… de l’interprétation aux fake news
Alors que Pétain est exilé, prisonnier à l’ile d’Yeu, que dans l’immédiate après-guerre le parti communiste ayant largement contribué à la résistance, est par ses ministres au pouvoir (la sécurité sociale issue du programme les gens heureux, les nationalisations, etc.), le souvenir de la politique de Vichy, des crimes de la collaboration bien que restant vivaces dans les années 45 – 50, se crée un comité pour la libération du Maréchal.
En avril 1950 le colonel Rémy lance un pavé dans la mare via un article publié dans l’hebdomadaire « Carrefour » : non seulement il reprend les thèses pétainistes mais sous-entend aussi que le général De Gaulle était partie prenante des décisions de Vichy. Le scandale est retentissant envers le colonel Rémy qui sera désavoué par De Gaulle.
Le colonel Rémy est un disciple de Maurras, un résistant pionnier de la lutte clandestine qui tout en vouant dès 1940 une haine féroce à Pétain, et bien que fulminant toujours en 1948, trouve par ses écrits son chemin de Damas, tout en restant fidèle à ses amitiés d’extrême droite.
Le général De Gaulle dira de lui qu’il est navré de la dérive « de ce pauvre Rémy » : « Il me paraît presque incroyable que quelqu’un comme lui et qui fut près de moi puisse mettre sur le même plan ce que nous avons fait, c’est-à-dire au total la guerre, et ce que Vichy a fait, c’est-à-dire au total la capitulation. »
Suite à la position du colonel Rémy, la droite et l’extrême droite favorable au vieux Maréchal reprennent une activité dans la l’écheveau politique entre un gaullisme social et les ministres communistes.
En 1951 un parti ouvertement pétainiste voit le jour : l’Union Nationale des Indépendants Républicains (UNIR). Le jeune Jean-Marie Le Pen s’occupe du service d’ordre de la campagne de son leader à Paris Me Isorni qui a été l’avocat du maréchal Pétain. Il fut élu député en 1951 en même temps que se renouvelait l’hémicycle avec des élus de droites et d’extrêmes droites. Pinay est nommé président du conseil. Il fera adopter la loi de 1953 décrétant une amnistie générale.
En 1954 paraît l’« histoire de Vichy » par Robert Aron (à cette époque, petit écrivain vivant chichement de sa plume). Aron n’est ni historien de métier ni chercheur. Il a rédigé ce livre dans l’urgence entre deux commandes.
L’« histoire de Vichy » est un livre essentiellement limité aux souvenirs et justifications publiées par les nombreux acteurs de la période, ainsi que la sténographie, des procès devant la haute cour de l’ensemble des ministres et secrétaires généraux de Vichy.
La question de la politique antijuive est encore considérée dans ses années là, comme marginale et les rafles de l’été 1942 ne font l’objet que de deux pages (sur les 750 pages que compte l’« histoire de Vichy »). Un livre au demeurant remplies d’erreurs (les dates et chiffres cités sont presque tous faux) et dans lequel le lecteur peut apprendre que « Pétain [aurait arrêter] ce déshonneur dont se serait rendu coupable Pierre Laval en livrant en masse les juifs étrangers » aux nazis même si « arithmétiquement parlant » le chef du gouvernement « a peut-être sauvé des vies humaines »…
Rappelons que Robert Aron est avant tout un théoricien du personnalisme et figure du mouvement Ordre Nouveau. Il fait rallier dans les années 1930 à la fois contre « l’esprit se totalitaire » et l’« esprit démocratique ». Peu après la conférence de Munich, il publia ce texte :
Comment traiter avec Hitler ? D’abord, en étant persuadé qu’il est utile de causer, c’est-à-dire qu’il dépend de nous, de notre attitude envers lui, que Hitler se raidisse devant la France dans une attitude hostile, ou qu’il prenne à notre égard une attitude d’estime, peut-être même de confiance […]
Nous pouvons proposer à l’Europe et à l’Allemagne les principes d’une organisation nouvelle totale peut avoir besoin.
Article écrit d’après des extraits du livre de Laurent Joly « La falsification de l’histoire ». Ed. Grasset.
Excellent article qui remet les choses au point, Aron et ses oublis, les nostalgiques de l’état français (et non la république !) avec le parti d’Isorni et Le Pen, tristes sires
« Maréchal » est de trop devant Pétain qui a été déchu et jamais amnistié.
Les équilibristes qui veulent changer l’histoire se sentent obligés de la falsifier.
Pétain a été un collaborateur et le parti communiste a été surnommé « le parti des fusillés ».
Que l’on se pose la question de savoir qui était fusillé et qui fusillait.
Vous avez la réponse avec, entre autres, les actions de la milice, de la police aux ordres………
Bonjour. Dans la famille Aron je n’aime pas plus le Raymond que le Robert mais je me demande si en fin d’article le logiciel n’a pas glissé de l’un à l’autre
Grand merci Luc pour cette observation et suggestion de rectification fort judicieuse — faite d’ailleurs dans la foulée.
Effectivement, j’utilise un logiciel de dictée et ne fais pas assez de relecture ensuite… Mea culpa.
Encore merci.
Amitiès
Michel
Michel c’est à… nous, de te remercier de ton travail, et de ces articles dont sinon (en ce qui me concerne) nous n’aurions pas connaissance !
Bien amicalement
Luc
je me souviens d’un fait divers datant de juillet 1972 ou 73 et dont on avait à l’époque beaucoup parlé : nous étions en vacances en Vendée, à Fromentine les mois de juillet 71 à 74. cette station familiale bénéficie d’un pont menant à Noirmoutier et d’un embarcadère menant aux iles, dont l’ile d’Yeu. Un matin, vers 11 heures, en achetant les journaux (dont l’Equipe..) au marchand ambulant sur la plage, nous avons appris et lu dans la presse qu’un commando avait déterré le cercueil de PETAIN et transporté (je ne sais plus où) … branle bas de combat : Eventails des réactions entendues : j’menfoutisme, applaudissements, indifférence, colère et indignation, tristesse … et organisation d’un rassemblement devant le monument aux morts… Atterés nous avons changé de plage !