Les Magdaléniens vivaient-ils au contact de l’art ?
C’est ce que semblent suggérer les premières découvertes, à Bellegarde, dans le Gard, de fouilles préventives réalisées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Est apparu, à l’occasion du chantier d’un centre d’enfouissement des déchets, un rare site préhistorique révélant peut-être une nouvelle forme d’expression artistique – l’art dressé – datant de 16 000 avant notre ère.
Pourquoi ce chantier de fouilles est-il exceptionnel ?
Ce qui est incroyable à Bellegarde, c’est que la fouille a permis de livrer un habitat dans son entier. Soit un véritable « site-monde ». Tout y est, pierres de foyer, silex taillés, parures, et des dizaines de plaquettes gravées : une quantité de matériel impressionnante dont nous commençons tout juste l’étude et qu’il va falloir observer, analyser.
Comme il s’agit d’une fouille préventive, tout est très précis, de la localisation des objets à leur relation avec le site. Cela est rare dans le cas de l’art paléolithique, qui relève souvent de fouilles anciennes où le contexte des objets trouvés était rarement documenté. Cela va être essentiel pour remettre l’art dans son environnement et, au-delà, comprendre qui étaient ces chasseurs-cueilleurs de climat froid, semi-nomades, entre 20 000 et 12 000 avant notre ère. Déjà, les premiers résultats sont extraordinaires.
En quoi est-ce la découverte d’une nouvelle forme d’expression artistique ?
Nous avons découvert une grande dalle gravée, dont la base était encore plantée dans le sol, ce qui signifie qu’elle était dressée. Là encore, c’est exceptionnel. Traditionnellement, on distingue deux formes d’art au paléolithique.
- D’une part, l’art pariétal, gravé, peint sur de grandes parois de grotte ou de grandes pierres en plein air.
- D’autre part, l’art mobilier : les Magdaléniens décorent tout ce qui leur passe entre les mains, outils, armes, objets transportables, en os, pierre, bois de cerf, écorce…
Là, il s’agit autre chose : ces dalles étaient relevées, avec des traces de peintures superposées, comme des espèces d’ardoises à effacer placées dans les espaces domestiques, près du feu. Cette verticalité également est surprenante, elle annonce le menhir. Dix mille ans avant le mégalithe, on se construit un paysage vertical, minéral, sur des parois en dur que l’on va décorer. Cela signifie aussi que ces gens ont ménagé une place pour l’art dans leur intimité, dans leur quotidien. Ils vivent et s’endorment près de lui.
Vous avez également découvert des représentations étonnantes…
Nous avons d’abord des plaquettes gravées, avec trois têtes de chevaux très détaillées, un travail typique du Magdalénien ancien, 20 000 ans avant notre ère. Ce qui est extraordinaire, pour avoir manipulé l’une de ces plaquettes, c’est qu’en la bougeant, on a l’impression que le cheval s’anime aussi. Un peu comme un modèle en trois dimensions, ce qui ouvre de multiples perspectives, comme celle du jeu : rendre vivant un animal par des simulations de mouvement.
Enfin, une plaquette plus récente, datant de 16 000 avant notre ère, porte une rare représentation féminine. Déjà à l’époque, l’image de la femme est un thème paneuropéen, il en existe de multiples déclinaisons, comme les statuettes. Mais ici il s’agit d’un pubis au triangle exagérément grand, et le dessin de deux cuisses : c’est une image assez atypique, complexe, que l’on retrouve de façon quasi identique à plus d’un millier de kilomètres, dans une grotte en Dordogne.
Était-ce une référence partagée, commune ? Cela soulève de nombreuses questions sur la circulation des symboles dans cette période très lointaine.
Charlotte Fauve. Télérama. Source (extraits)
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La Dordogne n’est pas à un milier de kilomètres du Gard, heureusement qu’il connaît mieux l’histoire que la géographie. Mais c’est une découverte étonnante, à cette époque là Camargue était sous les eaux et Bellegarde était très près de la mer