Enfin un peu de passion.

À Tréguennec (Finistère), nos amis les destructeurs associés veulent extraire du lithium.

Ce métal est utilisé dans les batteries de téléphones, d’ordinateurs, de bagnoles électriques. Nos vertueux dirigeants veulent du lithium made in France, tout comme le cornichon appelé Montebourg rêvait, dès 2014 – n’était-il pas ministre du Redressement productif ? -, d’ouvrir partout en France des mines d’or, de lithium…, éventuellement de charbon. Il annonçait même en fanfare la création de la Compagnie nationale des mines, qui n’a jamais vu le jour.

La désormais macroniste Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, prétend-on, veut exactement la même chose. Citation parfaitement montebourgeoise : « Lorsque nous avons du lithium surplace, il faut assumer de pouvoir l’extraire sur notre territoire parce qu’on va le faire dans de bonnes conditions. »

Et d’insister, en ministre de l’Économie qu’elle est avant tout, sur la nécessaire « souveraineté » de la France.

Fort bien. Une mine, donc, mais où ? Tréguennec, village bigouden de 350 habitants, borde l’océan Atlantique à l’ouest et les fabuleux marais de Trunvel au nord. Cette côte-là, les amis, est l’une des plus belles, car elle est vierge de ces centaines de milliers de baraques hideuses qu’on voit partout ailleurs. La mer immense, le sable et les dunes, des étendues de machair – un mot gaélique qui désigne des bords de mer fertiles -, des roselières où le phragmite aquatique -12 g dans la main – vient reprendre des forces avant de se lancer dans le grand voyage vers l’Afrique.

Des oiseaux de conte de fées, comme le héron pourpré, le blongios nain, la panure à moustaches, la rousserolle turdoïde, la rousserolle effarvatte, la locustelle luscinioïde, le phragmite des joncs et la bouscarle de Cetti, s’y reproduisent. Une partie du littoral de la baie d’Audierne – près de 2 500 hectares-fait partie, car c’est une évidence, du réseau européen dit Natura 2000, censé protéger le lieu de la folie ambiante.

Mais revenons au lithium.

Fort étrangement, les gens du cru refusent massivement l’arrivée du progrès, au point que le si responsable Télégramme- quotidien non gauchiste – évoque le retour d’une bataille de Plogoff, qui, dans les années 1970, avait empêché la construction d’une centrale nucléaire non loin de là. On souhaite du plaisir à Mme Pompili, car, pour commencer, le maire de Tréguennec, Stéphane Morel, ne paraît pas être du genre Bisounours.

Déclaration au Télégramme : « Le Pays bigouden n’est pas à vendre : même pour tout l’or blanc du monde […] Je dénonce les ravages de l’extraction minière et l’assure de façon catégorique : le lithium made in Tréguennec restera à 130 mètres de fond. Aucun enjeu économique n’est supérieur à celui de l’engagement écologique des élus du territoire. » Et enfin : « Il n’est pas question d’envisager, même une fraction de seconde, la création d’une mine d’extraction ».

C’est comme ça que l’on remporte des victoires. Des milliers de combattants sont déjà en état de préveille, et Charlie ne manquera pas d’aller les soutenir.

Mais ne s’agit-il pas d’un leurre ? Les Pompili and co n’ont-ils pas déjà anticipé la résistance ?

Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) recense plus de 40 sites favorables le long d’une diagonale qui va de la Bretagne au Massif central (1). Et les plus prometteurs se trouvent dans des endroits comme Beauvoir (Allier) ou Montebras (Creuse). Dans les deux cas, la bagarre y serait autrement difficile. Mais on verra.

Reste un énorme problème, qu’on abordera une autre fois. Le lithium ne pend pas des arbres. Ses mines au Chili, en Argentine, en Bolivie ont déjà provoqué des catastrophes écologiques : il faut par exemple laisser s’évaporer 2 millions de litres d’eau pour obtenir une tonne de lithium. Des territoires intouchés depuis la nuit des temps, souvent désertiques, sont ainsi dévastés. Et ne parlons pas des esclaves qui y (sur)vivent. Or qui veut des bagnoles électriques, des « smart »phones, des ordinateurs, des éoliennes ?


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 02/03/2022


1. infoterre.brgm fr/rapports/RP-6832 1-FR.pdf


2 réflexions sur “Enfin un peu de passion.

  1. jjbadeigtsorangefr 05/03/2022 / 11h05

    A Villeneuve-de-Berg (07) on a eu le gaz de schiste….
    On a résisté, on a gagné…

    • Libres jugements 05/03/2022 / 11h13

      Moralité lorsque la population de plusieurs département, s’empare d’un mal fait envers l’environnement et la salubrité des humains, elle manifeste en bloc, elle gagne souventlorsque plusieurs milliers sont dans la rue… sauf pour la retraite alors que les manifestants etaient là bien presents.

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