L’art de tromper son monde…

Changer de nom !

Sonnez hautbois, l’UIPP devient Phyteis.

L’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), c’est l’ensemble des industriels des pesticides en France. La disparition des oiseaux et des insectes, les paysans atteints de Parkinson, c’est elle. Qui a tant de casseroles accrochées au derrière qu’on l’entend arriver depuis les enfers où elle vit. Mais l’heure est venue de changer. De changer de nom.

Ce sera donc Phyteis, mot charmant à vocation universelle, qui s’approprie au passage le divin Φυτοv des Grecs anciens – phyto – qui signifie d’abord la « plante ».

Ces excellentes personnes ont dû payer cher quelque communicant pour trouver ce mot ridicule, mais tel était le prix de leur nouvelle imagerie publicitaire. Phyteis s’engage. Phyteis ne parlera plus, comme tout le monde, que de dérèglement climatique et de biodiversité.

En se concentrant, derrière le rideau de fumée, sur une nouvelle industrialisation de l’agriculture, appuyée cette fois sur la numérisation accélérée des activités humaines – dénommée « agronomie digitale » – et les biotechnologies.

Au fait, qu’est-ce que le greenwashing ?

Une invention industrielle bien sûr, qui entend faire croire que l’on est devenu follement écologiste. Le mensonge est vieux comme le monde, mais on trouve dans les pionniers du greenwashing la Banque mondiale, qui feint de découvrir, au début des années 1980, les problèmes écologiques liés à ses activités. Et qui promet, il y a près de quarante ans, d’y remédier. Sans le moindre succès, comme l’on sait.

Parmi les « réussites » les plus exemplaires de greenwashing, on peut citer, en vrac, l’invention de l’oxymore « développement durable » par le prodigieux Maurice Strong (1), à la fois ponte de l’industrie pétrolière canadienne, fondateur du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE), sous-secrétaire général des Nations unies – à ce titre, il a ouvert en personne la conférence de Kyoto sur le climat en 1997 -, organisateur du premier Sommet de la Terre de Rio, en 1992.

Est-ce que cela marche? Oui, très bien.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo.23/02/2022


1. Fabrice-nicolino.com/?p=1256


2 réflexions sur “L’art de tromper son monde…

  1. jjbadeigtsorangefr 26/02/2022 / 22h34

    La duplicité de la nation passe par la fraude des mots,Platon toujours d’actualité………………

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.