Simplification proclamait Macron …

Lorsque la sémantique vient au secours du gouvernement… démonstration. MC

  • Le gouvernement a fait de l’universalité l’un des principes-clés de sa réforme des retraites : que faut-il entendre par là ?

Michel Borgetto. En matière de protection sociale, le principe d’universalité donne lieu à plusieurs usages ou acceptions. Dans son acception la plus courante, il se trouve le plus souvent associé à celui de généralisation ; il renvoie alors au mouvement ayant consisté à ouvrir à l’ensemble de la population (et non pas aux seuls travailleurs) le bénéfice de la couverture contre un nombre étendu de risques sociaux (maladie, vieillesse, etc.).

Dans une acception plus technique, il désigne le régime juridique de la prestation servie à l’individu : celle-ci étant considérée comme universelle lorsque son bénéfice est ouvert à tous et n’est pas subordonné à une condition de ressources.

Dire que la réforme a pour objet d’instituer un régime « universel » de retraite apparaît, dans cette perspective, quelque peu discutable : cette réforme se proposant non pas d’étendre la couverture du risque vieillesse à des personnes qui, jusqu’alors, n’en bénéficiaient pas mais bien plutôt – ce qui n’est pas du tout la même chose – d’instituer un régime unique ou, pour reprendre la formule du rapport Delevoye, un « système commun à tous les Français »

  • Cet objectif d’universalité n’est-il pas en train d’être abandonné, compte tenu des aménagements successifs qui ont été annoncés pour répondre à des attentes catégorielles ou sectorielles ?

Les promoteurs de la réforme entendent accréditer une idée-force : celle selon laquelle ladite réforme serait porteuse d’égalité. De là, la reprise à satiété de la fameuse formule : « Un euro cotisé doit donner les mêmes droits pour tous »

En réalité, le fait que tous soient soumis à un même et unique régime présenté comme universel ne signifie nullement que soit consacré, ipso facto, le principe d’égalité.

On est en présence, ici, d’un débat classique, bien connu des juristes. Ou bien la règle est identique pour tous, quelles que soient les différences de situation ; mais se trouve alors consacrée une égalité purement formelle et abstraite, aux antipodes de ce qu’exigerait une égalité bien comprise (c’est-à-dire réelle et concrète). Ou bien on entend, au contraire, tenir compte de la particularité des situations, mais on est alors conduit à opérer un grand nombre de différenciations, mettant à mal l’égalité formelle induite par l’universalité.

C’est ce que les pouvoirs publics ont, semble-t-il, compris, en annonçant des règles spécifiques pour les militaires, les policiers, gendarmes, pompiers, contrôleurs aériens, personnels pénitentiaires, etc. Reste cependant à se demander si la construction d’un système comportant autant d’exceptions a encore un sens au regard des objectifs censés le justifier…

  • Le gouvernement fait valoir qu’universalité ne veut pas dire uniformité. N’est-ce pas un artifice pour habiller des concessions faites aux catégories les plus résolues à maintenir des dérogations à leur avantage ?

Sur ce point, le gouvernement a raison : universalité ne signifie pas uniformité. […]

  • L’objectif de lisibilité et de simplification, qui est également recherché à travers cette réforme, ne risque-t-il pas d’être perdu de vue ?

A l’évidence, oui ! Perdu de vue non […] Autrement dit : si chacun, à l’heure actuelle, peut connaître, à partir de ses annuités de cotisations, quel sera le montant de sa pension, il n’en va pas de même, en revanche, du pensionné du régime à points : puisque ce montant sera entièrement fonction de la valeur du point


Propos recueillis par Bertrand Bissuel. Le Monde titre original de l’article : «« Michel Borgetto « L’objectif de simplification est perdu de vue » ». Source (extrait)


4 réflexions sur “Simplification proclamait Macron …

  1. bernarddominik 03/01/2020 / 8h48

    Une précision un régime est ouvert à tous et universel non seulement s’il n’est pas lié à des conditions de ressources mais aussi s’il n’est pas lié à une position sociale (encore appelée statut), un métier un sexe un âge une race. Ce qui modifie considérablement la démonstration. Notamment sur la question du statut social. Réserver des droits spécifiques à partir d’un statut social est contraire à l’universalité.

  2. bernarddominik 03/01/2020 / 8h53

    Une précision aussi: la réforme proposée par Macron n’est pas universelle, puisque ses exceptions sont dues à un statut, non à une notion de pénibilité ou de dangerosité ou de handicap

  3. bernarddominik 03/01/2020 / 9h57

    J’étais pour la réforme des retraites telle que proposée à l’origine. Mais le diable se cache dans les détails, et découvrant le texte final, avec ses limites (5 milliards de moins de recettes immédiatement pour une limitation des hautes pensions dans 30 ans par exemple), ses exemptions, ses exceptions, je ne peux que constater que c’est une vaste arnaque, bien dans le style de Macron.

    • Libres jugements 03/01/2020 / 12h24

      Bonjour Bernard,
      Un grand merci pour ce commentaire qui remet effectivement les choses à leur place.
      Il y a loin de l’annonce à la réalité, un certain nombre d’économistes et les syndicats avaient vu la manœuvre. Pourtant longtemps ces derniers, n’ont pas été entendu, L’impossibilité de mettre en évidence un « calculateur » des futures montant de retraite selon le projet Macron, affirme bien l’entourloupe.
      Fraternellement
      Michel

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