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Fiona Schmidt décortique avec beaucoup d’esprit et d’humour tous les stéréotypes que les femmes doivent affronter lorsqu’elles deviennent mères ou pire encore, lorsqu’elles ne le deviennent jamais. Comme elle.

  • Comment l’envie d’écrire un livre sur la maternité t’est-elle venue?

Ça faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire un livre sur mon désir de ne pas être mère  […] et je m’étonnais que ça pose des problèmes à tout le monde, sauf à moi. Je voulais comprendre pourquoi. Au fil de mes recherches, je me suis rendu compte que c’était lié au fait que je cochais toutes les cases du bingo procréatif -hétéro blanche cisgenre en couple stable CSP+- et que la maternité définissait le “fémininement correct”. Même si être mère ne suffit pas puisqu’après on est supposées remplir les cases du bingo éducatif! […]

  • Tu n’as pas d’enfant, tu n’en as jamais voulu, comment vis-tu le fait de devoir te justifier en permanence de ce choix? 

Personne ne demande aux (futures) mères pourquoi elles ont voulu un enfant, en revanche tout le monde veut savoir pourquoi une femme qui n’a pas d’enfant n’en a pas. Et les explications, quelles qu’elles soient, ne conviennent jamais. […]

  • Tu as créé il y a quelques mois un compte Instagram, qui s’appelle Bordel de mères et tu y parles beaucoup de la “charge maternelle”. Peux-tu nous expliquer ce que c’est? 

C’est l’idée profondément incrustée dans l’inconscient collectif selon laquelle une femme doit être mère, et ensuite une bonne mère selon des critères de plus en plus arbitraires, rigides et contradictoires. 

Dans ce livre, tu remets en cause tes propres préjugés sur la maternité, qui ont parfois été sexistes. Quel a été ton cheminement?

[…] Pendant longtemps, je ne me suis pas sentie autorisée à réfléchir à ces questions car je me disais que le féminisme était réservé aux gens qui avaient lu Simone de Beauvoir. J’ai eu un déclic à la lecture du livre de Roxane Gay en 2015, Bad Feminist: elle y explique que les idées féministes appartiennent à tout le monde et j’ai réussi à me les approprier au fur et à mesure. 

[…]

  • Ton objectif est-il de rassembler les femmes, qu’elles soient mères ou pas? 

[…] Depuis qu’elle n’est plus une fatalité ou une conséquence du mariage, mais un projet, c’est logique que les femmes s’y investissent davantage. Il y a donc de plus de plus de littérature sur le sujet, […], de modes d’emploi de la grossesse, des enfants; et je crois que cette masse d’informations, souvent contradictoires, provoque une énorme insécurité chez les femmes. […]

  • Cette image idyllique de la maternité véhiculée sur les réseaux sociaux, quel impact a-t-elle sur les femmes?

Pour celles qui ont du mal à prendre du recul, c’est extrêmement toxique. […]

  • Revendiquer un non-désir d’enfant, est-ce un combat féministe?

[…] Le fait de ne pas vouloir d’enfant et de se considérer comme une femme, c’est une manière d’affirmer qu’une autre voie de la féminité est possible, qu’elle n’est pas réduite à la productivité de nos ovaires et de notre utérus. […]

[…]

  • Les temps sont-ils en train de changer ?

Le féminisme consiste à être optimiste, donc je dirais que oui, les temps changent!

  • En quoi la sororité peut-elle être l’antidote à la charge maternelle? 

La charge maternelle divise les genres et les femmes. Il ne tient qu’à nous pour que ça cesse, ça fait 50 ans qu’on est censées avoir le choix d’être mère ou pas, et il faut qu’on admette que les options choisies par chacune peuvent cohabiter. Le fait que je n’aie pas d’enfant n’empêche pas ma voisine d’en avoir un ou plusieurs. Aucune d’entre nous ne détient la vérité universelle. Et quand on comprend que notre choix n’est pas la vérité universelle, ça signifie qu’on a le droit de se planter et ça, ça détend vachement! 


Propos recueillis par Julia Tissier. ChEEk Magazine. Titre original : « FIONA SCHMIDT veut qu’on “lâche l’utérus” de toutes les femmes et c’est une excellente chose ». Source (extrait)


Petite note rapide. C’est avec ce genre de propos que l’on voit que la société a énormément évoluée… Maintenant est-ce une bonne ou mauvaise chose, telle est la question qui plane de plus en plus ? MC