La montée des populismes

Deux intellectuels décryptent …

Note : Cet article est paru en 2016 a la même époque … comme quoi les années passent et rien ne change … voir ce qui se passe en Allemagne ! Libre à chacun d’avoir des avis sur les sujets autre que ceux exprimés dans l’article du Monde.  MC

L’impact des mouvements populistes.

Dominique Reynié : « Il y a moins de dix ans, seuls quelques partis pouvaient être qualifiés de populistes en Europe ; aujourd’hui, on compte plus de 55 partis. Dans les grands pays européens, ces formations sont en mesure de peser fortement sur la politique. En Allemagne, l’AfD est en train de peser sur le discours de la chancelière Angela Merkel sur les réfugiés. En Italie, le Mouvement 5 étoiles a une influence importante sur le jeu politique. Au Royaume-Uni, les populistes ont apporté une contribution significative lors du référendum sur le Brexit. (…)

L’affaiblissement de l’idée démocratique.

Gilles Finchelstein : « Le sentiment que la démocratie elle-même ne fonctionne pas bien est massivement partagé par les trois quarts des Français. L’élément nouveau, que nous avons testé depuis trois ans, c’est que l’idée même de la démocratie est abîmée ».

Une des questions que nous posons chaque année est : « Est-ce que vous considérez que la démocratie est le meilleur des systèmes ou qu’un autre système pourrait s’y substituer ?

” Ce qui est frappant, c’est que la proportion de ceux qui répondent qu’un autre système pourrait s’y substituer progresse et atteint aujourd’hui des niveaux significatifs. 30 % des Français le pensent déjà dans la dernière enquête, réalisée en avril, dont 50 % chez les partisans du Front national. »

Les origines diverses du populisme.

Gilles Finchelstein :  » Pendant longtemps, on a fait, particulièrement en France, une erreur d’analyse sur la nature de ce populisme, dont l’origine proviendrait principalement des difficultés économiques et sociales dans lesquelles nous nous trouvons. Les exemples de l’Autriche, des Etats-Unis, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suisse, montrent que le populisme gagne également du terrain dans des pays prospères économiquement et avec un niveau d’inégalités relativement faible. Il faut souligner que l’ampleur, la rapidité des mutations dont nous sommes les contemporains, liées à la mondialisation et à la numérisation de nos économies, produit un trouble chez beaucoup de citoyens, qui ne savent plus se repérer, se situer, qui ne voient pas où est leur avenir dans ce monde-là. « 

Le piège de l’identité.

Dominique Reynié : « Je considère que nous ne devons pas parler d’identité. L’identité existe pour les individus, pas pour les nations. Si nous cherchons l’identité d’une nation, nous allons nous raconter des histoires. Cherchons plutôt ce qui est “un” dans une nation, pour déboucher sur des valeurs qui peuvent faire l’objet de compromis. »

Gilles Finchelstein : « La manière dont a été posé le débat sur l’identité depuis une dizaine d’années souffre du fait qu’on enferme l’identité dans la nostalgie et qu’on ne regarde pas la France telle qu’elle est aujourd’hui. Pendant longtemps, on a reproché à la gauche d’être dans le déni des réalités sur les questions économiques et sociales. Là, il y a une partie de la droite qui est dans le déni des réalités sur ce qu’est la réalité de la France d’aujourd’hui dans sa diversité. »


Le Monde – Propos recueillis par Philippe Escande et Vincent Giret– Source


 

10 réflexions sur “La montée des populismes

  1. wurtzele1 27/09/2017 / 7h27

    Les arguments de ces « intellectuels » sont sidérants, les bras m’en tombent! Que viennent faire les sentiments dans une réflexion de ce type?
    En France, comme presque partout, la démocratie reste une farce évidente.
    L’identité existe bien pour les notions, sans elle, la notion n’existerait pas.
    L’identité c’est « l’identifiable » et comme pour l’individu elle reste diverse et variable.
    Le délit de réalité est également une évidence et pas seulement pour la gauche elle est manifestée par les croyances philosophiques, religieuses, les sentiments qui sont assenées comme des vérités.

    Dans ce monde d’autistes schizophrènes à l’ego surgonfllé, je ne suis pas certain que le compromis puisse aboutir à quoi que ce soit d’émancipateur.

    • Libre jugement 27/09/2017 / 11h20

      Votre interpellation est le reflet d’un positionnement vis à vis du thème de l’article et de les écrire vous honore.
      Pour autant ces thèmes ne sont-ils pas véhiculés dans l’esprit de la population, infusés par les médias d’une part et d’autre part c’est l’avis d’intellectuels et chacune, chacun, peut avoir d’autres approches sur ce thème.
      Bien cordialement

      • wurtzele1 27/09/2017 / 16h15

        Ce n’est pas tant sur le thème que je m’exprime, mais sur le référentiel qui sert à ces intellos pour avancer ces choses.
        Dans le jeu des tiroirs, il n’est nul besoin de remonter loin, ce sont des positionnements qui ne visent qu’à enrichir l’émotionnel ou l’irrationnel.
        Si je me devais de me positionner par rapport aux thèmes du billet, je ne suis pas certain d’y arriver, car il faudrait au préalable poser des bases d’une réflexion qui endommagerait de nombreux « pré-requis » de Gauche comme de Droite.

            • Libre jugement 28/09/2017 / 10h05

              Alors cher blogueur, ce n’est pas vous que je convaincrait de mes démarches pour sélectionner des articles, soient volontairement polémistes (et assumés dans ce cas), soient présentant l’info sous plusieurs versions.
              Dans le cas de cet article sur le populisme, je suis bien d’accord qu’il y a bon nombre d’arguments de toutes origines, obédiences et dissertations diverses, pouvant porter un regard « déplacé » sur ce sujet.
              Reste que la montée de l’extrême droite dans le monde et plus particulièrement en Europe, est très inquiétante et ne peut-etre réglée ni d’un revers de main ni sur la base d’articles; il faudrait une prise de conscience générale, hors tous partis politiques ou de « leader » pour »désamorcer ce mouvement avant tout « grossi » par des contestataires ne trouvant plus place dans la « politique ou syndicats » tout comme il fait les choux-gras des médias.
              Pour le moment l’ensemble des populations européennes est loin de s’emparer du sujet, prisent par les difficultés d’une vie de plus en plus laborieuse pour les salariés et largement entamés pour les retraités.
              Avec mes salutations

  2. wurtzele1 28/09/2017 / 19h42

    Homme de gauche, je ne trouve pas votre blog polémiste, mais au contraire très consensuel.
    Polémiste serait par exemple d’afficher dans nos propres rangs une responsabilité effective à la montée de l’extrême droite.., ce que je pense très sincèrement. La polémique se mesure à l’aulne des commentaires ardents et difficilement contrôlables.
    La gauche a joué avec l’épouvantail en premier pour faire gagner les élections sur un choix émotionnel. Engraissé par nos soins la bestiole a pris du poids et nos méthodes. Maintenant, la gauche est devenue l’idiot utile des libéraux qui utilisent la même recette gagnante contre une gauche démunie et moribonde.
    La gauche s’incarne alors dans un mouvement populaire qui a hérité de la même machine à perdre, car calqué sur une philosophie qui n’a rien à envier aux croyances religieuses. Les gens de gauche anonent leur catéchisme sans réelle réflexion à décharge. On empile un positivisme nauséeux tartiné à la sauce new-age. Pourtant, j’ai été aux premières heures grossir les rangs sous la bannière « touche pas à mon pote ». A force, il serait temps d’en comprendre les mécanismes. Il ne faut pas sortir de St-Cyr pour visualiser l’articulation qui fait que l’on perd plus de forces vives à combattre contre quelque chose, qu’en se battant pour quelque chose.
    L’épouvantail n’a toujours été qu’un leurre et le racisme est bien plus pervers de nos jours que par le passé, car on a perdu en liberté d’expression.
    La haine est de notre responsabilité et si vous voulez présenter les habituels arguments moisis pour entretenir ce combat, je suis près à les déconstruire un par un. Le racisme est un sujet que j’observe de longue date, j’ai même tenté un billet que je voulais polémiste et qui finalement est malheureusement également trop consensuel. Être raciste est une connerie monumentale, mais on ne combat pas la connerie en la criminalisant.
    Que la droite empile les croyances idéologiques pourries, c’est l’ordre habituel; pour la gauche, la remise en question est urgente, elle a su s’adapter jusqu’à la dernière guerre mondiale puis honteuse de ses travers à épousé les délires Gandhïstes et Tolstoïens qui l’ont moucheté comme on mouchette la pointe d’une épée pour la rendre inoffensive…
    On a perdu la rue et avec elle, une certaine légitimité… (Je résume).
    Pourtant, malgré mes critiques acérés, je voterai toujours à gauche, car en face ils sont encore moins réalistes sur ce qui reste essentiel. J’ai une grande affection pour Mélenchon, par ses facultés de stratège éclairé a su remettre la gauche en selle c’est une véritable prouesse qui sans lui serait tombé dans des profondeurs insondables depuis que le PS à été atomisé par Hollande.
    Il nous faut sortir de la pensée prémâchée et effacer ce qui a prêté vie a notre Golem et tenter quelque chose de plus constructif!

    • Libre jugement 29/09/2017 / 11h02

      Que voilà de quoi cogiter.
      Merci pour ce long exposé.
      Ce n’est pas d’aujourd’hui que je constate que Mai 68 a fait par la suite plus de mal a la société et la socialisation française. L’avenemnt du crédit a la consommation pour tous est un des aliénants des revendications et conséquemment de la perte d’audiences syndicales tout comme leur multiplication voulue par le patronat, ensuite nous, parents « des 30 glorieuses », n’avons cessé de prôner a l’initiative d’une Françoise Dolto d’initié nos enfants a l’individualisme et contribué ainsi a déstructurer la socialisation, la construction commune, la solidarité en un mot entériné le chacun pour soi qui sied si bien et fait la fortune a nos entrepreneurs et dirigeants politiques.

      Un dernier point, J’ai reçu une éducation (de l’immédiat après-guerre né en 41) dans le culte rouge d’une de ces banlieues rouges, qui s’enorgueillit longtemps (plus de 70 ans) d’être communiste et d’avoir une gestion solidaire, égalitaire et répartitrice des valeurs humaines.
      Il m’en reste bien évidemment, une façon de penser la solidarité en homme et conviction « de gauche ». Pour autant, je reste persuadé que le totalitarisme/collectiviste ne fait pas « la joie des peuples » tout en ne pouvant admettre le diktat du monde de la finance et essayant dans mon petit domaine, de la combattre (eh oui, il y a du Don Quichotte qui sommeil en moi, combattre les moulins n’est pas vain), reste que pour distiller l’information, il me semble plus judicieux de mettre en opposition deux thèses ou deux infos argumentées plutôt que d’affirmer une vision directive. C’est donc un choix assumé qui me fait être consensuel en infos sur ce blog

  3. wurtzele1 30/09/2017 / 16h51

    L’après guerre était une période trouble qui a occulté (fort heureusement) des faits français peu glorieux concernant une grande partie de la gauche sous l’occupation. Comme ce n’est pas le sujet, je ne fais qu’évoquer ce qui reste néanmoins connu de certains.

    Oui, nous avons également participé à désocialiser les Français, mai 68 aura au moins libéré sexuellement .., c’est déjà beaucoup. Il n’y a que ceux qui ne foutent rien qui ne font jamais d’erreurs et toute cette violence a permis à faire évoluer des mentalités et à ouvrir des chemins.
    Comme vous le soulignez, l’individualisme est un autre Golem et on arrive dans une philosophie politique complément schizophrénique qui combat les communautarismes en se plaignant des ravages de l’individualisme tout en favorisant le communautarisme religieux!
    Dans cette soupe philosophique l’humanisme devient prétexte à une fiscalisation à outrance, à un recul des libertés individuelles et un pourrissement des antiques conflits. Quand on étudie l’histoire au travers des quotidiens locaux, il se détache des observations en complètes contradictions avec les délires des théoriciens humanistes qui ne font que danser sur des abstractions idéologiques. Ils font des fixettes sur des sujets qui ne peuvent favoriser une cohésion puisque viscéralement, voire maladivement rejetés par une partie grandissante de la population que l’on acculent dans des retranchements qui leur donne une visibilité grandissante qui détourne tout le monde des vrais problèmes.
    Il est impératif de faire gagner une gauche sociale, l’humanisme ira de fait et dans un pays apaisé, il sera plus facile de parler des sujets qui fâchent.

    Je pense qu’il y a un temps pour tout, mais plus encore: une chronologie à respecter.

    • Libre jugement 01/10/2017 / 11h40

      Bien reçu

      Personne n’imposera seule (dogme, partis politiques, syndicats) sans une adhésion de la population, une société ouverte ou l’Égalité en droits et devoirs, le respect de chacun dans une socialisation concertée, une fiscalisation proportionnellement égalitaire (incluant tous les gains réalisés), un accès gratuit à la médecine, à une instruction de qualité dans la scolarité (de la primaire aux faculté), à une retraite décente, a un travail, à la culture sous toute ses formes, au sport, en un mot une société qui permet à l’humain de se réaliser.

      Utopie diront certains … non … encore faut-il croire au possible !

      C’est donc par une prise de conscience dans-et-par la population, que se fera (ou pas), une nouvelle société

      Fraternellement
      MC

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