Montargis et la Préfète…

Les « libertés » d’une préfète…

Débauchée par Macron en mars 2021 de chez le promoteur Nexity, la préfète de la région Centre (Régine Engström) a promis qu’elle ne se mêlerait pas des sujets liés à son ancien employeur.

Un mail que nous avons consulté montre qu’elle a soutenu un projet immobilier de Nexity à Montargis contre la position des services de l’État.

Stéphane Bern, mobilisé sur le sujet, dit son indignation à Médiapart.

[…]

Le projet en question prévoit la destruction d’une partie de la caserne Gudin, bâtie au XIXe siècle et sous le régime de l’instance de classement aux monuments historiques, pour y construire une résidence seniors haut de gamme.

Alarmés, des défenseurs du patrimoine locaux et nationaux ont sollicité une protection au titre des monuments historiques. Ces derniers souhaitent un aménagement conservant la structure existante de l’édifice, composée d’un bâtiment central, dit de l’horloge, et deux ailes latérales, autour d’une place d’armes, au milieu d’un terrain de 5,6 hectares situé à deux pas du centre-ville de Montargis.

La préfète de région, […] a publiquement déclaré qu’elle s’était déportée du dossier pour éviter tout conflit d’intérêts avec Nexity, dont elle était la responsable des partenariats stratégiques et de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), siégeant au comité exécutif du groupe, avant de prendre ses fonctions préfectorales. 

[Sauf que] des éléments réunis par Médiapart prouvent l’implication directe de Régine Engström dans le dossier.

Le 4 octobre 2021, la préfète a ainsi personnellement décidé d’écrire à des membres du cabinet de la ministre de la culture Roselyne Bachelot pour contester les arguments des opposants à la destruction de la caserne, selon une copie du courriel que nous avons pu consulter. […]

Dans le courriel, la préfète met clairement en avant les arguments d’élus locaux, alliés de Nexity, contre les opposants au projet, ces derniers s’appuyant sur un message reçu trois mois avant emanant de] la commission régionale du patrimoine et de l’architecture (CRPA), instance experte indépendante placée auprès de la préfète de région, avait sollicité, le 29 juin 2021, la protection de la caserne Gudin, au grand dam des porteurs du projet immobilier.

Composée de 27 membres (fonctionnaires, élus et personnes qualifiées), la CRPA avait, à la quasi-unanimité, émis un avis favorable à l’inscription de l’édifice au titre des monuments historiques, rappelant qu’il constitue un « ensemble historique parfaitement conservé et cohérent ». Cette position rejoint celle de la conservation régionale des monuments historiques (CRMH) et de l’architecte des bâtiments de France (ABF), soucieux de préserver un ensemble construit en 1874 qui constitue aujourd’hui un des derniers exemples intègres des casernes bâties au lendemain de la défaite de 1870.

[…]

Questionnée pour savoir si les positions du [CRPA, CRMH et ABF] avaient été définie avec Régine Engström en amont de la réunion, ce qui serait contraire aux règles de déport, la secrétaire générale aux affaires régionales Florence Gouache, magistrate de formation, n’a pas répondu.

Le service de communication de la préfecture a toutefois précisé que la SGAR, comme le secrétaire général de la préfecture, ont « une liberté d’appréciation sur ce dossier, la préfète s’interdisant de leur donner toute orientation ou consigne quant à son instruction. »

[…]

Mais, alors que Nexity et des élus locaux ont intensifié leur campagne de lobbying auprès des pouvoirs publics, le dossier n’avance plus depuis l’été 2021. La préfecture n’a pas, à ce jour, signé l’arrêté d’inscription de l’édifice et le ministère de la culture semble temporiser à la veille des prochaines échéances électorales nationales.

Dans les circonstances actuelles, si la signature n’intervient pas dans les prochains mois, il suffit au promoteur d’attendre la fin de l’instance d’un an prise par le ministère, qui ne pourra pas être renouvelée après juillet 2022, pour pouvoir engager les travaux en démolissant la caserne.

[…]

Les élus ont-ils seulement chercher une alternative ?

La question se pose d’autant plus que le concours d’architectes lancé en 2019 n’a servi à rien, l’agglomération ayant signé en parallèle avec Nexity. « C’était pour faire rêver les gens », reconnaît sans ambages Benoît Digeon. Un « rêve » à 180 000 euros d’argent public, tout de même. Et sans aucun résultat puisque les solutions proposées par les architectes n’ont pas été retenues, ni même explorées. « C’était pour animer le fait qu’on avait acheté la caserne », complète l’édile, sans grande conviction.

Le montant de la transaction avec Nexity colle également mal avec les exigences économiques affichées par certains responsables politiques. Après avoir acheté la caserne 750 000 euros à l’État début 2019, l’agglomération a en effet signé  une promesse de vente avec Nexity pour un euro symbolique, le 3 juin 2019.

[…]


Antton Rouget. Médiapart. Titre original : « l’incroyable conflit d’intérêt de la pré fête de la région centre ». Source (Très courts extraits)


2 réflexions sur “Montargis et la Préfète…

  1. Danielle ROLLAT 01/02/2022 / 17h44

    Solidarité avec les défenseurs du patrimoine…

  2. jjbadeigtsorangefr 01/02/2022 / 23h01

    La machine à faire du fric ne s’arrête jamais, les acteurs d’une voracité inextinguible ont des complices partout.

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