A Canal, Bolloré fait la Police

Le milliardaire a posé en semi-retraité devant le Sénat, mais, dans la dernière série de la chaîne comme dans ses films, il ne joue pas les figurants… (Voir lien)

Mais puisqu’il vous dit qu’il n’intervient sur rien !

Vincent Bolloré l’a juré lors de son audition au Sénat : dans son ch’tit groupe de médias, il n’endosse qu’un ch’tit rôle de « conseiller ». Pas son genre de jouer les censeurs et de fourrer son nez partout.

Du côté de Canal Plus, cette jolie fable fait rire (jaune), tandis que le tournage de « Paris Police », une série maison, tourne au psychodrame.

La saison 2 devait notamment évoquer la séparation de l’Église et de l’État en 1905, mais le sujet donne de l’urticaire au très pieux Bolloré. « Il a fallu récrire le scénario, l’équipe est sous une pression monstre », raconte un protagoniste. À quelques jours du tournage, qui a débuté le 24 janvier, Fabien Nury, le créateur de la série, suait toujours sur l’écriture des épisodes… Interrogée par « Le Canard », la direction du groupe Canal, elle, ne « fait pas de commentaire ». Juste des génuflexions ?

« Avec Bolloré, tout ce qui tourne autour de la religion ou de l’homosexualité, c’est compliqué », raconte une ancienne responsable de la chaîne. En 2019, le financement de « Grâce à Dieu », le film de François Ozon qui traite de la pédophilie au sein de l’Église, avait déjà été annulé sur intervention de « Bollo », a raconté « Le Monde » (17/11). Le long-métrage, depuis, a trouvé des sous ailleurs et a connu une belle carrière.

Avant cela, « Lourdes », une série des frères Larrieu, avait, elle aussi, été biffée d’un trait de plume. « Le projet était en partie financé, l’écriture avait commencé, mais, au moment du « green light » (le « feu vert » final), Bolloré a dit non, raconte un acteur de l’époque. C’était un polar, mais le titre le dérangeait, il ne voulait pas que ça porte ombrage à la ville et aux pèlerinages. » Car, pour un semi-retraité, comme il s’est décrit devant le Sénat, le milliardaire reste du genre hyperactif.

Un fauteuil pour un

Il rôde encore dans l’arrière-cuisine, assistant personnellement à tous les comités de financement des films, séries ou documentaires de Canal (sauf pour les petits budgets… ), soit jusqu’à deux réunions par mois, au cours desquelles est accordé (ou non) le fameux « green light ».

« Certains films se sont fait déglinguer, comme « 12 Jours », de Raymond Depardon, raconte un participant. Ce n’était pas la tasse de thé de Bolloré car Depardon a fait la photo de Hollande quand celui-ci était président. » À l’inverse, « Merci patron ! », le film de François Ruffin sur Bernard Arnault, a eu droit sans problème à une « prime au succès » « parce que ça faisait chier Arnault », se marre la même source.

Pour une huile de Canal, le milliardaire veille surtout au grain… financier : « Quand il est arrivé, certains films avaient des budgets un peu délirants. Il voulait rationaliser tout ça. » Alléluia ! Bolloré a pourtant quitté la présidence du conseil de surveillance de Vivendi en 2018, en claironnant qu’il passait progressivement la main.

Mais il y a gardé (ça ne s’invente pas) un poste de… « censeur » (« conseiller »). Un censeur qui sait être discret : « Il n’y a jamais de traces écrites de sa présence aux comités, jamais de mails, remarque un membre de la chaîne, tout se fait à l’oral. »

De simples petites causeries entre amis…


Isabelle Barré. Le Canard Enchaîné. 26/01/2022


Une réflexion sur “A Canal, Bolloré fait la Police

  1. bernarddominik 31/01/2022 / 20:10

    Bientôt il va imposer le crucifix dans les salles de rédaction ?