L’emprunt à Maurras. Voir aussi LIEN
Ce qui caractérise l’auteur du « Suicide français » et ses « détournements » de l’histoire fait filiation avec la tradition maurassienne et de la théorie simple de Maurras : « si l’on parvient à imposer une interprétation du passé, on peut être en mesure d’imposer des idées », assénait ce dernier, maître de l’action française.
Ainsi le candidat Zemmour comme Maurras avant lui comme Drumont, l’auteur de la France juive (1886) qui se présentait sous les traits d’un « historien social », assure n’être qu’un observateur, froid et dépassionné, des faits.
La profondeur historique dont il se targue, suscite l’admiration d’un certain public a priori cultivé. Public dont il entend se constituer un précieux atout électoral. (« c’est justement parce que j’ai le cerveau ancré dans un passé lointain que je peux voir ce qui va arriver, car tout ça est déjà arrivé » – interview de E.Z., « Valeurs Actuelles » 29 septembre 2021).
- D’un côté, une l’histoire officielle, celle des spécialistes appointés.
- De l’autre, le polémiste, accusant les spécialistes d’être des usurpateurs tout-puissant.
Lui prétend citer l’« histoire » contre « la propagande », « le savoir », contre « l’ignorance », en ne cessant de donner des leçons à ses interlocuteurs (dixit « c’est plus compliqué qu’on ne le pense », « il faut se remettre dans le contexte », etc.).
Une prétention signifiant « vous avez mal lu, moi, je suis là pour vous… dire le vrai, au nom de l’histoire ». C’est donc l’« Histoire » selon « un décryptage personnalisé ».
Voilà une position qui mérite un examen attentif, pièces et références authentifiées en mains.
Dreyfus.
« Face à l’info », CNews le 15/10/2020, le polémiste affirme que l’on ne « saura jamais » (première énormité) si le capitaine Dreyfus était « innocent », ajoutant (deuxième énormité) que le malheureux officier était avant tout attaqué comme « allemand » et « pas tellement en tant que juif ». C’est bien sûr contre le « traître juif » que la presse nationaliste de l’époque se déchaînait surtout. (consulter à ce sujet la collection périodiquement mise en ligne de la Bibliothèque Nationale Française – BNF. Voir aussi, le décryptage de Marc Knobel, en ligne, « Revue des deux mondes », 22/10/2021 et rappelons enfin que le Capitaine Dreyfus a été, en son temps, réhabilité dans ses droits et fonctions.)
Pétain.
Non seulement assure E. Z., le régime de Vichy n’a commis aucun « crime » en livrant aux nazis des dizaines de milliers de juifs promis à la mort, mais ce qui est « criminel », c’est la reconnaissance du rôle de l’État français dans la Shoah par le président Chirac lors de son fameux discours du 16/07/1995 : dixit « on essaie de culpabiliser le peuple français en permanence pour qu’il se soumet à l’invasion migratoire et l’islamisation du pays », a-t-il déploré sur Europe 1 le 26/09/2021.
Encore un pour qui la Shoah est un détail de l’histoire… MC
Article écrit d’après des extraits du livre de Laurent Joly « La falsification de l’histoire ». Ed. Grasset.
Cette reconstruction de l’histoire par un candidat à l’élection présidentielle est très inquiétante.
Un jour Zemmour sera un détail de l’histoire, à nous de contribuer à ce que cet étron foireux les soit le plus vite possible.
D’ordinaire je suis pleinement d’accord avec Laurent Joly mais là je le trouve trop indulgent avec les historiens « de métier » : car ce sont eux, qui dans le secteur Histoire contemporaine et à la faveur de la reprise en mains idéologique qui a suivi la grande peur qu’avait été en haut lieu mai 68, ont mis en avant du côté de Sciences-Po notamment les slogans tels que « c’est plus compliqué que l’on ne le pense », « il faut se remettre dans le contexte » (j’ai souvenir aussi de « tout n’est pas blanc tout n’est pas noir ») dans lesquels le nommé Zemmour, ex-étudiant à Sciences-Po, peut aujourd’hui faire son marché.