… est pourri de l’intérieur
Inextricable.
En mai 2021, un syndicat – le Syndicat autonome des transports, SAT-RATP – et l’association Respire (respire-asso.org) déposent plainte contre la RATP. Le premier pour « mise en danger d’autrui et blessures involontaires » ; la seconde pour « tromperie aggravée et blessures involontaires ». Ensuite, prières au petit Jésus pour que le procureur ne balance pas le tout dans sa grande corbeille à papier. Mais non. Contre toute attente, on apprend en ce mois d’avril qu’il y aura ouverture d’une information judiciaire.
Sur quoi, au fait ?
Les plaintes visent évidemment la grave et constante pollution de l’air dans le métro, qui frappe tout à la fois le personnel et les usagers. À la vérité, davantage les salariés qui passent leur vie sous terre. Il n’y a bien entendu aucun secret. Les études, toujours incomplètes ou cadenassées dans les bureaux directoriaux, sont sans aucune ambiguïté. En 2001, le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) avait déjà lancé l’alerte, et le service de santé au travail de la RATP en avait fait autant en 2012 et 2013.
En septembre 2015, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) note sans broncher que les mesures « ont notamment mis en évidence des concentrations en PM10 [particules fines] très supérieures â celles mesurées dans l’air extérieur. Les constituants majeurs identifiés sont différents métaux dont le fer, du carbone élémentaire et du carbone organique.
D’autres polluants chimiques, présents à des concentrations parfois supérieures à celles mesurées à l’extérieur, ont été identifiés tels que des hydrocarbures aromatiques (toluène, phénanthrène, fluoranthène, anthracène et pyrène), et plus rarement le benzène, le dioxyde d’azote et le benzo(a)pyréne ».
Ouverture d’une information judiciaire
C’est déja bien flippant. niais ce n’est rien encore. L’Anses ajoute que « dans les enceintes ferroviaires souterraines, la pollution de l’air est dominée par la problématique des particules en suspension. La concentration des particules mesurée dans l’air est souvent exprimée en PM10 et en PM2,5 : il s’agit de particules qui pénètrent dans l’appareil respiratoire, capables, pour les plus fines (PM2,5), de se déposer au niveau des alvéoles pulmonaires ». Et conclut : « Des effets délétères sont attendus sur la santé cardiovasculaire et respiratoire. »
Cinq ans plus tard, le 29 juillet 2020, le Conseil d’État donne six mois au Premier ministre pour abaisser les concentrations de poussières dans le métro. La RATP, rapide comme l’éclair, décide en 2021 de tester un système de freinage des métros qui réduirait un jour les émissions de particules. Mais voilà qu’en juin 2022 l’Anses récidive et constate dans le métro « des concentrations en particules en suspension dans l’air (PM10, PM2,5 en µg.m-3) en moyenne trois fois plus élevées que dans l’air extérieur urbain (1) ». L’air y dépasse les seuils de toxicité fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon l’Anses, il faut faire de la prévention, renouveler plus souvent le matos, modifier les systèmes de freinage, et surtout aérer. Tu parles. Pour les usagers, ce grand boniment : « La surveillance de l’air des enceintes ferroviaires souterraines, associée à des indicateurs permettant de situer la qualité de l’air […], constitue un outil indispensable en vue de réduire l’exposition des usagers. » Un air de pipeau mille fois joué devant les victimes. La RATP s’enfonce dans le déni, et déclare au journal Le Monde : « La qualité de l’air est une priorité depuis vingt ans. » De son côté, le directeur général de Respire, Tony Renucci, balance : « Il est temps de lever la loi du silence et que la RATP dise la vérité aux usagers. »
En prend-on le chemin ? Les flics de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), saisis par le procureur, réussiront-ils après tant de fiascos ? La réponse est non, car l’air du métro est pourri de l’intérieur. C’est un problème de conception. Il faudrait revoir l’ensemble, et investir si massivement qu’on atteindra la saint-glinglin avant d’y parvenir.
Fabrice Nicolino. Charlie hebdo. 19/04/2023
Un masque sinon rien !
Il serait facile pour les ruraux de dire, on s’en fiche, on prends pas l’metro dans les campagne … sauf qu’il n’y a pas de moyen de transport collectif non plus…