
Tertio, sur la loi Immigration : « Regardez le débat qu’il y a entre Elisabeth Borne, Olivier Dussopt et Gérald Darmanin. Ils ont trois lignes différentes, voilà. Et ils sont au pouvoir, c’est encore plus inquiétant. »
- Sur ses ambitions
En 2017, « Emmanuel Macron me dit : « Est-ce qu’on peut faire des choses ensemble ? » Je lui ai dit : « Une chose est sûre : je n’ai plus envie d’être ministre, puisque je suis aujourd’hui sur la mairie du VIIe [arrondissement de Paris] et la Mairie de Paris. Point. » »
Une étudiante la relance : « Pourquoi ne voulez-vous plus être ministre ? »
Réponse de Dati : « Moi, je pense qu’il faut aussi de la clarté, aussi vis-à-vis des électeurs. On ne court pas plusieurs lièvres à la fois, enfin, moi, c’est ma conception (…). Moi, aujourd’hui, je suis maire du VIIe. »
Depuis son entrée Rue de Valois, elle l’est toujours.
- Sur les trahisons à droite
Interrogée sur le cas de l’ancien ministre Eric Woerth, qui a quitté Les Républicains (LR) pour rejoindre le parti présidentiel, Dati lâche : « Pour moi, il y a deux valeurs [qui comptent] : la loyauté et la fidélité à vos convictions. »
« Moi, je n’ai jamais trahi personne, ajoute-t-elle, j’ai la force en moi de la reconnaissance. » Or, chez LR, certains responsables « se donnent des excuses pour partir » et « c’est un peu facile ».
- Sur la ligne des Républicains
L’une des intervieweuses questionne Dati sur les Rep : « Vous n’avez pas le sentiment d’être devenus un parti d’élus qui (…) avance à l’aveugle, au gré des polémiques, au détriment de la structuration d’une ligne idéologique forte ? »
Touchée au vif, l’intéressée réplique : « Donnez-moi la ligne des macronistes, et je vais me positionner. »
L’étudiante sèche : « …. »
Dati savoure ce gros blanc : « Bah voilà, c’est exactement ça. Nous, au moins, on se bat sur des fondamentaux ou des valeurs. Après, [ces valeurs] peuvent vous déplaire », mais, s’agissant de Renaissance, c’est « une famille politique qui n’a pas de colonne vertébrale ».
La Macronie peut désormais compter sur Dati pour garder le cap !
- Sur ses engueulades avec le Président
Après ceux de l’Essec, Rachida Dati a rendu visite aux étudiants de HEC, le 5 décembre dernier.
« Vous avez déjà engueulé Emmanuel Macron ? » lui demande l’un d’eux.
Réponse de l’édile, morte de rire : « Oui, parce qu’il m’avait dit qu’il me soutiendrait pour la Mairie de Paris, et il m’a lâchée au dernier moment. Et donc je l’ai engueulé, engueulé à la Dati, quoi. Mais on s’est réconciliés depuis. »
Et pas qu’un peu…
Article signé des initiales C. B. Le Canard enchaîné. 17/01/2024
Et je retourne ma veste, toujours du bon côté…