Au final : avec la loi retraite, Macron et son gouvernement ont créé une crise démocratique profitant au RN.
Bruno Palier (politologue) a repéré dans la crise actuelle bien des facteurs identifiés comme déterminants dans la montée de l’extrême droite ces vingt dernières années.
- Différents sondages d’opinion laissent penser que Marine Le Pen sortirait renforcée de la séquence politique en cours. Faut-il les prendre au sérieux ?
Plusieurs sondages montrent que l’opposition au gouvernement se renforce, et ils révèlent désormais à qui elle peut bénéficier. Nombre d’entre eux vont dans la même direction : la majorité présidentielle perd environ cinq points de soutien, la gauche en gagne un et le Rassemblement national en récolte cinq.
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- Lesquels ?
D’abord, la réforme elle-même. […] Ensuite, lorsqu’on observe le contenu précis de cette réforme, on remarque que les plus impactés ne sont ni les plus riches, qui vont certes travailler plus tard mais ont une meilleure retraite, une meilleure santé et connaissent peu le chômage, ni les plus pauvres. Les 20 % ayant les revenus les plus bas, surtout les femmes subissant les temps partiels et les carrières hachées, attendent d’ores et déjà 67 ans pour ne pas subir la décote de leur pension, ou bien sont dans des dispositifs de carrières longues ou d’invalidité.
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Ceux dont elle va dégrader la situation sans compensation, ce sont les ouvriers et les employés, que l’on nomme les « classes moyennes menacées », situées juste au-dessus de la grande précarité. Ces dernières représentent un électorat potentiel pour le RN : au second tour de 2022, 67 % des ouvriers et 57 % des employés ont voté pour Marine Le Pen, avec 33 % d’abstention pour les deux catégories. Marine Le Pen est donc déjà majoritaire au sein de cette partie de la population, mais celle-ci représente encore un large réservoir de voix pour l’extrême droite.
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- Emmanuel Macron et son gouvernement refusent le terme de « crise démocratique », arguant qu’il ferait « monter les extrêmes »…
Ils jouent sur les mots. Certes, ils n’ont rien fait d’illégal, mais il est impossible de ne pas voir la réalité de la situation : l’exécutif fait face à une vraie colère, sur des questions légitimes, dans un contexte de fortes contraintes comme la Covid et l’inflation, venues s’ajouter aux difficultés déjà existantes…
Une situation aussi grave appelle une autre réponse. D’autant plus que la menace du RN est crédible, même si une majorité de la population ne veut pas le voir au pouvoir : de 20 millions de voix d’écart entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002, nous sommes passés à 10 millions entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2017, puis seulement 5 millions en 2022. Il ne manque de ce fait qu’un peu plus de 2,5 millions de voix à l’extrême droite pour arriver au pouvoir.
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Romain Jeanticou. Télérama. Source (très courts extraits)