Les commissions d’enquête parlementaires ont au moins une vertu : nous faire rire.
Les travaux que mène actuellement le Sénat sur la concentration des médias n’ont pas dérogé à la règle, surtout quand est venu le temps d’interroger Vincent Bolloré et Bernard Arnault.
Le spectacle offert par ces deux milliardaires, qui n’ont décidément de respect pour le Parlement que lorsqu’il arrange leurs affaires, fut des plus divertissants.
Un peu comme le cirque du dimanche à la télé. Ou, jadis, « Les Guignols de l’info », que Bolloré a supprimés.
C’est d’ailleurs le clown Bolloré qui, le premier, est entré en scène (19/1). Face aux sénateurs, son numéro d’ouverture a beaucoup impressionné. « Je réponds à titre individuel. Je n’ai aucun titre », a marmonné le patron de Vivendi, simple propriétaire des maisons Lagardère (Europe 1,le « JDD », « Paris Match ») et Canal Plus (C8, CNews), ainsi que du premier groupe de presse magazine (Prisma).
Plus bouleversant encore : « Ma capacité personnelle à imposer des choses n’est pas très importante », a gémi Bolloré, ajoutant que « le groupe Vivendi (…) [était] un petit nain ». Jusqu’au clou du spectacle : « Je n’ai pas le pouvoir de nommer qui que ce soit à l’intérieur des chaînes ». Mais, bizarrement, il a le pouvoir d’en virer qui il veut.
Bolloré a placé la barre haut, mais l’autre comique, Bernard Arnault, ne s’est pas laissé faire.
Dès le lendemain, le proprio des « Echos », du « Parisien », de Radio Classique et autres s’est excusé de demander pardon. « Cette activité n’est pas ma spécialité, j’y consacre peu de temps », a murmuré celui qui vient de passer des mois à tenter de mettre la main sur le groupe Lagardère pour le compte de son ami Macron.
Arnault rangerait même son activité « du côté du mécénat ». Et ce philanthrope acheteur de journaux d’expliquer, touchant : « Il nous est apparu dans l’intérêt général de le faire. Sinon, certains titres n’auraient pas survécu. »
Nos deux mères Teresa des médias sont tout aussi distrayantes lorsqu’il s’agit d’évoquer leur influence politique. Mais, dans ce domaine, le sketch de Bolloré, producteur et metteur en scène de Zemmour, a dépassé toutes les espérances.
CNews ? « Ce n’est pas une chaîne d’opinion (…), il n’y a aucune idéologie politique. » D’ailleurs, a dit Bolloré, « je n’ai aucune idéologie politique. Dans mon ADN, en dehors du fait que j’ai toujours dit que j’étais démocrate-chrétien, la seule chose que l’on peut trouver, c’est la liberté ».
C’est à ce moment précis que David Assouline, le rapporteur PS de la commission, a mis fin à son numéro : « Est-ce que le racisme et le négationnisme sont des valeurs démocrates-chrétiennes ? »
Assouline n’aime pas les clowns ou quoi ?
Article signé des initiales C.N. – Le Canard Enchainé – 26/01/2022
« Faut-il pleurer, faut-il en rire ? »…
Le courage politique de ces milliardaires n’est pas leur première vertu.
L’intelligence, et il n’en manquent pas, fait que l’achat de quelque chose nourrit la volonté de son usage.
Un cul de jatte n’achète pas une paire de chaussures, ces puristes achèteraient des journaux et autres médias pour rien ?
Conjuguer le verbe « se foutre de la gueule des gens » à tous les temps est bien leur credo.
Bolloré le catho-facho qui s’ignore a voulu se payer, gratuitement, la tête de la commission d’enquête, il en reçut une petite tape sur le doigts et continue en attendant de diffuser son venin.